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Nov 30 2010

Retour de Biennale

Billet publié par équipe 27e
Tags: Design , Innovation , prospective

Nous étions cette semaine à la rencontre bi-annuelle des acteurs du design : la Biennale de St Etienne. Comme tous les deux ans, il s’expose une diversité de projets permettant de se faire une belle idée de la production contemporaine du design mondial.

L’idée d’un design au service des politiques publiques commence à faire son chemin, et nous avions l’honneur d’y présenter "Ma vie de ch’ti en 2040" réalisé en 2009 conçues avec l’aide de Félix Compère et en partenariat avec la direction prospective de la Région Nord-Pas de Calais. Nous étions invités par Claire Fayole commissaire de l’exposition "Demain c’est aujourd’hui", la partie de l’exposition consacrée à la prospective, et aux usages émergents.

Nous étions présentés sur le même îlot que François Jégou, qui lui présentait deux projets : nano objets raconté dans Design des Politiques publiques, et un projet sur les objets permettant d’économiser l’énergie.

Petit retour sur quelques présentations qui nous ont plu ou marqué cette année lors d’un trop bref passage :

  • "Domestic Robocop", de Keiichi Matsuda (Bartlett School of Architecture) : cette vidéo de 2’46’’ présentée dans l’expo "Demain est aujourd’hui" mettant en scène la vie quotidienne dans un contexte de Réalité Augmentée (RA) n’est pas la première du genre, mais on est toujours à la fois ébahi et effaré de s’imaginer sous l’emprise d’une telle pression cognitive...

Augmented (hyper)Reality : Domestic Robocop from Keiichi Matsuda on Vimeo.

  • "Nuclear is good". Mais comment vous en convaincre ? On n’est pas dans le politiquement correct avec les travaux d’Oliver Goodhall (Royal College of Art), qui propose des scénarios nucléaires alternatifs pour l’avenir et développe l’idée qu’il faut totalement revoir la façon de produire le débat public autour de ce sujet épineux. http://www.di10.rca.ac.uk/olivergoodhall/
  • "Dunne & Raby" sont les commissaires de l’exposition "Entre la réalité et l’impossible" ("Between reality and impossible"). Ils utilisent le design comme un media pour créer du débat sur les implications sociales, culturelles et éthiques des nouvelles technologies. Leurs projets sont conçus pour étonner voire heurter nos esprits : les ravitailleurs, qui inventent de nouvelles façons de s’alimenter ; Esprit public, ou la lutte contre la machine à lire nos pensées ; Après la vie, concept visant à faciliter l’euthanasie assistée ; ou encore Ethiculator, calculatrice capable de produire des choix éthiques à notre place... L’expo est un peu anarchique, et on a quelquefois du mal à se repérer dans ce ensemble. Mais l’exposition est amusante, et prouve qu’il est possible d’utiliser le design pour outil de dialogue sur l’avenir de la société.
  • "Union" radio de table politique Proposé par Nanar Kradjian, designer libanais, cette radio cubique est en fait la juxtaposition de 6 radios intégrées branchés sur les émissions des 6 partis politiques du Liban (chacun représenté par une couleur). Six personnes peuvent s’asseoir autour et écouter via les écouteurs dédiés, chacun sa station en fonction de ses préférences politiques sans déranger les autres. Et lorsqu’on débranche les écouteurs, on entend la somme de différentes émissions, reconstituant par là le chaos sonore des discussions politiques.
  • "Anna Adamolo" est une expérience initiée en réaction aux réformes de l’Université menées par le gouvernement Berlusconi en 2008. Pour fédérer les multiples courants opposés à cette loi, plus qu’un logo, c’est une "identité container" qui a été créée par l’Ecole d’Art de Milan : celle d’Anna Adamolo, ministre d’Education fictive ; La ministre possède son Facebook, ses vidéos sur Vimeo, ses blogs...
  • Côté méthodologie, l’exposition "Process design" orchestrés par le collectif de designer "designers+" à St Etienne permettait de montrer les étapes de conception d’un produit ou d’un service de façon plutôt didactique. A noter également le programme Lupi Laboratoire des Usages et des Pratiques Innovantes (Design lab) proposé par la cité du design dont la méthodologie est très claire, et dont nous pensons qu’ils peut être appliqué au delà des projets en entreprises, à toutes les collectivités qui produisent de l’action publique.
  • La partie de la biennale présentée dans la cité du design : "La ville mobile" est une expo grand public à portée pédagogique, plus qu’une démarche réflexive ou critique sur la ville. On regrette le rôle restreint dévolu au design, qui doit se contenter d’une portion congrue de l’exposition.
  • Côté "Off" nous sommes passés voir Fanny Herbert, installée à St Etienne, qui est intervenue régulièrement dans le programme "Territoires en Résidences" et qui orchestrait cette fois l’installation d’un journal géant sur un ancien site industriel. La "Cartonnerie" est un journal affiché sur les murs d’une ancienne fabrique de carton stéphanoise qui a été rasée durant l’été et dont le site est actuellement dépollué. Plutôt que de fermer cet espace au public, Fanny et ses comparses de l’association "carton plein" ont proposé à l’EPASE (société d’aménagement de St Etienne) d’ouvrir le lieu et d’en faire un espace de rencontre pour le quartier. Pour le vernissage théâtre d’ombre et soupes de potimarons étaient au programme. D’autres évènements ponctueront la sortie des prochains numéros du journal, au fur et à mesure qu’avancera le chantier de reconstruction du lieu.

