Formacamp en Rhône Alpes
Billet publié par Stéphane VincentTags: Barcamp , Formation , Politique publique , social
J’animai deux ateliers hier au Formacamp, barcamp dédié à la formation organisé sous l’égide de Formavia, le réseau de la Région Rhône Alpes -et qui faisait suite à la journée du 3 décembre dernier que nous avions organisé lors du congrès des Régions à Caen avec la Région Basse-Normandie. A première vue, au moins 200 participants (beaucoup pour un barcamp...).
Le choix de l’Hôtel de Région, situé à Charbonnières, pouvait sembler étonnant pour une "non-conférence", mais si l’on parvenait à oublier le protocole un peu écrasant de l’hémicycle, l’irruption d’un tel événement dans un conseil régional était une première intéressante...
Mes ateliers traitaient des enjeux territoriaux de la formation à l’heure de l’internet. Nous avons consacré le premier à l’effet "transformateur" du numérique : en quoi il a changé notre façon de nous former, mais aussi d’accéder à la formation, de nous informer sur l’offre, et contribué à changer les postures de chacun, du formateur jusqu’aux médiateurs. Avec les participants, nous avons essayer d’identifier ces changements. Le cas de la Maison de Grigny, qui propose un apprentissage aux TIC, est intéressant à plus d’un titre : en rendant les gens autonomes plutôt qu’en les enfermant dans des logiques d’assistanat, en repartant des gens et non de l’offre de formation, en co-concevant l’apprentissage avec eux, la Maison de Grigny a conçu une autre grammaire de l’apprentissage, très éloigné des modèles traditionnels descendants, et visiblement plus efficace.
La Maison de Grigny, à l’image de nombreux espaces publics numériques, illustre bien le statut de véritable "service public de l’accompagnement" qu’on pris ces structures. En effet, elles viennent souvent en renfort des acteurs traditionnels de la formation et de l’emploi, qui n’ont pas pris la mesure du rôle qu’a pris l’internet dans ces domaines. Nous avions déjà pointé cette fonction d’écrivains publics numériques à Caen. En plénière, nous avons suggéré d’intégrer ce rôle des espaces numériques dans le service public régional de la formation que met actuellement en place la Région Rhône Alpes.
Le second atelier était dédié à la question de la mise en réseau des acteurs sur le territoire. Je suis reparti d’une tentative de description du mille-feuille de l’emploi et de la formation (cf photo) pour décrire la situation vécue par l’usager en cherche de formation. Comment sortir des silos de la formation et retrouver de la transversalité ? Par analogie, la communauté de métiers formée par les membres de l’Aradel (en plusieurs dizaines d’années, 700 agents de développement rhonalpins organisés en réseau, dépassant le cadre de leurs organismes respectifs) présentait des caractéristiques réplicables : un lieu d’échange "métier", un réseau de personnes où l’on prend et où l’on donne, où l’on co-construit plutôt que de tout confier à des consultants extérieurs, etc. Un exemple à suivre, tout comme l’expérimentation RuralNet, qui mise sur le test en grandeur réel d’un réseau social pour explorer de nouvelles façons de "rattraper" les petits exploitants agricoles et tous les acteurs ruraux les plus éloignés des logiques de formation habituelles. Vive l’expérimentation ! Les photos, les premiers comptes rendus et les premières impressions sontsur le wiki du Formacamp.

Le collectif le Bruit du frigo à la Cantine le 3 mars après-midi
Billet publié par Stéphane VincentTags: Architecture , Quartier , Quotidien , Territoires en résidences
Gabi Farage anime le collectif Le bruit du frigo, basé à Bordeaux. Gabi vient nous parler de ses méthodes d’interventions dans l’espace public, le mardi 3 mars à 14h30. De 14 à 14h30, son intervention sera précédée d’une présentation de l’actualité du programme d’expérimentations de la 27e Région, Territoires en Résidences.
L’intervention aura lieu à la Cantine, au 2e étage. L’inscription est nécessaire, il suffit de cliquer sur ce lien- (20 places maximum)
Le Bruit du frigo est un hybride entre bureau d’étude urbain, collectif de création et structure d’éducation populaire, qui se consacre à l’étude et l’action sur la ville et le territoire habité, à travers des démarches participatives, artistiques et culturelles. A la croisée entre territoire, art et population, ses projets proposent des façons alternatives d’imaginer et de fabriquer notre cadre de vie, en associant les gens :
- Ateliers d’urbanisme participatif
- Interventions artistiques dans l’espace public
- Assistance à la maîtrise d’ouvrage
- Résidences artistiques
- Actions pédagogiques
- Workshop et séminaires
- Formation d’acteurs
Plan de situation des propositions issues de l’atelier d’urbanisme utopique mené dans le quartier du Breil Malville à Nantes en 2008

