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Nov 9 2012

L’acteur public peut-il s’approprier la dynamique du coworking ?

Billet publié par Flore Berlingen dans la catégorie

La troisième conférence européenne du Coworking avait lieu cette fin de semaine à Paris, grâce au soutien de La Fonderie, l’agence francilienne du numérique. L’événement rassemblait 300 participants, coworkeurs et animateurs d’espaces de coworking*

Premier constat, après une matinée rythmée par une dizaine de courtes interventions : il n’existe pas un, mais plusieurs modèles de coworking. De l’espace associatif auto-géré par les coworkeurs au Business Center, les formules sont très variées et les rapprochements ne semblent pas se faire par pays ou par langue. le Betahaus berlinois, la Mutinerie parisienne et le Cowo360 romain montrent ainsi plus de points communs que les différents espaces que l’on trouve au coeur de Paris. Les projets sont à but lucratif ou "non-profit", de dimensions très variables (d’une dizaine à une centaine de postes de travail) et les espaces sont plus ou moins ouverts vers l’extérieur. Ces différences ont été au coeur des discussions des tables rondes qui ont ponctué l’après-midi, comme ce débat sur la "curation des espaces de coworking" (comprendre la sélection des membres), une approche qui ne fait pas l’unanimité.

Parmi les autres questions évoquées, celle du rôle de l’acteur public dans le développement des espaces de coworkings. Autour de la table étaient réunis des représentantes de collectivités (la Région Ile-de-France et la Wallonie belge) et deux fondatrices d’espaces de coworking. De l’avis général, il est compliqué pour les porteurs de projets de faire comprendre leurs projets à des acteurs publics focalisés sur des lignes directrices déjà dépassées. Ces derniers se disent eux-même captifs de leurs procédures administratives… et vont rarement au-delà d’un soutien purement financier.
D’autres animateurs d’espaces de coworking et de tiers-lieux présents dans la salle expriment alors, avec un humour parfois désabusé ("Give it up ! " - Laissez tomber ! nous a conseillé l’un des co-fondateurs du Betahaus) leurs déconvenues et les obstacles rencontrés dans leur dialogue avec l’administration, étatique ou locale.

coworking europe conference

Deux exemples semblent cependant contredire ce constat pessimiste : en Suisse romande, Geneviève Morand, l’initiatrice des espaces Rézonance et La Muse, a pu au contraire s’appuyer sur ses interlocuteurs à la Ville de Genève pour bâtir le projet. Ces derniers ont considéré que le projet relevait d’une démarche d’expérimentation. Un conseil scientifique suit d’ailleurs l’expérience, ajoutant une dimension de recherche à ce partenariat public-privé.
En Wallonie, la Région a souhaité s’investir au-delà du soutien financier. Lors de la conception de l’appel à projet qui a abouti à la création du réseau actuel de 8 espaces de coworking, elle a posé comme critère d’éligibilité la présence d’acteurs privés et public dans chaque consortium. C’est ainsi que des chambres de commerce, des universités, des agences de développement économique ont été sensibilisées au développement du coworking. L’action s’inscrit dans la durée : la Région continue à réunir mensuellement les animateurs des 8 espaces du réseau.

Si ces démarches semblent prometteuses, elle ne vont toutefois pas jusqu’à poser la question qui, à la 27e Région, nous brûle les lèvres : à quand le coworking pour agents de la fonction publique ? A quand des espaces mixtes ou fonctionnaires travailleraient aux côtés de travailleurs free-lance, à partir des valeurs du service public ? La richesse des espaces de coworking réside dans le dynamisme de leur communauté : échanges, transversalité, (in)formation mutuelle, associations et naissance de projets innovants. Pourquoi l’acteur public se priverait-il de cet apport ?

Coworking

*Il n’existe pas de traduction française du terme "coworking" qui désigne à la fois une communauté des travailleurs indépendants (ou, de plus en plus, salariés en télétravail) et l’espace physique qui les accueille.

5 commentaires

  1. Le 24 novembre 2012 à 15h31 par Stéphane Vincent

    » L’acteur public peut-il s’approprier la dynamique du coworking ?