  • Quel volume de données tient au fond de votre poche sur votre smartphone, votre lecteur MP3, ou votre livre électronique ? Pour nous en donner une idée, l’expo "La ville mobile" présentait trois caddies contenant pèle-mèle camescopes, consoles de jeu, appareils photos numériques, des milliers de CD, de DVD et de livres photo du smartphone....

Nov 29 2010

Comment innoverons-nous demain ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Innovation , prospective

Nous venons de prendre part à un travail de prospective sur l’avenir de l’innovation, "INnovation FUtures" (INFU), dont les partenaires sont l’Austrian Institute of Technology à Vienne, coordinateur du programme, le Fraunhofer Institute for Systems and Innovation Research à Karlsruhe et Z_punkt, The Foresight Company à Reinauhafen, en Allemagne, et Strategic Design Scenarios à Bruxelles. Le projet INFU est financé dans le cadre du 7e Programme cadre de l’Union européenne. Il vise à comprendre l’évolution des processus d’innovation, à détecter les phénomènes émergents et à dresser un panorama prospectif à même de contribuer à orienter les politiques publiques européennes. Nous revenons ici sur les premiers enseignements de ce programme qui se termine en 2013.

Après avoir identifié à l’échelle internationale un ensemble diffus de signaux faibles sur les nouvelles formes d’innovation puis avoir chercher à en "amplifier" le sens (voir cette vidéo), l’équipe INFU a ensuite cherché à approfondir certains aspects récurrents -en particulier l’innovation sociale et la co-conception, présentes dans un grand nombre de cas. Rien d’étonnant à cela, comme le souligne Ezio Manzini, designer italien, professeur au Politecnico di Milano, qui dirige l’unité de recherche de Design et d’innovation pour le développement durable : "Dans un monde limité, de plus en plus densément peuplé et connecté, la ressource humaine est la plus abondante et l’innovation sociale -l’innovation par les gens, pour les gens- est la plus à même de relever les défis du développement durable".