« Itinéraires Bis » est une étude préalable à la mise en oeuvre d’un réseau de cheminements piétons à Boulazac (24)

Quant aux Ateliers pédagogiques, ils s’adressent à un public jeune (de 10 à 18 ans). L’objectif est de les initier à la lecture de la cité, à travers l’acquisition
d’outils de compréhension, de décryptage et de création, mais aussi par l’interaction avec l’environnement urbain et humain, et l’ouverture sur des pratiques artistiques…

Le Bruit du Frigo est intervenu à de nombreuses reprises dans l’espace public : Passe Muraille / Atelier public d’exploration urbaine (Bordeaux), Création d’un « bistrot temporaire » & Atelier d’urbanisme utopique (Nantes), « De-ci de-là », résidence artistique (Cobonne), Ateliers Urbains de Certé, Participation des habitants à l’ORU (Opération de Renouvellement Urbain) du quartier Nord-Est (Bègles), Résidence artistique à la « Gare Franche » (Marseille), « Par 4 chemins... », workshop culturel sur la déambulation urbaine (Bordeaux), etc. Plus d’infos sur le site web du Bruit du Frigo.
L’innovation dans les politiques publiques est une démarche, pas un but
Billet publié par Anne DaubréeTags: dématérialisation , Innovation , Politique publique , technologie
« On a tendance à ramener nos projets à quelque chose que l’on connaît. Il faut partir de ce que l’on ne connaît pas, faire le saut ». C’est sur ce principe que Pierre Musso, pense la politique publique, et les orientations que doit se donner la 27e région. Pierre Musso est notamment chercheur et enseignant des sciences de l’information et de la communication à l’université de Rennes II, coordinateur d’un exercice de prospective, « territoires et cyberespaces », mené pour le compte de la Diact, et membre du comité d’orientation de la 27e région
Pour lui, l’innovation n’est pas un but. Elle advient de facto, par l’utilisation du cyber, et des outils collaboratifs, qui augmentent la capacité d’action sur le territoire et avec d’autres territoires. Les grandes entreprises, certaines professions comme les architectes urbains le font déjà. L’Etat, lui, est très en retard sur la société civile. Les régions ont un rôle particulier à jouer, du fait de leur champ de compétence, et de leur échelle, suffisamment vaste pour monter des projets à l’échelle au moins européenne.
Dans ce cadre, la 27e région doit être un « système d’information et un web interrégional », qui comporte des applications structurées autour de trois axes.
- Tester, expérimenter : il s’agit de simuler des concepts pour les expérimenter, à l’aide d’équipes pluridisciplinaires et dans des formes novatrices. L’expérience est alors d’abord purement virtuelle, avant de retourner dans le territoire.
- Monter des projets ensemble, dans la lignée du web 2.0, où les acteurs viennent dans le cyber pour monter des projets ensemble. Le cyber est une « fabrique à projet ». Exemple, cite Pierre Musso, le metalab 3d, qui crée des espaces publics dans les mondes virtuels, un projet monté par l’Artesi et différentes collectivités, comme la ville de Rennes et Paris. De la même façon, une collectivité qui aurait son projet d’espace culturel, par exemple, le porterait sur la 27e région, pour le co-réaliser, trouver des partenaires, des compétences, ou des idées. Le cadre inclut la possibilité de la participation d’acteurs privés.
- Se rencontrer : le cyber doit être un espace qui permet d’enrichir des rencontres, de créer des communautés d’intérêt, d’action, même s’il n’exclut pas les rencontres physiques. Il devrait notamment devenir le lieu du débat public, pour les médiateurs, quel que soit le domaine, mais également pour la société entière.
Et en plus ...
Cette démarche implique des « méta sujets » sur lesquels devrait travailler la 27e région.
- une réflexion sur la méthode elle même : il faut accompagner ces trois axes, les évaluer et capitaliser sur ces expériences, ainsi que sur celles qui se déroulent ailleurs dans le monde. Sans oublier d’analyser les échecs ! Bref, il faut capitaliser sur le travail réalisé. C’est la base indispensable qui permet aux institutions de demeurer souples, capables d’innover en permanence. Et ce travail doit être confié à des personnes spécifiques, car les acteurs de l’innovation n’en ont pas le temps.
- La question managériale. Il ne faut pas laisser les responsables de projet en poste trop longtemps. En capitalisant sur les expériences on rend ce changement possible. Par exemple, le responsable de la 27e région ne devrait pas demeurer en poste plus de trois ans. Dans le privé, certains abusent de cette pratique : il ne faut pas non plus déstabiliser les structures.
- Un exercice de prospective sur le réseau interrégional devrait être mené, un peu comme celui de la Diact, « territoires et cyberespaces ». Bref, imaginer la 27e région dans vingt ans : un travail qui pourrait être mené dans le cyber, justement, propose Pierre Musso.
L’innovation sociale pour nous sortir de la crise !
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e RégionTags: Innovation , Politique publique
Marjorie Jouen est conseillère à Notre Europe, laboratoire de pensée dédié à l’unité Européenne, fondé par Jacques Delors.
Stéphane Vincent dirige la 27e Région, laboratoire d’innovation publique soutenu par les Régions.
Cette tribune est également en ligne sur InternetActu.
Sa mission exacte demeure mystérieuse, mais il existe bel et bien. Un « bureau de l’innovation sociale » est en cours de création à la Maison Blanche. Est-ce le signe que, pour sortir de cette crise dont la gravité signe l’échec du système actuel, Barack Obama compte s’appuyer sur ceux qui inventent de nouvelles façons de travailler et d’agir dans la société ?
