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Jun 24 2014

Soyons Re•acteurs ! (Pour aller plus loin)

Billet publié par Anna L.

Pour aller plus loin : trois défis évoqués ensemble

Rendre l’évaluation sensible
Marylise Lebranchu a partagé avec nous le défi le plus complexe selon elle : trouver une manière transmettre les résultats de l’action publique, différemment. En effet, comment dire et montrer dans un bilan administratif, dans une note de deux pages ou encore dans un compte-rendu d’évaluation que la situation s’est améliorée parce que les gens, d’un côté ou de l’autre du « guichet », se sentent mieux ? Innover et faire différemment, cela implique également d’analyse et d’évaluer les résultats à l’aune de critères nouveaux. D’où l’enjeu urgent et partagé par tous les intervenants de repenser et la forme et le fond des dispositif d’évaluation et de reporting dans l’action publique.

Défendre le droit à l’expérimentation et le droit à l’erreur
Re•acteur Public propose une démarche expérimentale, où l’on choisit des sites particuliers et où l’on s’adapte à la réalité des usages. Dans les débats, l’importance de cette démarche expérimentale revient régulièrement. Comme l’explique Christian Paul, le changement est souvent vu comme inexistant en France tant qu’il n’est pas accompagné de LA grande réforme applicable uniformément sur tout le territoire, une sorte de Grand Soir législatif introuvable. Ainsi, l’approche expérimentale n’est pas reconnue comme une méthode valable, et pire, elle est souvent même freinée dans la loi au nom de l’égalité républicaine, comme le souligne Alain Rousset. Selon Jean-Luc Delpeuch, président de la Communauté de Commune du Clunisois, il serait temps de limiter « l’énergie et le temps que l’on passe pour prouver que l’on n’est pas des criminels. »

Affirmer les valeurs de l’innovation publique
Si le champ lexical classique de l’innovation a souvent été convoqué pendant les discussions (« innovateurs », « innovation incrémentale », « innovation de rupture », « culture de l’innovation »…), il est parfois difficile de mettre en avant l’innovation publique, ou conception innovante des politiques publiques, face au tout numérique ou encore à l’innovation technologique. Ainsi, Yoan Ollivier, designer Plausible Possible, raconte les difficultés des pionniers de la discipline à faire comprendre leurs projets. Autre exemple, Nicolas Conso, du SGMAP, partage avec nous les difficultés qu’il a eu à faire rentrer l’innovation publique au sein du Programme d’Investissement d’Avenir. Dans le futur, il apparaît important de mettre en avant les valeurs de Re•acteur Public, afin de ne pas promouvoir l’innovation bonne, par essence, et de savoir se méfier du vocabulaire managérial de l’innovation quand cela est nécessaire. Pour illustration, le nudge (vous savez, ces « coups de pouces » qui vous font prendre la « bonne » décision sans même que vous vous en rendiez compte, et qui sont issus de la théorie des neuro-économistes Cass Sunstein et Richard Thaler) a été évoqué plusieurs fois dans les discussions au milieu des autres mots de l’innovation, alors même que cette forme d’innovation fait largement débat.

NB : Pour comprendre le nudge : voir cet article issu de la Vie des Idées, ainsi que celui-ci qui raconte les aventures du nudge dans l’administration Obama et les difficultés de son positionnement politique...

Jun 24 2014

Soyons Re•acteurs !

Billet publié par Anna L.

Mardi 13 mai 2014, La 27e Région investissait l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI-Les Ateliers) pour présenter officiellement Re•acteur Public, nouveau programme partenarial consacré à l’innovation publique, associant l’Etat et les collectivités et propulsé par La 27e Région et le SGMAP (Secrétariat Général à la Modernisation de l’Action Publique). Retour sur le début d’une aventure collective.

En charge du discours d’introduction, Christian Paul, député de la Nièvre et président de La 27e Région, la raconte ainsi : « Re•acteur Public, c’est une volonté commune de mettre au devant de la scène l’innovation publique, face à la double nécessité de transformer l’action publique en profondeur d’une part, et de repenser la relation entre le citoyen et le service public d’autre part ». Mais, ainsi qu’il le souligne, il ne s’agit ni d’une injonction à innover pour innover, ni de développer de nouveaux outils managériaux pour les cadres de la fonction publique, ni encore de participer à une logique de cost-killing. Au contraire, le programme doit porter un message à la fois positif et politiquement engagé. Et cela ne pourra se faire que collectivement. Re•acteur Public n’est pas l’apanage d’une institution en particulier : c’est un cadre neutre, ouvert à tous, où seule compte l’urgence d’expérimenter ensemble.