Un panel d’innovateurs sociaux

Pour explorer ces dimensions, nous nous associés, François Jégou (Strategic Design Scenarios) et la 27e Région, pour réunir un panel de professionnels engagés dans le changement social, la transformation territoriale et la rénovation de l’action publique : collectifs d’intervention urbaine, sociologues de terrain, artistes urbains, entrepreneurs sociaux, acteurs de la participation, innovateurs numériques, designers de service... l’objectif était de profiter de l’expérience de chacun de ces secteurs pour croiser ces approches, identifier ensemble des modes d’innovation sociale émergents, et produire des visions pour le futur. Participaient ainsi à ce panel : Corinne Iehl, directrice de CRé’Avenir, sociologue expérimentée dans les projets de transformation urbaine, basée à Lyon ; Maud Le Floc’h, directrice du pOlau (Pôle des Arts Urbains) à Tours, un collectif d’urbanistes et d’artistes impliqués dans l’activisme urbain ; Olivier Jouen, créateur de Port Parallèle à Paris, coopérative d’activités et d’emplois regroupant 100 entrepreneurs-salariés ; Guy Peudupin, directeur de NXA Nouveaux Armateurs, une agence conseil spécialisée dans la recherche utilisateur et impliqué dans la participation citoyenne ; Paul Richardet, chef de projet à Silicon Sentier, association opératrice du tiers-lieu créatif La Cantine ; Dilira Trupi, doctorante spécialisée dans les réseaux sociaux numériques et la coopération en ligne ; Stéphane Vincent, directeur de la 27e Région ; Michèle Dougé, consultante en créativité ; François Jégou, directeur de Strategic Design Scenarios à Bruxelles.

Nous, membres de la Citizen Agency

Le panel s’est déroulé en deux étapes. La première étape consistait à simuler l’existence de la Citizen Agency, agence "nouvelle génération", fleuron de son secteur en 2010, mobilisant les techniques d’innovation sociale les plus pointus pour traiter les problèmes économiques et sociaux les plus complexes. Chaque participant, membre fictif de cette agence, devait alors décliner son identité professionnelle, en valorisant la spécificité de ses méthodes et de leurs atouts. Dans la seconde étape, le temps s’accélérait : nous étions en 2030, la Citizen Agency fêtait ses 20 ans, et l’équipe au complet devait répondre successivement à deux missions : une situation de crise ("80 000 sinistrés affluent sur la côte de la Rochelle....Proposez un plan d’action pour créer des solutions d’accueil diffuses au sein de la population locale pour les recueillir !"), et un grand projet interrégional (Une Eurorégion franco-belge se constitue... Proposez un plan d’action pour susciter un processus bottom-up pour sa mise en place’). Les participants devaient alors proposer des modes d’intervention innovants et les articuler entre eux pour former une réponse cohérente au problème posé.

Premiers enseignements

Le rapport intermédiaire INFU (en anglais, bientôt en téléchargement en bas de cet article) revient en détail sur les enseignements de ce panel. En substance, il en ressort tout d’abord des thèmes pressentis comme essentiels pour l’avenir de l’innovation :

  • un travail de clarification à mener autour du concept de participation, dont la perception varie selon les intervenants ;
  • le risque de voir l’innovation sociale utilisée comme prétexte pour réduire les ambitions et les moyens de l’Etat et des services publics ;
  • une interdisciplinarité accrue, entre des professionnels prônant tous le recours à l’expertise-utilisateur, souvent en dissidence avec leur propre corporation ou discipline ;
  • les articulations à construire entre les grandes démarches de crowd-sourcing et les micro-démarches de co-conception à l’échelle locale ;
  • l’importance du transfert de savoir-faire, de la formation de formateurs et donc de l’acceptation pour l’expert de céder de son pouvoir ;
  • la nécessité de repenser les cycles de l’innovation, et d’imaginer de nouvelles articulations entre les séquences de l’innovation ;
  • le fait qu’un haut niveau de participation des utilisateurs génère des productions de qualité médiocre, et qu’une vision mature consisterait à mieux équilibrer l’expertise technique et celle des utilisateurs ;
  • la nécessité de soutenir l’innovation sociale à un niveau intermédiaire, pour réussir à la fois à capter les spécificités du contexte local, tout en gardant la possibilité de les remettre dans une perspective plus large ;
  • l’innovation participative n’est pas utile seulement pour produire des solutions, mais elle contient également un potentiel dans la re-définition des politiques de prévention ;