Sous l’appellation un peu fourre-tout d’« innovation sociale », se rencontrent depuis longtemps des mouvements issus de traditions très différentes. Leur point commun : prôner l’innovation "par les gens, pour les gens". On y croise pèle-mêle des mouvements philanthropiques et des entrepreneurs sociaux à l’anglo-saxonne, comme Ashoka, des acteurs du développement local qui promeuvent une démarche participative, telle Adels (Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale) en France, des associations qui restaurent un lien direct entre les producteurs et les consommateurs, comme les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), mais aussi des sociétés et des think-tanks qui mobilisent l’innovation comme technique d’ingénierie sociale, à l’image de la Young Foundation au Royaume-Uni. Ces mouvements, qui trouvent parfois dans l’Internet un formidable champ d’expérimentation et de déploiement, constituent une dynamique qui, sortant des schémas d’action et de pensée traditionnels, pourraient apporter des réponses valables à la crise et constituer des solutions pragmatiques aux problèmes quotidiens des citoyens.
Aux Etats-Unis, le candidat démocrate avait multiplié les promesses durant la campagne présidentielle : il ferait, par exemple, passer de 75.000 à 250.000 le nombre de volontaires de l’American Corps, ce programme qui permet aux jeunes Américains de s’investir bénévolement dans des domaines comme l’éducation, la santé ou l’environnement. Mais, surtout, Barack Obama avait promis de poser les bases d’une véritable politique publique de l’innovation sociale, en créant un fonds d’investissement destiné à soutenir les initiatives locales innovantes et leur diffusion, et en mettant en place une structure destinée à les accompagner. Il répondait ainsi aux vœux notamment exprimés par le « Center for american progress », un think thank proche des Démocrates.
Pour l’instant, le nombre de volontaires de l’American Corps n’a pas encore été accru et le plan de relance de Barack Obama repose surtout sur des bases keynésiennes classiques. Néanmoins, le vent tourne. Les innovateurs sociaux ont longtemps été cantonnés dans le rôle de pompiers dans le domaine du social, alors qu’ils peuvent concevoir des réponses en amont, et à des défis plus larges, comme l’économie ou l’environnement, ou plus simples, relevant de la vie quotidienne.
La crise, que les économistes peinent à penser, pourrait bien accélérer cette tendance. La création du nouveau bureau à la Maison Blanche constitue un signal fort, tout comme, de ce coté-ci de l’Atlantique, l’appel lancé par José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne, aux experts en innovation sociale, le 20 janvier dernier. Lors de cette rencontre bruxelloise, le Président de la Commission a déclaré que « la crise financière et économique a encore accru l’importance de la créativité et de l’innovation en général, et de l’innovation sociale en particulier ».
Depuis 2000 déjà, l’Europe soutient des expérimentations sociales, dans le cadre du programme Equal. En Italie, le Ministère de la Fonction publique est également celui de l’innovation. Dans le sud de l’Angleterre, le Comté du Kent s’est doté d’un laboratoire d’innovation sociale, tout comme le ministère danois des Finances. L’Espagne n’est pas en reste : le Pays Basque lance une "Silicon Valley de l’innovation sociale", et la Région Estremadure finance depuis 4 ans une agence de 35 personnes chargée de déployer une « société de l’imagination », misant sur le changement et la mobilisation des jeunes pour favoriser son développement. A Londres, Bruxelles et Milan, des designers imaginent de nouvelles façons de répondre à des problèmes d’intérêt général.
Trois pistes pour l’innovation sociale à la française
La France est depuis longtemps un terreau fécond en matière d’innovation sociale. Il y a chez nous une longue pratique, souvent portée à bout de bras par les associations, les acteurs du développement local, de l’entrepreneuriat social, ainsi qu’une myriade d’activistes disséminés un peu partout dans la société, y compris dans l’administration. Mais leurs efforts sont clairsemés, et leurs enseignements largement ignorés des grandes structures, des institutions et des procédures publiques. Or il y a là une occasion de transformation majeure pour les acteurs publics. Comment leur faire franchir un cap ?
Sans être forcément les seules, trois orientations sont possibles. Elles concernent successivement les élus, les fonctionnaires et les acteurs de l’innovation sociale :
Nos élus doivent davantage intégrer l’innovation sociale au sein des grandes politiques publiques. Aujourd’hui, les politiques d’innovation misent essentiellement sur la technologie, sans forcément bien prendre en compte son implication sociale majeure. Alors que l’économie solidaire produit les modèles de développement parmi les plus robustes et les plus efficaces, elle reste souvent le parent pauvre des politiques publiques. Or la culture et les méthodes propres à l’innovation sociale peuvent apporter un profond renouveau à l’ensemble des politiques et de la puissance publique, améliorer le service rendu et, pourquoi pas, réconcilier les citoyens avec leurs gouvernants.
