Can innovation happen in the public sector ?
Billet publié par Flore Berlingen dans la catégorieTags: Design , Innovation
(version française ci-dessous)
Over the last few weeks, several articles were published in British and Australian medias about design and innovation in public policies. A controversy started in Australia with the recruitment announcement of the Head of the Center for Excellence in Public Sector Design. Is it just a trendy initiative, or is there something that could play a significant role in reshaping the public sector ?
Controversy about the impact of design on public administration
Besides critics about location or supervision choices for this Center, it was the use of design thinking in public policies, which was questioned by J.R. Nethercote in an article for the Canberra Times.
Innovators’ (in design but not only) propensity for employing a specific and ethereal language tends to discredit the whole process. But it is not only the abuse of "keywords" that JR Nethercote denounces. He also points out the inefficiency of innovation attempts in public administration. According to him, they are bound to fade away after a short period of enthusiasm, mostly because of the strong inertia of the administrative system.
User-research in a village in Burgundy (Transfo Bourgogne)
Australian designers responded to this attack in a typical design-oriented approach. They explained how design-thinking could help improving public services by using a national experimentation in the Tax administration as a tangible example.
The DMA (Design Managers Australia) also submitted to the soon-to be "Center for excellence" 6 suggestions to avoid strategic faux pas. A useful piece of advice for both public administration and designers wanting to work together on public innovation methods.
Their first two recommendations focus on "doing" things, to act and experiment solutions. That is precisely what Simon Parker, the director of the British New Local Government Network, singles out too. In a response to the design-sceptic editor of the Guardian Public Leaders Network, David Walker, he emphasizes the need of "workable experiments". Local government have often built its innovation process upon private sector practices, be it slowly and partially. Simon Parker believes this process will decline, because the private sector could be unable to provide new and appropriate solutions.
Changing our vision on the origin of innovation
This last idea might sound astonishing but is confirmed by books such as "Rethink the company" (in french "Refondre l’entreprise", by Armand Hatchuel and Blanche Segrestin). The authors’ diagnosis is that most companies have lost their ability to generate collective creativity, and that they must overtake this crisis. Thus, the public sector is already investigating elsewhere to create its own innovation methods. What if the public sector was a better place where to promote and open and collaborative innovation ? Are we entering a new era, where it will inspire private players ?
This perspective does not seem that far to us. According to our observations in the last months, private players are not only looking for insights in the social business or non-profit organisations (cf. the growing influence of fab-labs, coworking or collaborative services). They are also studying public administration new practices. Especially at the local level, some governments or public institutions are beginning to host experimentations. Cross-disciplinary approaches or multi-level governance are some of the innovation fields we need to keep on exploring. Results could prove valuable, not only for public actors.
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Peut-on innover dans l’action publique ?
Au cours des dernières semaines, plusieurs articles ont été publiés dans des médias britanniques et australiens sur le design et l’innovation dans les politiques publiques. La controverse a démarré en Australie avec l’annonce du recrutement d’un directeur pour le Center for Excellence in Public Sector Design. S’agit-il simplement d’un effet de mode, ou d’un mouvement qui pourrait jouer un rôle important dans la modernisation du secteur public ?
Controverse sur l’impact du design sur l’administration publique
Au-delà de critiques concernant l’emplacement ou le choix des organismes de tutelle du futur Centre, c’est le recours au design dans les politiques publiques qui a été mis en cause par JR Nethercote dans un article pour le Canberra Times. La propension des innovateurs (et notamment des designers, mais pas seulement) à utiliser un langage particulier et éthéré tend à discréditer l’ensemble du processus. Mais ce n’est pas seulement l’abus de mots-clés que dénonce JR Nethercote. Il souligne également l’inefficacité des tentatives d’innovation dans l’administration publique. Selon lui, ces initiatives sont vouées à disparaître après une courte période d’enthousiasme, en raison principalement de la forte inertie du système administratif.
La manière dont les designers australiens ont répondu à cette attaque est typique de la démarche du design. Ils ont expliqué comment le design et ses méthodes peuvent aider à améliorer les services publics à l’aide d’un exemple tangible, celui d’une expérimentation menée l’administration fiscale nationale.
Le DMA (Design Managers Australia) a également soumis au futur "Centre d’excellence" 6 suggestions pour éviter certains faux pas stratégiques. Des conseils utiles à la fois pour l’administration publique et les designers qui souhaitent travailler ensemble sur les méthodes d’innovation publiques. Leurs deux premières recommandations se concentrent sur l’action, la nécessite de "faire" des choses, d’agir et expérimenter des solutions.
C’est précisément ce que le britannique Simon Parker, le directeur du New Local Government Network souligne également. Dans une réponse au sceptique éditeur du réseau de cadres de la fonction publique du Guardian, David Walker, il insiste sur la nécessité de mener des "expériences réalisables". Les collectivités ont souvent construit leur processus d’innovation à partir des pratiques du secteur privé, de manière lente et partielle. Simon Parker estime que ce processus est amené à disparaître, parce que le secteur privé pourrait être incapable de fournir des solutions innovantes et pertinentes.