L’innovation en tant qu’état permanent d’expérimentation sociale

En réponse à la complexité croissante des enjeux économiques et sociaux, ou aux situations de catastrophe naturelle, à la reconfiguration géopolitique de territoires entiers vers des modes de vie soutenables, ou encore à la transformation du système éducatif, l’hypothèse formulée est celle d’un processus d’innovation conçu comme un état d’apprentissage permanent, à partir d’un réseau diffus de micro-projets expérimentaux mobilisant la participation des communautés locales pour simuler, tester des idées et "déboguer" des problèmes. L’un des pré-supposé de ce scénario est que les micro-projets soient suffisamment interconnectés pour apprendre les uns des autres, que les leçons acquises sédimentent, et transforment en continu les processus d’interaction et de régulation entre les protagonistes.

Un tel scénario ré-interroge profondément le modèle classique hérité de la révolution industrielle et dans lequel le processus d’innovation est déconnecté à la fois de la phase de production et des logiques d’usage. On se trouve ici face à un processus plus organique, où les membres d’une communauté d’acteurs locaux sont à la fois les populations en demande de transformation sociale, les inventeurs et les développeurs de ces nouvelles solutions. En devenant aussi organique et entrelacé, le processus d’innovation devient en réalité un processus d’expérimentation transformatrice et continue, et un apprentissage collectif. En conséquence, on n’est pas dans la réplication de solutions, mais dans la réplication de processus d’innovation. Des aménagements sont à prévoir, notamment pour éviter le risque d’un "épuisement" de cet état permanent d’expérimentation, gourmand en attention et en ingénierie. Mais chacun sent bien qu’il y a là une voie nouvelle pour traiter les enjeux toujours plus complexes d’une société en profonde transformation.

Stéphane Vincent (la 27e Région) et François Jégou (Strategic Design Scenarios)

Pour découvrir tous les enseignements du panel organisé avec Strategic Design Scenarios, le rapport intermédiaire sera bientôt en téléchagement

Nov 25 2010

Territoires en résidences : bilan d’une expérience interrégionale

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , Territoires en résidences

Avec la fin de l’année 2010 se termine un programme de 24 mois, débuté en janvier 2009 et à partir duquel nous souhaitions tester de nouvelles façons de concevoir des politiques régionales, des dispositifs, des équipements ou des services publics locaux. Dans un livret que nous venons de publier, nous revenons sur les enseignements de ce programme et nous présentons chacune des expériences menées. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une évaluation, qui reste à faire dans les mois qui viennent, mais d’une première prise de recul. Une façon aussi de témoigner d’une opération qui a mobilisé plusieurs dizaines de jeunes -et moins jeunes- professionnels, des centaines d’habitants et élus que nous ne remercierons jamais assez, beaucoup d’huile de coude et un enthousiasme de tous les instants !

En voici l’introduction, et le lien depuis lequel télécharger librement ce document.

Les résidences, micro-laboratoires des grandes politiques régionales

Territoires en résidences est le premier grand programme lancé par la 27e Région, en janvier 2009, à l’occasion de l’année européenne de la créativité et de l’innovation. Inspiré des résidences d’artistes – mais aussi du programme Design of the Times mené en Grande-Bretagne, ou encore de l’opération Parcs en résidences lancée par les parcs naturels du Massif central – le programme consiste à immerger sur quelques semaines une équipe interdisciplinaire de designers, sociologues, architectes, innovateurs sociaux, chercheurs, plasticiens, au sein d’un projet local ou d’un équipement public : un lycée, une gare, un quartier, un village, une administration... Conçu comme une alternative aux ingénieries habituelles (études, consulting, évaluation), il s’agit de rencontrer, d’interroger, de provoquer, de partager, de concevoir et d’esquisser des projets et des solutions avec les usagers ou habitants du lieu d’accueil ainsi qu’avec les directions régionales concernées. Les résidences ont pour objectif de repartir des pratiques des utilisateurs pour contribuer à repenser, améliorer et réorienter la mise en oeuvre des politiques régionales.