L’administration doit se professionnaliser dans ce domaine. Il y a dans l’innovation sociale une alternative intéressante à la culture de l’audit et du contrôle financier qui sclérose les grandes institutions. Seule l’innovation "dirigée par l’usager" peut faire tomber durablement les frontières administratives et transformer les modes d’intervention publique, en renversant la logique de production de l’aval vers l’amont. Plus axée sur le qualitatif et le "sensible", elle mobilise des techniques de pointe, requiert des profils nouveaux et créatifs, où l’on rencontre aussi bien les pionniers des think-tanks de Stanford, de Milan ou de Londres, que des fonctionnaires ingénieux : une nouvelle génération de designers, de sociologues, d’artistes, d’ingénieurs sociaux et numériques qui cherchent des réponses pragmatiques aux grands problèmes de société et du quotidien -éducation, pauvreté, exclusion, délinquance, pollution, isolement …
Tous les acteurs de l’innovation sociale doivent travailler en réseau. Pour atteindre un seuil critique, il faut que les efforts des innovateurs de tous types, sociaux et numériques, ceux du secteur public et des entreprises privées, les anciens et les nouveaux, ceux de l’urbain et du rural, les chercheurs aussi bien que les praticiens de terrain et les animateurs associatifs, puissent converger. Pour y parvenir, il faut faciliter l’échange des pratiques les plus innovantes dans le cadre de réseaux pluridisciplinaires, en faisant sauter les barrières obsolètes entre ceux qui conçoivent et ceux qui appliquent. Il faut aider à la création de lieux, physiques ou virtuels, où les innovations puissent acquérir une visibilité maximale, leurs résultats soient validés et que ces méthodes puissent se généraliser. Il faut redonner à l’expérimentation sociale ses lettres de noblesse pour en faire un outil neutre de production de connaissance et de modernisation.
L’innovation sociale ne prétend pas être la panacée, mais, certainement, elle nous redonnera l’envie et l’élan du changement collectif, seule voie possible pour sortir grandis de cette crise.
Les enfants romains guident leurs grands-parents sur le net
Billet publié par Anne DaubréeTags: Ecole , Europe , Formation , technologie
Ravis, les « nonni » s’échangent des mails en rafale. Dans la banlieue de Saxa Rubra, au nord de Rome, une vingtaine de personnes de plus de 60 ans, les « nonni », les « grands pères », achèvent leur apprentissage –gratuit- de l’internet, ce mois de février. Les profs ? Ils n’ont même pas l’âge de voter : ce sont les élèves du lycée technique de Calamandrei. Trois mois durant, chaque semaine, ils ont accueilli ces apprentis internautes du troisième âge dans leur salle informatique. Au programme : apprendre à se servir d’un clavier, écrire un texte, surfer, envoyer des mails et se familiariser avec les sites internet administratifs. « Nous avons renversé le principe d’apprentissage entre les générations » commente Cecilia Stajano, responsable du projet chezMondo Digitale, l’association qui a développé « Nonni su internet », à la demande de la municipalité romaine.
En 2003, en effet, la ville s’est inquiétée de ne pas laisser sur le bord de la route numérique les quelques 600 0000 Romains âgées de plus de 60 ans que compte la cité, sur une population d’environ 3 millions d’habitants. Et, depuis cette date, d’après l’association, 6000 « nonni » sont retournés sur les bancs de l’école. 3000 jeunes et 400 enseignants « tuteurs » les ont accompagnés dans leur apprentissage à l’internet, dans 110 écoles, situées dans le centre de la ville, mais aussi dans des quartiers sensibles.
Lycéens, collégiens, et même des enfants des écoles primaires jouent le rôle de tuteurs. « Bien entendu, plus les enfants sont jeunes, plus le rôle des enseignants est plus structurant. Les plus petits jouent le rôle d’anges gardiens, et accompagnent les personnes âgées pour s’assurer qu’elles suivent bien les instructions du professeur » explique Cecilia Stajano. Plus les élèves sont âgées, plus les enseignants référents s’effacent.
Les technos pour parler le même langage
Tous les participants semblent trouver leur compte dans cette opération. Les personnes âgées, qu’il s’agisse de mères au foyer, ou d’artisans à la retraite, voient leur curiosité satisfaite. « Elles ont envie de se sentir l’égal de leurs enfants et petits enfants, de parler le même langage. De plus, cela leur fait plaisir de se retrouver dans une bonne ambiance » explique Anna Maria Pezzola, enseignante au lycée technique de Calamandrei, à Saxarubra. Par ailleurs, la découverte de certains sites administratifs leur rend un service très concret, leur évitant, par exemple, de se déplacer pour régler des factures. Résultat, « certaines personnes voudraient se réinscrire au cours plusieurs fois. Nous sommes obligés de limiter » commente Cecilia Stajano.
Les élèves, eux « se sentent valorisés, ce qui n’est pas toujours le cas dans le contexte scolaire. Ils sentent qu’on a besoin d’eux. Au début, ils abordent la démarche avec de l’ironie, mais ils se laissent très vite prendre au jeu » juge Anna Maria Pizzola, pour qui les bénéfices du projet dépassent le champ pédagogique. En effet, les liens qui se tissent entre les enfants et les personnes âgées contribuent à « restaurer l’image des écoles dans leur environnement proche » commente l’enseignante. Un sujet sensible, dans ce pays où l’image des très jeunes est noircie une très forte attention médiatique portée au phénomène du « bullismo », un terme qui a été inventé pour qualifier la brutalité émanant des jeunes, avec, par exemple, force vidéos de passages à tabac exhibées sur YouTube.
Cette année, Anna Maria Pizzola espère organiser des échanges avec des classes irlandaises. Là bas, ainsi qu’ en Espagne, ou dans d’autres régions italiennes, comme en Ombrie, « nonni su internet » a fait des petits.