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Pour s’inspirer, commencer par un projet concret

Afin d’illustrer cet esprit de coopération et de placer l’action au centre des débats, la matinée s’est ouverte sur le récit d’une collaboration fructueuse entre La 27e Région, le Secrétariat Générale à la Modernisation de l’Action Publique (SGMAP) et la Communauté de Communes du Clunisois, en Bourgogne. L’objet de cette collaboration ? Une résidence créative centrée sur l’amélioration de l’accès aux services publics dans les territoires ruraux (mais au fait, c’est quoi une résidence ?).

Nicolas Conso, chef du service « Innovation » au sein du SGMAP, et Boris Chevrot, coordinateur-médiateur du Relais de Service Public de Cluny et doctorant en sociologie, ont partagé avec nous le bilan de cette expérience. 7 visions inspirantes, 16 tests en situation réelle et 1 enseignement majeur : aller sur le terrain et s’intéresser aux usages permet d’apporter un éclairage neuf sur les grandes politiques nationales et de réinterroger ce que l’on pensait être des certitudes. Rafraîchissant !

Pour en savoir : direction le blog de la résidence

Une table-ronde pour partager nos visions de l’innovation publique

Ouvrant la table-ronde, Marylise Lebranchu, Ministre de la Décentralisation, de la Réforme de la l’État et de la Fonction publique, a ensuite exprimé son espoir d’une coopération féconde autour des projets de Re•acteur Public, un an après le Labo Public Ephémère qui avait déjà réuni le SGMAP et La 27e Région à l’Ensci. Pour elle, la création du SGMAP en 2012 était une première étape importante pour faire sortir la modernisation de l’action publique du seul prisme des économies budgétaires. Mais cela n’a pas empêché de trop souvent réduire ce défi aux enjeux de simplification administrative et de dématérialisation. A l’inverse, Re•acteur Public doit permettre de travailler sur le tout de l’action publique, sur son rôle et sur sa qualité. Au moment où les citoyens s’absentent de plus en plus des grands moments de la vie publique, Re•acteur Public insiste sur l’importance de faire avec : avec les citoyens, avec les agents, avec la société civile, avec les collectivités, avec l’État. En mobilisant l’ensemble des acteurs publics, il veut redonner ses lettres de noblesse aux agents de la fonction publique.

Claudy Lebreton, président de l’Assemblée des Départements de France et du Conseil Général des Côtes-d’Armor, a également partagé sa vision de l’innovation publique. Selon lui, si la tradition française cartésienne pousse à institutionnaliser et uniformiser les réponses administratives, Re•acteur Public permet justement de réfléchir au niveau humain, par l’action. Il place au premier plan les territoires d’aventure, ceux où des hommes et des femmes prennent des risques. Prenant la défense de la pensée expérimentale proposée par Re•acteur Public, Claudy Lebreton appelle les Départements à y prendre part… « du moins pour les quelques mois qu’ils leur reste encore à exister » ajoute-t-il non sans ironie.

Enfin, Alain Rousset, président de l’Assemblée des Régions de France et du Conseil Régional d’Aquitaine, a rappelé que les Régions étaient les premières collectivités embarquées au sein de cette aventure avec la 27e Région. Selon lui, l’innovation ne peut rester incrémentale, il est aujourd’hui temps de créer des ruptures : « en France, on a souvent l’impression que l’organisation des services publics est fixée une fois pour toute, et que seules les quantités financières peuvent varier. » Soulignant que le rapport entre l’État et les collectivités est parfois ressenti comme un rapport de « sous-traitance », il prône pour sa part une décentralisation renforcée et une coopération renforcée entre les différentes échelles administratives, dans la lignée de ce que propose Re•acteur Public.

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De gauche à droite : Christian Paul, Marylise Lebranchu, Alain Rousset, Claudy Lebreton, et Jacques-François Marchandise, animateur de la table-ronde

4 chantiers « grands ouverts »

A la suite de cette table-ronde, les discussions se sont poursuivies autour d’une exposition retraçant les 4 chantiers qui constituent le cœur d’action de Re•acteur Public. Ces chantiers ne seront bien sûr pas interdits au public mais au contraire ouverts à tous, à chaque instant.