Vingt-quatre mois plus tard, quels enseignements tirer de cette expérience ? La résidence est-elle un protocole robuste, adapté à une grande diversité de situations ? Peut-elle agir comme un « sonar » des politiques publiques, susceptible d’éclairer des arbitrages méthodologiques, stratégiques et politiques ?

Onze résidences, onze visions différentes

À l’origine, nous avions prévu de conduire une douzaine de résidences sur une grande diversité de thèmes, au cœur des champs de compétences des Régions : lycées, aménagement, transports, etc. Onze auront finalement été conduites. L’objectif de diversité des contextes, des situations et des lieux a globalement été atteint, même si dans l’avenir, nous aimerions aborder d’autres thèmes liés à l’emploi, à la formation professionnelle, au développement économique ou encore à la culture.

Une cinquantaine de projets imaginés ou déclenchés par les résidents

Certaines résidences ont produit une douzaine de projets, et d’autres trois ou quatre. Au total, une cinquantaine de concepts et de projets sont nés au fil des résidences, comme autant de réponses possibles à des préoccupations très diverses, en matière de stratégies post-carbone, de multimodalité dans les transports, de circuits courts, de lutte contre l’isolement médical, de lycée, d’emploi, de citoyenneté, de réseaux sociaux, de modernisation administrative... Pour l’instant, environ un tiers de ces projets ont été concrétisés, même si tel n’était pas le but principal des résidences. Les uns relèvent de micro-réglages à fort effet levier (le « speed-dating lycéen » imaginé à Annecy), d’autres de visions à plus long terme (le concept de « nouveau départ » imaginé avec l’es- pace public numérique de Berthe). Bien entendu, quelques projets peuvent paraître plus anecdoti- ques et d’autres plus prospectifs, certains sont « low tech » et d’autres beaucoup plus sophistiqués, mais tous mettent résolument l’utilisateur au centre, et lui redonnent des capacités d’action. L’ensemble de ces projets présente un potentiel important, un acquis que les Régions peuvent à tout moment réactiver.

La confiance, plus forte que l’innovation

De nombreuses résidences ont permis de mesurer l’écart entre l’ambition régionale et la réalité de terrain, et d’examiner en détail les raisons qui empê- chaient cette vision de se réaliser. En décadrant la réflexion et en cherchant à comprendre les « vrais » problèmes, elles ont montré que bien formuler la question de départ était aussi important que de produire des solutions. Elles ont fourni des réponses méthodologiques aux questions de co-conception et d’orientation utilisateur, en particulier à travers le principe d’immersion, ou celui du prototypage ; elles ont pointé des pré-requis essentiels à l’engagement citoyen dans les lycées ; elles ont proposé des alternatives aux approches techno-centrées et ont souligné la nécessité de considérer plus sérieusement l’expertise-citoyenne, autrement que par le seul prisme de la démocratie participative. Elles ont proposé des approches pour mieux prendre en compte les dimensions sociales et culturelles dans les enjeux environnementaux. Elles ont démontré la primauté des valeurs de confiance et de durabilité, sur celles de l’innovation et de la performance. D’une façon générale, elles ont démontré le très grand potentiel qu’il y aurait à donner une place plus conséquente au design, aux sciences humaines, aux arts, au cœur même des politiques publiques, plutôt que de les maintenir sur un strapontin.
Tous ces enseignements ont été documentés minutieusement. Notre objectif pour les prochains mois est de continuer à les présenter aux élus réunis en commissions, au sein des Régions ou à l’Association des Régions de France.

Apprendre ensemble

Nous n’avions pas prévu que les résidences servent aussi fortement de « banc d’essai » pour les résidents designers, sociologues, architectes, entrepreneurs sociaux, plasticiens, etc. Or, qu’ils soient juniors ou seniors, tous les participants ont vécu le protocole de la résidence comme un apprentissage, quelquefois un défi, dans tous les cas une façon de repenser ou de perfectionner leurs pratiques professionnelles, mais aussi de faire l’apprentissage quelquefois difficile de l’interdisciplinarité. Un apprentissage qui a également concerné les agents, fonctionnaires et quelques élus associés aux résidences, qui ont souvent découvert de nouvelles méthodes de travail et expriment aujourd’hui le besoin d’aller plus loin dans l’intégration du design et des sciences humaines dans leurs modes d’intervention.