- Nonno su Internet
Dans le Nord Pas de Calais, l’innovation par les gens, pour les gens
Billet publié par Anne DaubréeTags: Développement local , Economie , Emploi , Innovation , Nord Pas de Calais , Politique publique
Des femmes sénégalaises vont bientôt venir discuter avec des habitants des quartiers défavorisés de Boulogne sur mer, pour leur expliquer le fonctionnement des tontines, un système de partage d’épargne pratiqué en Afrique. Leur visite répond à l’invitation d’une association locale, et leur message devrait être relayé par les centres sociaux. L’initiative mise sur le transfert d’expérience Sud-Nord, prenant le contre pied de la conception traditionnelle de ces échanges.

L’an dernier, c’est une dizaine de jeunes, non diplômés, provenant de Tourcoing, qui se sont déplacés. Ils sont partis travailler au Royaume-Uni. L’association « Objectif emploi » les a accompagné dans l’apprentissage de la mobilité dans le monde du travail. Résultat : deux d’entre eux ont trouvé d’autres jobs de l’autre coté de la Manche. Et, parmi ceux qui sont rentrés, certains envisagent de repartir. A Calais, un « Observatoire des pratiques sociales », voulu par une quarantaine d’associations soutenues par la commune, va s’ouvrir à la participation des habitants de quartiers ciblés dans la cadre de la politique de la ville. Ces derniers vont notamment pouvoir proposer rencontrer les groupes de travail de l’observatoire, et faire des propositions.
L’innovation passe par le travail en réseau
Point commun de toutes ces initiatives, qui développent des solutions innovantes : les associations ou les collectivités qui les portent ont répondu à l’appel à projets « accompagnement des populations à l’innovation », initié par la région Nord Pas-de-Calais, pour la troisième année consécutive, et reconduit cette année.
En 2008, le programme était doté d’environ quatre millions d’euros, et a reçu plusieurs centaines de réponses, dans les quatre domaines proposés : la gestion urbaine de proximité, la qualification des acteurs et la structuration des réseaux, la politique de la ville, l’insertion professionnel des jeunes et la participation des habitants. Les aides accordées s’échelonnent de 3000 à 70 000 euros environ. Il s’agit « de favoriser l’expérimentation, l’inventivité, l’originalité et la cohérence par rapport aux spécificités de chaque territoire », précise l’appel à projet. Et, dans ses critères d’attribution, le Conseil Régional insiste sur l’importance de l’implication de différents types d’acteurs présents sur le territoire, le travail en réseau et la participation des habitants.
"Quand on parle d’innovation, il faut tenir compte du territoire dans laquelle elle s’inscrit. Par ailleurs, l’innovation réside aussi dans une manière de travailler, de se mettre en réseau avec d’autres acteurs, de partager... C’est pourquoi nous finançons notamment des mises en réseaux d’acteurs locaux » souligne Romuald Delbarre, chargé de mission "Politique de la Ville", au service « Citoyenneté et Initiatives Solidaires » de la région.
Territoires en Résidences : mode d’emploi
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e RégionTag : Territoires en résidences
Nous éditons un document décrivant les méthodes qui vont être utilisées durant les expérimentations que nous mettons en place dans le cadre de l’opération "Territoires en Résidences" (voir tous les billets précédents sur ce sujet). Toutes les étapes, le type de méthode mobilisée, les productions qui en sortiront sont décrites dans ce document à consulter ou télécharger ici. En voici quelques extraits :