Changer notre regard sur l’origine de l’innovation
Cette dernière idée peut paraître surprenante, mais est confirmée par des ouvrages tels que "Refondre l’entreprise", par Armand Hatchuel et Blanche Segrestin. Le diagnostic des auteurs est que la plupart des entreprises ont perdu leur capacité à générer de la créativité collective, et qu’ils doivent dépasser cette crise. Ainsi, le secteur public est déjà en train de rechercher ailleurs l’inspiration et de créer ses propres méthodes d’innovation. Et si le secteur public était un milieu plus favorable à l’innovation ouverte et collective ? Entrons-nous dans une ère nouvelle, dans laquelle il inspirera à son tour les acteurs privés ?
Cette perspective ne semble pas si loin de nous. D’après nos observations ces derniers mois, les acteurs privés ne sont pas seulement attentifs aux nouvelles idées de l’économie sociale ou des ONG (cf. l’influence croissante des fab-labs, le développement du Coworking ou des services collaboratifs). Ils étudient également les pratiques nouvelles de l’administration publique. Surtout au niveau local, certaines collectivités ou institutions publiques commencent à accueillir des expérimentations. Les approches interdisciplinaires ou la gouvernance multi-niveaux sont quelques-uns des champs d’innovation que nous devons continuer à explorer. Les résultats pourraient s’avérer précieux, et pas seulement pour les acteurs publics.
1 commentaire
- Le 28 mai 2012 à 11h24
par Eric JUPIN
» Can innovation happen in the public sector ?
"Can innovation happen in the public sector ?"
Et pourquoi ne le pourrait-elle pas ? Ce faisant on déplace l’implicite. A mes yeux le problème n’est pas : combien de kg de cynisme dans les administrations ? Mais plutôt : Comprendre comment une organisation arrive-t-elle, à travers ses choix organisationnels et de pilotage, à porter, diffuser ou atténuer, marginaliser, paralyser une démarche innovante ? La réponse à cette question est du ressort anthropologique et gestionnaire, pas uniquement des rapports de pouvoir. Elle ne s’arrête pas à l’analyse du positionnement dans l’organigramme et de qui va être le chef de qui. Cette question est l’arbre qui cache la forêt. Le vrai problème, à mes yeux, est comment un designer peut étendre son réseau socio-technique au sein de la collectivité ? Le terrain a t-il été préparé ? Trouve t-il en arrivant des alliés ? Quelle est l’histoire de la collectivité vis à vis de l’innovation ? Quels sont ses tabous ? Ses totems ? Sommes-nous face à un Monastère ? Une Académie ? Quel poids est donné aux Tartuffes, aux Mondins, aux Animateurs ? Suffit-il de parler haut et fort pour être entendu ou les choix reposent-ils sur un processus équipé et respecté ? Les designers sont-ils jetés dans la cage aux fauves ou peuvent-ils, réellement, travailler ? La collectivité entretient-elle un rapport adulte ou enfantin avec la technologie invisible ? La Direction générale donne t-elle une direction... générale ? L’organisation elle même tire t-elle vers un modèle des Caciques ? Un modèle Hiérarchique ? Un modèle des processus ?
Pourquoi, la langage formalisé du Système d’Information est-il devenu LE langage des organisations, et pourquoi celui des designers (pas si éloigné que cela du langage connoté) est-il perçu comme un jargon ? Langage formel et connoté ne s’opposant pas, pourquoi une organisation préfère-t-elle le langage formel ? Langage du SI et langage des designers sont tous les deux des langages centrés sur l’action, sauf que le premier est centré sur l’action à distance (il monte en généralité pour pouvoir automatiser), l’autre sur l’action en situation (il rend compte de la complexité mais peine à généraliser). Souci d’efficacité ou besoin de se rassurer ?
Il y a donc un important travail de compréhension de ce qu’est vraiment la collectivité, une analyse en situation qui appelle les concepts des designers, et pas seulement, une rencontre des langages qui parlent de l’organisation. L’effet de mode serait dans la substitution d’un point de vue pour un autre, une opposition stérile des approches sans en voir les portées et limites respectives, de vouloir plaquer sur le collectif de travail, l’"entre-prise", une réalité en dehors de toute prise en compte du temps et de ses effets de durcissement des situations (pour le meilleur et pour le pire).
Pour comprendre comment se diffuse une innovation, comment est-elle portée, supportée par la technologie invisible et pour rééquilibrer les formes de valorisation des situations, des projets, des opérations au sein des collectivités, il me semble que les designers doivent venir sur le terrain du design des outils de gestion (tableaux de bord, pilotage, projet, opération...) en particulier ceux qui équipent le management de proximité (qui a été si "maltraité" ces dernières années), revenir sur le management du travail c’est à dire aider l’organisation à s’échapper à la "gestionnite" (lorsque l’encadrement abandonne le terrain du travail quotidien pour alimenter des "machines de gestion"). Ce travail doit se faire avec les élus qui doivent veiller au respect de l’expression de la pluralité des points de vue, des formes de jugement des actions, des projets... bref des situations et centrer leurs réflexions et interventions sur la qualité des dispositifs et moins sur leur quantité.
Entre design de politiques publiques, innovations sociales, community organizing, the art of community (Jono Bacon), policy design, sociologie de la traduction, modèle de la délibération, Langage des SI, modèle de l’administration, bureaucratie, politiques temporelles... la boite à outils de conception de politiques publiques mis à disposition d’homo fonctionnarius s’enrichit. Saurons-nous la maîtriser ? Saurons-nous prendre le temps de nous "poser" pour nous l’approprier ?