    @Bruno : merci pour ta contribution. L’hypothèse que nous faisons avec cette idée de "coworking du secteur public" est qu’il faut justement dépasser la vision habituelle que nous avons des fonctionnaires et agents publics. Quand on regarde de près les pratiques au sein des grandes collectivités (Régions, Départements, Agglos), on s’aperçoit qu’ils passent une part croissante de leur temps en dehors de leur institution pour travailler à des partenariats externes, qu’ils sont de plus en plus nombreux à travailler sur un mode "projet", et qu’ils sont de plus en plus nombreux à penser en termes de coopération et d’innovation (cf le commentaire de Mickael à Angers juste en dessous). Je pense souvent que nous sommes tous trop caricaturaux quand nous regardons les pouvoirs publics, et c’est précisément ce qui nous empêche de concevoir qu’il soit possible d’innover avec eux ! Mais c’est une hypothèse à tester, bien sûr. Merci pour la référence au réseau des tiers-lieux en Aquitaine, ça semble vraiment intéressant, et bravo pour le boulot accompli à Nancy, c’est vraiment stimulant de voir ça !

  2. Le 24 novembre 2012 à 15h10 par Bruno MARTIN

    » Propos à nuancer, réflexions et actions à amorcer...

    Bonjour,

    Merci pour ce questionnement mais j’aurais plutôt formuler la question comme suit : "Pourquoi l’acteur public devrait-il s’approprier la dynamique du coworking ?" pour savoir ensuite comment et quoi faire ! Tu donnes des exemples de choses qui ont marché mais à l’étranger. Pour faire "bouger les lignes" en France, cela va nous demander toute une pédagogie alternative, où il me semble que l’échelle régionale est la plus pertinente (cf le Consortium Tiers-Lieux en aquitaine).

    En Lorraine, nous allons par exemple profiter du début de l’année 2013 pour présenter nos voeux et nous adresser aux acteurs socio-économiques régionaux pour "mettre à l’échelle" le coworking sur l’ensemble de la région. La trame de fond ? Les leaders des écosystèmes économiques doivent rester des entrepreneurs et c’est surtout vrai pour les communautés startups.

    Pour ce qui est de faire coworker les fonctionnaires, je doute encore qu’on puisse changer la culture française du fonctionnariat et changer les habitudes de 6 millions de personnes.

    Au plaisir d’en discuter avec toi de vive voix, si tu le souhaites ;)

    - BM
    /Coworking Nancy
    http://www.brunomartin.co

  3. Le 22 novembre 2012 à 11h11 par Mickaël P. (Angers)

    » L’acteur public peut-il s’approprier la dynamique du coworking ?

    Agent de collectivité, je télétravaille 1 jour par semaine depuis 1 an. Un espace de coworking a ouvert à Angers depuis 2 mois et je me disais que j’irai bien y travailler de temps en temps.

    Vous n’êtes donc pas les seuls à vous poser la question : "à quand le coworking pour agents de la fonction publique ?".
    Les pratiques vont sans doute une fois de plus devancer les volontés politiques.

  4. Le 19 novembre 2012 à 22h34 par Stéphane Vincent

    » L’acteur public peut-il s’approprier la dynamique du coworking ?

    @Michael : bravo pour la Cordée, ça semble rudement bien (nous avons un peu ramé pour trouver un lieu pour un workshop récent près de Perrache et je réalise que nous aurions été bien chez vous...). Je ne connaissais pas l’exemple de Cowallonia, en quoi est-il très avancé ? Merci de votre réponse et à votre disposition pour reprendre la discussion en direct à l’occasion.

  5. Le 19 novembre 2012 à 19h27 par Michael

    » Comment articuler acteur public et mouvement du coworking

    Excellente question que vous soulevez là.
    Je suis le confondateur de la Cordée, et nous avons ouvert 3 espaces sur Lyon et sa région en moins d’un an. Cela a fait longuement réfléchir la collectivité, qui se rend compte que son rythme de développement de solutions similaires est plus lent et moins flexible que celui de petits acteurs associatifs ou privés.
    Mais le constat de ces collectivités les amène à une problématique qu’ils ne savent pas aujourd’hui résoudre : comment soutenir le mouvement et l’intégrer ? L’exemple de Cowallonia, le plus avancé à ce sujet, fait peur aux espaces qui y voient la dissolution de leurs identités respectives. Et la subvention n’est pas acceptée par tous les acteurs, dont certains se targuent de créer un modèle pérenne et équilibré.

    Vaste sujet donc, mais bravo de l’évoquer !

    Michael
    Co-fondateur de la Cordée
    www.la-cordee.net


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