  • Premier chantier : construire une communauté d’apprentissage autour des méthodes (design, innovation social, ethnologie…) et des valeurs de Re•acteur Public, qui partagera la paternité de cette aventure.
  • Deuxième chantier : trouver des moments, des formats et des lieux de formation et d’apprentissage communs, pour les fonctionnaires d’État et territoriaux.
  • Troisième chantier : imaginer ensemble l’administration de demain, ses modes d’intervention ou encore de gouvernance.
  • Et enfin, quatrième chantier : documenter et enrichir notre savoir collectif pour continuer à construire et essaimer.

Les panneaux de l’exposition ont permis de présenter ces différents chantiers et de leur donner corps. Ils proposent des incitations à réagir et à discuter, que chaque participant a su saisir, qu’il soit élu, agent de la fonction publique, représentant du secteur privé ou encore étudiant de l’Ensci. Investir le hall d’entrée de cette école et matérialiser le projet sous la forme d’une exposition est une manière de rendre tangible la rencontre entre la communauté des designers, spécialistes de la conception innovante, et la communauté des professionnels des politiques publiques. Qu’il s’agisse de prospective, de formation ou encore d’édition, personne n’est resté indifférent.

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L’exposition présentait les quatre chantiers, ici un morceau du panneau sur la prospective

Un projet collectif

100 participants, 1 exposition, 10 panneaux, 1 table-ronde, 1 gréve étudiante(!)... et d’innombrables échanges, toujours riches et stimulants. Le temps d’une matinée, une petite centaine de participants issus d’horizons divers étaient réunis autour d’une ambition commune : inventer une nouvelle culture de l’action publique. Il y avait là des praticiens de l’innovation et du design, des représentants de 8 ministères, de 6 Régions, de 7 Départements, de 5 villes & agglos, de 3 grandes structures para-publiques et de 4 structures nationales de formation. Un public hétérogène qui vient rappeler que le collectif est au cœur de Re•acteur Public.

C’est Christian Paul qui résume le mieux cette ambition dans sa conclusion : « En période de mer calme, le bateau est tranquille mais il manque souvent le vent, l’énergie pour avancer. Aujourd’hui, nous sommes dans un moment de turbulence, dans une météo démocratique très compliquée. Cela est bien sûr insécurisant et créée des tensions. Mais cela renforce avant tout la nécessité de se rencontrer, de se serrer les coudes, de disposer de lieux où l’on peut laisser à l’entrée nos logos, nos hiérarchies, nos cloisonnements pour construire ensemble dans la bienveillance. »

C’est parti pour 4 ans !

Et pour aller plus loin, direction cet article détaillant quelques grands apprentissages de cette matinée...

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Jun 1er 2014

Labs for System Change : une nouvelle étape pour les labos d’innovation publique ? (partie 2)

Billet publié par Stéphane Vincent

Deuxième partie de notre compte-rendu de "Labs for System Change", organisé à Toronto (Canada) par MaRS Solutions Lab. Retrouvez la première partie ici.

Où sont les laboratoires d’innovation publique ?
La cartographie de Jari (Cf première partie) permet de dresser la liste de tous les labs ayant pour unique vocation de chercher à transformer le secteur public par l’innovation sociale et le design, et majoritairement financés par ce dernier. Ils sont un peu plus d’une vingtaine à être identifiés : sur le continent américain on compte The Lab (Ministère de la fonction publique américain US à Washington), Innovate SF à San Francisco, le Public Policy Lab (NYC), IZone (le projet éducatif de NYC), New Urban Mechanics (ville de Boston), le Laboratorio Para La Ciudad de la ville de Mexico (voir la vidéo) ; En Europe le MindLab (DK), le SILK du Kent, le Nesta Lab, la Behavorial Insight Team, le nouveau UK Policy Lab du Cabinet Office (UK), The Studio (ville de Dublin, IRL), SITRA (FI), la 27e Région en France -auquel il faudrait ajouter Futurs Publics au SGMAP, les missions innovation du Département du Val d’Oise et celui de Loire Atlantique, les équipes innovations créées dans le cadre du programme La Transfo dans les conseils régionaux de Pays de la Loire, Champagne-Ardenne et Provence Alpes Côte d’Azur, la Fabrique de l’Hospitalitéau CHU de Strasbourg ; et en Asie-Océanie le co-design lab du gouvernement néo-zélandais, le Design Thinking Unit de Singapour.