Une alternative open source aux ingénieries propriétaires

Plus encore que le parti pris de l’immersion et de la co-conception, c’est le fait de documenter et de publier aussi scrupuleusement que possible le processus suivi par la résidence qui la différencie de la plupart des méthodes de consulting classique. Dans celles-ci, les interventions sont des boîtes noires : nul ne sait vraiment comment s’est passée la mission. Les aléas rencontrés et les errements ne font pas vraiment partie des enseignements, ce sont même des erreurs qu’il convient d’escamoter. Dans la résidence, c’est l’ensemble du récit qui est impor- tant, pas simplement les solutions décrites à la fin. De plus, les enseignements du consulting classique ne profitent souvent qu’au commanditaire principal et restent la propriété de leur auteur. Au contraire, les enseignements de chaque résidence sont ouverts à qui veut s’en saisir et l’ensemble des résidences forme un bien commun que chacun peut ré-utiliser, comparer, approfondir, etc. Le jour où les Régions (et les acteurs publics en
général) auront produit, soutenu ou accompagné un portefeuille de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’expériences documentées comme les résidences, elles disposeront d’un bien commun considérable, un laboratoire collectif capable de les orienter dans leurs décisions.

Une logistique financière à revoir

Tout projet à son revers et Territoires en résidences n’échappe pas à la règle : tout ne s’est pas bien passé. Deux résidences ont pu faire l’objet d’incom- préhension entre nos interlocuteurs et nous. Certains établissements s’attendaient à des projets plus spectaculaires, ou à plus court terme. Par ailleurs, nous avons sous-estimé les flux financiers que pouvait représenter la tenue simultanée de plusieurs résidences et mis en difficulté tant la structure qui nous accueille qu’un grand nombre de résidents, mis à mal par les retards de paiement. À l’avenir, si nos parte- naires et nous-mêmes souhaitons poursuivre cette démarche, il faudra imaginer un cadre partenarial plus adapté structurellement et financièrement.

Et maintenant que faire ?

Le modèle fait des émules, et un nombre croissant de collectivités et d’acteurs locaux envisagent de réaliser des résidences. Mais comment les faire évoluer ? Faut-il poursuivre et si oui, comment ? Quels sont les manques et comment les combler ? Plusieurs scénarios peuvent être examinés, au moins de façon virtuelle :

> Et si l’on produisait 50, 70, 100 résidences ? On en est encore loin, mais si ce format devait se développer massivement, il pourrait incarner un nouveau mode opératoire pour les Régions et pour tous les acteurs d’un territoire. François Jégou, directeur scientifique de Territoires en résidences, propose d’envisager les résidences comme une forme « d’acupuncture territoriale », un ensemble organisé d’interventions ciblées, prenant le terri- toire comme un ensemble de méridiens, et de considérer les dynamiques locales comme autant d’énergies à libérer, stimuler, orienter.

> Et si l’on menait à leur terme les projets issus des résidences ? Un grand nombre de concepts issus des résidences n’ont aucune chance d’être concrétisés dans les délais imposés. Nous envisageons donc de proposer à plusieurs Régions de se réunir autour de la production de prototypes, à partir des projets les plus prometteurs.

> Et si l’on pouvait faire des résidences sans la 27e Région ? En effet, nous voulons voir si le protocole peut s’émanciper et si l’ensemble du travail de coordination et de logistique propre à une résidence peut être pris en charge par d’autres organismes.

Nous travaillons dans ces trois directions. Pour la période 2011-2013, nous proposerons prochainement un nouveau programme basé sur une nouvelle génération de résidences, sur un cycle de formation-action d’agents régionaux, et sur la création de laboratoires d’innovation au sein même des Régions.