Des méthodes créatives qui mobilisent des interviews, l’organisation de remue-méninges, mais aussi production de scénarios, de schémas, travail sur des planches d’ambiance, tenue d’un blog de l’expérimentation, organisation de présentations publiques...

... pour aboutir à des solutions développables, des scénarios prospectifs, des enseignements d’ordre méthodologique, stratégique et politique, des diagnostics, des maquettes, du matériel d’exposition, une publication...

Présentation de la 27ème Région au CNFPT de Toulouse
Billet publié par Romain Thévenet dans la catégorie Modernisation administrativeTags: dématérialisation , Design , Midi Pyrénées
Jeudi, je participais à la 3ème Conférence sur la dématérialisation au Centre National de la Fonction Publique Territoriale CNFPT de Toulouse organisée avec l’ARDESI Midi Pyrénées et l’OTEN
La dématérialisation n’est pas qu’une affaire de technologie.

La matinée était riche en présentations à la fois techniques et généralistes. Présentation stimulante de Serge Bergamelli, Directeur du Département "Equipement Numérique des territoires" de la Caisse des Dépôts (par ailleurs membre du conseil d’orientation de la 27ème Région), qui a remit la question de la dématérialisation dans une perspective plus large d’accès au services administratifs par les citoyens. Il a insisté notamment sur le fait que les citoyens, en tant qu’usagers des services publics étaient de plus en plus exigeants quant à la qualité de leurs services. Le défit pour les collectivités est désormais d’apporter des services de qualité équivalente à ceux de la Fnac ou d’E-bay, ce qui signifie selon lui, de mieux prendre en compte les besoins des citoyens. Or partir du citoyen revient à défaire l’organisation en silos propre à l’administration. Les collectivités locales sont le guichet de proximité du citoyen, ce qui les place au cœur des grands enjeux de modernisation.
Il a conclut en affirmant que "les collectivités locales sont désormais les ’entrepreneurs de l’innovation’ pour accélérer la modernisation et répondre aux besoins des ’générations internet’". Une perspective qui va dans le sens des actions de la 27ème Région.
Le design de services par la 27ème Région

Pour ma part, j’ai axé ma présentation sur le "design de services" en expliquant comment la méthodologie du designer industriel pouvait être appliquée à l’action des collectivités locales dans une perspective d’innovation à la fois numérique et sociale. Vous pouvez retrouver mon diaporama ci-dessous :
Un Explorcamp pour découvrir des solutions de dématérialisation

L’après-midi, un Explorcamp (atelier de démonstration de services internet) a permis aux techniciens territoriaux présents de découvrir des solutions en ligne pour leurs collectivités. Dans un mode proche du "speed dating" différents porteurs de projets présentent leurs solutions à une dizaines de participant par table. Au coup de gong, les participants changent de table pour découvrir un autre projet.
Une excellente initiative d’un format original pour rencontrer différents prestataires et apprécier leurs solutions.