Des projets en échec
Au moins deux projets sont à l’état d’abandon : le Design Lab d’Helsinki, tout comme le Design Gov du gouvernement australien -tous deux interrompus après une phase de 18 à 24 mois de test. On trouve sur le site Design Gov des éléments de bilan et quelques explications sur les raisons de l’abandon.

Quelques exemples de labos d’innovation publique
L’Office of Personnel Management Lab (=ministère de la fonction publique américain à Washington DC) consacre se presque exclusivement à l’empowerment des fonctionnaires et la formation, comme nous l’explique Arianne Miller :

Gabriella Gomez-Mont dirige le Laboratorio Para La Ciudad de la ville de Mexico, où vivent plus de 22 millions d’habitants. Gabriella est fonctionnaire, et le labo est au sein de la municipalité. Comment a t-elle réussi à conserver l’autonomie dont elle a besoin pour mener son action ?

Andra Siodmak est designer et a notamment exercé au sein de la Région des Cornouailles pendant quelques temps. Elle vient d’être nommée au tout nouveau Public Policy Lab créé au sein du Cabinet Office britannique :

Comment ne pas se planter ?
Pas de recette miracle, mais Christian Bason (MindLab, DK) rappelle les défis qui attendent les initiateurs de labos souhaitant mobiliser le design dans le secteur public :

  • obtenir le droit de ré-interroger (des diagnostics, des politiques publiques en place, etc) par le design et l’innovation sociale
  • créer de nouvelles compétences chez les élus comme chez les designers
  • reconnaitre de nouvelles formes de création de valeur et mesurer différemment la performance publique
  • amplifier la recherche sur le design des politiques publiques
  • mieux articuler design et décision politique

Entre ambition et humilité
Pour tous ceux qui suivent depuis plusieurs années ces questions, on note de la part de plusieurs intervenants une attitude plus raisonnée, mais aussi une plus grande capacité à se projeter dans l’avenir des politiques publiques. Pour Christian Bason, il faut dorénavant savoir être à la fois ambitieux -et explicite sur la vision transformatrice que l’on porte- et humble -ces méthodes ne vont pas tout changer, car peut-être l’enjeu n’est justement pas de tout changer… il suggère que dans l’avenir, au concept de "réforme" pourrait succéder une vision plus humble de la fabrique des politiques publiques basée sur l’essai-erreur, et de nouveaux instruments de mesure de performance. Il l’illustre dans ce nouveau cycle de production des politiques publiques :

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Il rejoint en cela Frédérique Pallez (Mines ParisTech), qui lors d’une présentation récente à Saint-Etienne, posait l’hypothèse d’une dissolution de la notion de réforme, au profit de transformations continues, "in-descriptibles" voire invisibles, fait de bricolage ("muddling through") plus que de l’attente du "grand soir"…. A noter que le MindLab est officiellement chargé par le ministère de la fonction publique d’explorer des pistes pour l’après-New Public Management, en mobilisant des méthodes de design prospectif. Voilà qui intéresse fortement le programme Re-acteur public que nous venons de lancer…

Et ensuite ?
Tout comme les organisateurs, beaucoup de participants expriment l’envie de mieux fédérer cette communauté, qui commence à mieux se connaitre et à se faire confiance. Mais ça n’est pas si simple…