Nov 22 2010

les super héros de la vraie vie, une nouvelle forme d’engagement citoyen ?

Billet publié par Romain Thévenet
Tags: Innovation , social , USA

Aux Etats Unis, pour aider ses voisins, désormais, on peut se déguiser en super héros.

Le site reallifesuperheroes.org recense dans différentes villes des Etats Unis, des citoyens qui choisissent de s’investir dans la sécurité de leur ville, mais en portant des masques et des collants moulants.

Ils s’appellent Cap’tain Prospect (en photo ci dessus) Blackbird, Amazonia ou encore Watchman et ils se déguisent pour patrouiller les villes, et éventuellement apporter leur aide à leurs concitoyens en détresse.

A la frontière entre l’innovation sociale et le carnaval voilà une drôle de nouvelle forme pour devenir citoyen responsable !

Si elle apparait pour certains bon-enfant et sympathique, pour d’autres ridicule et pathétique cette initiative apparait révélatrice"d’une forme d’expression nouvelle" pour l’Oeil Laser qui nous la rapporte dans son édition 2011. C’est ce phénomène de citoyens qui pensent que "mieux vaut agir spontanément que d’attendre les décisions des pouvoirs locaux" que nous qualifions régulièrement dans ce blog d’innovation publique et sociale.

Cette action, au delà de son côté rigolo pose des questions sur la manière dont les gens sont prêts à s’investir pour le mieux vivre dans leur ville.

  • Faut-il trouver des astuces amusantes pour amener les gens à s’investir ? Dans une société de l’"entertainment" le plaisir fonctionne plus que l’abnégation pour motiver les citoyens.
  • Jusqu’où peut aller l’innovation sociale dans des domaines aussi sensibles que la sécurité ? Déguisé en superhéros tout semble possible, mais ce ne sont pas toujours les gentils qui gagnent… Et ce n’est pas parce qu’on est plein de bonnes intentions qu’on fait toujours le bien (la littérature Comix est pleine super héros mauvais et de gentils qui se prennent les pieds dans le tapis en croyant bien faire). Et au delà, lorsque la sécurité est assumée au moins en partie par des gens qui s’auto-investissent du sujet, cela produit des milices puissantes et incontrôlées dont la presse nous rapporte régulièrement les débordements.
  • Quel est le rôle des pouvoirs publics dans cette nouvelle forme d’engagement ? Même marginal, cet engagement peut produire le meilleur comme le pire. On sent bien qu’entre Treesong, Captain Obvious ou Nyx (photo ci dessus) les aspirations à s’investir ne sont pas les mêmes, entre ceux qui trouvent rigolos de se déguiser et ceux qui préfèrent prendre des engagements militants, mais tous s’identifient aux héros de leur enfance et se sentent investis d’une mission pour produire du mieux vivre ensemble.

Bien sûr il faut remettre cette initiative dans le contexte culturel américain, mais au delà de la blague, voilà, selon nous, un cas d’école intéressant pour penser les limites de l’innovation sociale !

Nov 9 2010

Design des politiques publiques, le docu : le teaser en avant-première

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , Politique publique , Territoires en résidences

Marguerite Fouletier, vidéaste, et Guillaume Serpereau, preneur de son, ont parcouru ensemble une partie des résidences organisées en 2009 et 2010 dans le cadre du programme "Territoires en Résidences". Ce matériau devrait servir de base à un documentaire que nous préparons pour fin 2011, consacré au design et à l’innovation sociale appliqués au politiques publiques, en France et en Europe. Il fera suite à l’ouvrage "Design des politiques publiques" que nous avons publié en avril dernier. Nous cherchons encore des crédits pour boucler son financement, mais nous espérons pouvoir le sortir pour le 7e Congrès des Régions en décembre 2011.

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Méthodes ingénieuses pour Régions (...)

A documentary dedicated to service design and ethnography applied to the public sector. Based on the experience of La 27e Région, a public innovation lab founded by the 26 french regional (...)

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