Région Estremadure : L’imagination comme projet politique
Billet publié par Stéphane VincentTags: Créativité , Design , Innovation , Politique publique
Présentation épatante dans nos locaux (voir les slides plus bas), hier, d’Annabelle Favreau, chargée des relations internationales d’Iniciativa Joven (tout simplement "Initiative Jeune"), l’agence régionale de l’Estremadure chargée de faire de la créativité des jeunes le moteur du développement régional, placé sous l’égide du Ministère régional de la Jeunesse et des Sports... Annabelle venait tout spécialement d’Espagne, pour un public constitué de représentants de Régions, d’élus, de designers, créatifs et innovateurs sociaux venus d’Ile de France, Pays de la Loire, Nord Pas de Calais, Poitou Charentes, Limousin, et Champagne Ardenne, pour débattre avec elle. Aux côtés d’Annabelle intervenait le non moins enthousiasmant Guy Aznar, praticien renommé de la créativité, qui a formé la première équipe d’Iniciativa Joven à ses débuts. Guy est Président de l’Association française pour le développement de la créativité, qui regroupe la plupart des spécialistes français de créativité.

Iniciativa Joven, c’est d’abord une volonté politique : celle de Juan Carlos Rodríguez Ibarra, président socialiste de la Région de 1982 à 2007. L’objectif, dans cette vaste région aux forts contratses du sud-ouest de l’Espagne : promouvoir un nouveau modèle de développement qui repose sur l’imagination, la créativité et l’innovation des jeunes. L’histoire débute en 2004, quand la Région encourage la création d’une petite équipe pluridisciplinaire. Passée en quelques temps à 35 personnes, l’agence est devenue un établissement public et travaille maintenant avec un budget annuel de 4 millions d’euros, entièrement pris en charge par la Région.
Principal mot d’ordre : expérimenter ! se tromper, recommencer...et avancer pas à pas. Et pour multiplier les expériences à grande échelle, l’équipe s’est enrichie de plusieurs départements : production (création d’événements, design, communication visuelle), orientation et accompagnement (premier contact avec les entreprises), documentation générale, économie (recherche de financement, plan d’affaires), et sans doute le plus spectaculaire : le département imagination, animé par un pédagogue, un sociologue, un psychologue, un économiste, un professeur de primaire... Car c’est l’incroyable diversité des profils qui fait la richesse de l’agence : ils sont designers, informaticiens, mais aussi artistes de cirque, agriculteurs bio, biologistes, journalistes, psychologues, économistes, et souvent musiciens, photographes à leurs heures....

Pour Annabelle, "quatre piliers fondent la créativité : la perception (identifier des problèmes ou des thèmes de départ), l’imagination (c’est à dire, être capable de visualiser les choses), la créativité (les concrétiser), et l’innovation (leur trouver une utilité)." C’est à partir de ces principes que depuis sa création, Initiativa Joven multiplie les opérations créatives. Citons par exemple :
- Chaque année depuis 4 ans, un concours de créativité est mis en place dans les lycées ; chaque année, 177 lycées y ont participé, 3500 lycéens s’y sont inscrits. Des professeurs sont formés ainsi que les agents locaux de développement, qui sont associés à l’opération.
- Le programme national « Jeunes entreprises européennes », qui a été confié à Iniciativa Joven pour la région Estremadure, vise à simuler entièrement la création et la gestion d’une entreprise pour en comprendre tous les mécanismes et se familiariser avec l’entreprenariat ; 150 lycées y participent cette année, 193 professeurs et quelque 5000 lycéens !
- "La Pasta" : en argot espagnol, les pates, mais surtout, le "fric" ; la Pasta est une rencontre organisée entre des créateurs, et des partenaires financiers, sur un mode créatif et stimulant ;
- Nous avions déjà évoqué le Coffe-Break dans un billet récent ; Annabelle la résume ainsi : "Puisqu’on sait qu’il n’y a qu’au moment du café que les gens peuvent se parler durant les séminaires, n’organisons plus des séminaires, mais des pauses café !" ; on notera également que les intervenants VIP des coffee break reçoivent en guise d’invitation, à leur domicile...un croissant tout frais :-)
- Dès la dernière année d’école primaire, Iniciativa Joven stimule l’esprit d’entreprendre en aidant 4 professeurs dans chaque école à intégrer la créativité et l’innovation dans leurs propres matières... 6 écoles de stimulation de la créativité répartis sur le territoire sont également mis à contribution dans ce projet ;
- Iniciativa Joven fait travailler les jeunes sur des scénarios prospectifs sur l’Estramadure : ceux-ci sont invités à imaginer leur avenir dans la région à travers des textes, des images, des illustrations
- Un programme Erasmus pour les jeunes entrepreneurs : en participant à ce programme, les jeunes créateurs enrichissent considérablement leurs visions, reviennent avec une expérience unique et de nombreux contacts pour développer leur projet ;
- Iniciativa Joven a développé le concept de "centre international d’innovation et d’activités physiques de nature" en cours de lancement ;
- La recherche sur la créativité fait partie des activités Iniciativa Joven : en lançant le programme Icosystem, Initiativa Joven cherche à concevoir des critères qui permettraient d’évaluer le potentiel de créativité d’un territoire ;