  • Toutes les initiatives n’évoluent pas dans le même contexte, ni avec les mêmes objectifs et valeurs. On voit bien tout l’intérêt qu’il y aurait par exemple à fédérer tous ceux qui se consacrent exclusivement au secteur public -sans se couper pour autant des initiatives ayant pour objet l’empowerment citoyen ou les entreprises, par exemple.
  • Les débats restent un peu théoriques. Au fil de ces rencontres où la simulation et la prospective par le design sont pourtant célébrés, on note une difficulté chronique à appliquer ces méthodes à l’avenir de ces mouvements : pourquoi ne pas mener un exercice de back-casting et simuler l’avenir à 10 ou 15 ans de ces démarches à l’échelle d’un pays, d’une région ou d’une ville ? Quelles alliances, quels projets faudrait-il mener à bien pour porter ces approches à grande échelle ?
  • Par ailleurs nous peinons à identifier des objets d’échanges communs. Dans un groupe réunissant 5 labs dont la 27e Région, nous avons essayé de partager les principaux prototypes issus de nos expériences respectives, et le résultat était plus intéressant. Le Nesta, par exemple, a mené un travaillant passionnant en cartographiant toutes les solutions imaginées dans le monde pour traiter le problème de l’emploi. Comment mieux partager ceci ? Comment aller plus loin ? Certains suggèrent de créer un prototype en réponse à un problème d’intérêt général identifié ensemble -mais n’est-ce pas un peu illusoire ?
Jun 1er 2014

Labs for System Change : des labos qui veulent changer le système (partie 1)

Billet publié par Stéphane Vincent

La 27e Région faisait partie d’une quarantaine de projets invités en tant que "laboratoires d’innovation publique et sociale" (diminutif "lab", tag #psilabs) à "Labs for System Change" du 25 au 27 mai à Toronto au Canada. La rencontre était organisée par le MaRS Solutions Lab, dans la lignée de rencontres semblables telles que How Public Design à Copenhague, Labs2 à Amsterdam, ou Design Public Local que nous avions organisé à Tourcoing.

Premiers retours et impressions en deux parties : la première sur les "labs" en général, la seconde consacrée tout spécialement aux laboratoires d’innovation dans le secteur public.

Bienvenue au Centre for Social Innovation !
La première soirée débutait par la visite du Centre for Social Innovation, immense tiers-lieu consacré à l’entrepreneuriat social créé il y a 10 ans jour pour jour -méga fête programmée le lendemain- dans un building de 5 étages des quartiers étudiants de Toronto, fondé par la serial entrepreneur Tonya Surman. Quatre annexes ont été créées depuis dont 2 à New York, mais déjà Tonya ne tient plus : "J’ai promis à mon conseil d’administration de ne plus ouvrir de nouveau site pendant 2 ans. L’échéance arrive à terme la semaine prochaine… c’est génial, je vais pouvoir recommencer !". L’ensemble des sites du CSI abritent 600 entreprises sociales.

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Pour financer l’achat du CSI de Toronto, Tonya avait inventé un système original de "bons communautaires" (community bonds) qu’elle a raconté depuis dans "The Community Bond : An Innovation in Social Finance". Les autres annexes sont des locations. Le CSI a également publié en 2012 un guide bien connu des concepteurs de "tiers-lieux" et de co-working.
Les valeurs du CSI sont claires (l’entrepreneuriat social, le travail avec les communautés, innover de façon radicale), mais comment mesure t-elle l’impact que créé réellement le CSI auprès de ses habitants ? Tonya explique qu’après avoir adressé des enquêtes composés de plus de 100 questions auprès de ses membres, le CSI évalue maintenant son action à partir de 4 questions posées chaque mois. Ca marche beaucoup mieux, dit-elle.

Le MaRS Solutions Lab
Les deux journées suivantes se déroulaient au sein du MaRS Discovery District. MaRS est une structure canadienne sans but lucratif consacrée à l’innovation. En 2005 elle a ouvert au coeur de Toronto le MaRS Discovery District, l’un des plus grands lieux au monde visant à fédérer et promouvoir l’innovation dans le champ économique, public et social. En 2013, la création du MaRS Lab a été confiée à Joeri Van den Steenhoven, l’un des fondateurs de Kennisland que nous avions rencontré à Amsterdam (Kafka Brigade, Digital Pioneers, etc). C’est à son initiative qu’étaient organisées ce "Labs for System Change", 3 journées de rencontres consacrées aux "laboratoires d’innovation publique et sociale" du 25 au 27 mai. L’une des ces journées était ouverte à un public d’entrepreneurs et d’administrations canadiennes et américaines, tandis que les deux autres étaient réservées au 45 "labs" invités et venus du monde entier, dont nous étions.

Le "lab", nouvelle marotte de l’innovation sociale ?
Pas une journée dans le monde sans qu’une organisation publique ou privée, un secteur d’activité ou l’association du coin n’annonce le lancement de son "innovation lab". Adam Kahane de Reos partners raconte cette blague sur ce qu’il appelle les "pop-up labs" : "Deux types se rencontrent dans un ascenseur et à la fin de leur conversation, ils se quittent sur un, ah tiens, si on lançait un lab ?". Le lab serait la nouvelle danseuse de tous les apprentis innovateurs sociaux qui veulent "changer le système". Mais quel système, au nom de quelle vision et de quelle façon ? Les réponses ne sont pas toujours claires, et "Labs for system change" visait d’une part à décrypter cette tendance, d’autre part à réunir la communauté des initiatives existantes.

L’impossible définition
Plutôt que d’en donner une définition précise, les intervenants ont plutôt cherché à décrire leurs motivations et le travail qu’ils menaient concrètement. Pour faire court, on pourrait dire que les créateurs de labs cherchent à soigner la frustration qu’ils ont connu (ou constaté autour d’eux) après avoir tenter d’innover au sein des structures traditionnelles : entreprises classiques, acteurs publics, sociétés de conseil, recherche académique et même think-tanks. Ils veulent que l’individu reprenne la main su le système. Ils cherchent à inventer un environnement alternatif conçu pour faire ce qu’il est difficile de faire ailleurs : créer un cadre de confiance et de véritable coopération, avoir le droit de ré-interroger radicalement la façon classique de traiter des enjeux d’intérêt général, travailler directement avec les utilisateurs, faire des simulations et des tests sur le terrain, produire des prototypes tangibles, se tromper et recommencer…le tout de façon autonome, avec suffisamment de distance vis à vis du marché et sans être paralysé par la puissance publique. Ils représentent de plus en plus une "zone d’expérimentation et de prospective" pour les institutions publiques et privées traditionnelles.

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Difficile à classer
Même si ce chiffre est très aléatoire, d’après certains intervenants une centaine d’initiatives de tous ordres existeraient dans le monde. Ranger les labos existants dans des cases n’est pas facile, mais plusieurs s’y sont essayés. Evoquant un rapport mené avec la société Bloomberg qui sera présenté officiellement à Londres le 30 juin (premiers éléments dans ce billet signé ici), le directeur du Nesta Geoff Mulgan distingue les labs orientés autour d’une méthode ou d’une technologie (design, data, psychologie, et toutes les approches hybrides), d’un secteur d’activité (par exemple l’Education), en amont ou au contraire en aval du système, travaillant en direct ou de façon indirecte, en partenariat étroit avec les gouvernements ou au contraire en opposition (inspirés du "civic empowerment", par exemple), et pour finir les micro-labs (2 à 3 personnes) et les maxi-labs (une centaine)… De son côté, Jari Tuomala du cabinet Bridgespan (NYC) distingue (cf mapping plus haut) les labs selon la nature de leurs modèle (multi-clients ou au contraire centré sur un seul acteur) et la nature de leur production (des produits ou services, des processus, des changements d’ordre systémique, des catalyseurs d’innovations, ou encore des animateurs de réseaux).

Une science ou un artisanat ?
Frances Westley (Université de Waterloo) produit depuis longtemps un travail très intéressant sur les processus d’innovation à l’oeuvre dans les labs, en s’appuyant sur les théories de la complexité ("on ne peut vraiment traiter les problèmes très complexes que par l’intelligence collective") et la recherche sur le design. Pourtant une impression s’impose : à force de vouloir les enfermer dans des équations et des processus trop figés, il est difficile de saisir la part d’artisanat -pour ne pas dire d’art- qui domine les démarches d’ethnographie et de design participatif, sans compter les schémas tactiques qu’il faut inventer pour créer le cadre disruptif dans les labs ont besoin. Une fois encore, ni les sciences de gestion ni les sciences sociales ni même les sciences politiques ne semblent suffisantes pour exprimer la nature artisanale faite de bidouillage et de performance, la dimension artistique qui président à la conduite de ces projets.

Par ailleurs comme le dit Sarah Shulman (InWithForward), toutes ces initiatives ont besoin d’être plus explicites sur les visions et les valeurs spécifiques qu’elles portent, sans quoi leurs réalisations seront faibles et toutes les méthodes et techniques sembleront se valoir, du design au Lean management jusqu’à l’expérimentation sociale.