Etonnant programme...il faut lire le "manifeste de l’imagination" lancé par la Région en 2004 pour comprendre tout le potentiel de ce projet politique. Quand on lui demande comment faire l’évaluation d’une politique en faveur de la créativité, Annabelle répond qu’on peut certes le faire en termes économiques (emplois et entreprises créées, etc) mais qu’il s’agit surtout d’un projet de transformation d’ordre culturel et éducatif, qui prend la question du développement à la racine. "Aider l’entrepreneur comme on le fait généralement est déjà trop tard, résume t-elle. C’est l’esprit d’invention et de création qu’il faut traiter, bien plus en amont". En fait, tout indique que ce type de projet transforme radicalement l’action publique, par l’effet d’entraînement collectif qu’il génère, par la transversalité totale qu’il mobilise, qui une fois de plus remet en cause la "mise en silos" des politiques publiques ; s’agit-il d’un projet économique, éducatif, social, culture, d’aménagement ? dans quelle case les acteurs publics pourraient-il bien ranger une telle politique ? A quoi ressemblerait une administration ayant appris à fonctionner ainsi, à fonctionner vraiment sur un mode expérimental, et à créer des dynamiques réellement collectives ? Il y a décidément beaucoup à apprendre de ce type de projet, et nous nous emploierons à le faire dans les prochains mois.
Dès aujourd’hui, Iniciativa Joven souhaite échanger avec d’autres régions françaises et européennes, construire des partenariats, et nous serons ravis si nous pouvons y apporter notre contribution. Plusieurs idées de projets sont en discussion, autour de la créativité au lycée, d’un réseau social de la créativité, et d’un événement européen autour de créativité. Bref, une affaire à suivre de très près...
La présentation d’Annabelle Favreau :
Comprendre les médecins pour les faire revenir en zone rurale
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie AménagementTags: Auvergne , Santé , solidarité , Territoires en résidences
La plupart des Régions soutiennent ou initient le déploiement de "Maisons de santé", conçues pour regrouper l’offre de soins et la maintenir dans les zones les plus fragiles. La Région Auvergne ne fait pas exception. Nous avions rendez-vous mercredi dernier à Clermont-Ferrand avec Sébastien Cote, chargé des technologies de l’information, qui accompagne le service en charge de promouvoir les maisons de santé à la Région.

L’urgence est grande : les deux tiers des besoins se situent en dehors des zones urbaines, dans un contexte de pénurie à l’échelle nationale : lorsqu’un jeune médecin prend ses fonctions, trois partent à la retraite. L’Agence Régionale des Territoires ne ménage pas ses efforts pour attirer de nouveaux médecins, mais la tâche n’est pas facile. Pour la Région, elle exige de faire converger les efforts, de travailler également sur l’ensemble des politiques -d’autant que l’Auvergne s’est fixée l’objectif d’augmenter sa population à 20 ans. Et les réformes gouvernementales ne profitent pas franchement au massif central...
La maison de santé apparaît comme un poste avancé de l’offre de soins, organisé en articulation avec les établissements hospitaliers et permettant de rationaliser les déplacements, d’assurer le contact avec les populations. Sébastien Cote explore la possibilité de doter ces équipements de systèmes d’information adéquats, d’outiller les médecins des logiciels adéquats, de calendriers partagés, d’outils de télémédecine. Deux projets de maisons de santé sont aujourd’hui à l’étude.
Mais la Région est bien consciente qu’il ne suffit pas de rassembler l’offre de soins dans un nouveau bâtiment pour répondre de façon mécanique aux attentes locales. Le risque existe de construire une offre qui ne rencontre pas la demande, si trop peu d’intérêt est consenti aux pratiques réelles des habitants, des médecins, des acteurs locaux ; si des réponses pratiques ne sont pas apportées aux freins psychologiques, ou à d’autres questions très pratiques d’accès, d’accessibilité et d’horaires, d’accueil, d’organisation des lieux, de confidentialité ou encore de sécurité. Travailler à partir de l’expérience des utilisateurs est essentiel. Nous avons évoqué avec Sébastien Cote l’opportunité de mettre en résidence, sur l’un des deux sites visés, une petite équipe interdisciplinaire autour d’un designer de services, dans le cadre de Territoires en Résidences. Une telle démarche pourrait permettre de co-concevoir une vision commune aux médecins, aux habitants et aux élus locaux, et d’augmenter ses chances de succès. Et il permettrait également à la Région, qui a le projet de soutenir bien d’autres lieux de produire un cahier des charges type plus proche des attentes des usages.