Le lab comme écosystème
De nombreux participants s’interrogent sur le processus de création des labs, leur gouvernance, leur modèle économique. La nature politique de ces projets est clairement posée, par exemple quand s’affrontent les tenants de labs portés par l’empowerment citoyen, contre ceux qui pensent que le système changera d’abord de l’intérieur du secteur public -la solution étant probablement à mi-chemin, comme le rappelle Sarah Shulman.
Mais il apparait rapidement que c’est la capacité des labs à construire et à participer à des écosystèmes autour d’eux qui est en jeu. C’est par le recours à des alliances "gagnants-gagnants" et diversifiées avec une grande diversité de professionnels, des écoles et des universités, des collectivités et des services gouvernementaux, des entreprises et des associations que les labs peuvent inventer leurs modèles économiques et influencer au-delà de leur cercle.
L’enjeu des compétences illustrait bien ce point de vue : organisé durant la conférence des ateliers organisé avec 5 labs du monde entier a permis d’identifier une quarantaine de compétences avec lesquelles les labs ont besoin de travailler. Si le design social ou le design de services et la sociologie restent des "musts", les participants déclarent avoir besoin de travailler avec des animateurs de communautés virtuelles (community managers), des pédagogues, ou encore des spécialistes des modèles d’affaires. Comme aucun lab n’est en mesure de recruter toutes ces compétences, la solution la plus pérenne consiste à construire un réseau de professionnels.

Quelques photos de ces journées à Toronto. -il est possible de revoir une partie des interventions avec 4 autres labs en mai dernier. A suivre...

Partie 2 : Une nouvelle étape pour les labos d’innovation publique ?

mai 6 2014

Reacteur Public, J-7 !

Billet publié par Anna L.
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Avr 30 2014

C’est (presque) parti pour le booksprint !

Billet publié par Anna L.

Une semaine, 8 labos, un livre

Savez-vous ce qu’est un booksprint ? Il s’agit d’une méthodologie, inspirée par les "codes sprint" des hackers, qui permet d’écrire des livres de manière collaborative et dans un temps restreint. C’est l’exercice auquel Magali et moi-même allons nous livrer toute la semaine prochaine, avec pour thème d’actualité : les social innovation labs.

Nous avons eu le plaisir d’être invité à ce participer à ce projet par une belle équipe de praticiens-chercheurs, déjà rencontrés pour la plupart à la conférence Lab2 à Amsterdam à laquelle nous avions participé l’été dernier :

  • Hendrik Tiesinga, cofondateur de l’agence Natural Innovation et à l’initiative du super blog collaboratif Laboratories for Societal Innovation auquel nous allons désormais régulièrement participer
  • Remko Berkhoutt, de l’ONG hollandaise HIVOS (Humanist Institute for Co-operation with Developing Countries)
  • Marlieke Kieboom, venant l’agence Kennisland, nos amis d’Amsterdam, à l’origine il y a quelques années de la "Brigade Kafka"
  • Rachel Sinha du Finance Innovation Lab, s’attaquant à la dure tâche de construire une finance alternative.

Outre ces labs ainsi que la 27e Région, dignement représentée par Magali et moi-même, plusieurs autres structures (la plupart déjà connue de nos radars) participent également à l’aventure : l’Unicef’s Kosovo Innovation Lab qui a participé il y a quelques mois à la publication du "DIY guide for Innovation Labs (voir ci-dessous) ; l’INSTEDD (Innovative Support to Emergencies, Diseases and Disasters) ou encore le Rocky Mountain’s Institute’s Electricity Innovation Lab.



Tout ce beau monde va donc s’enfermer pendant une semaine dans un charmant cottage anglais pour essayer de mettre en commun nos expériences et de livrer une synthèse pertinente de tous nos apprentissages.

Nous serons également accompagné par le professeur Davide Nicolini, directeur du "Centre for Innovation, Knowledge and Organizational Networks (IKON)" de la Warwick Business School en tant qu’academic advisor, ainsi que par Adam Hyde, inventeur de la méthodologie du booksprint, pour être notre facilitateur pendant la semaine.

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Quels résultats à la fin de cette semaine ?

  • Un ouvrage, publié en license Creative Common
  • Des articles dans trois revues (la Stanford Social Innovation Review, le magazine en ligne OpenDemocracy, et l’Optimist Magazine)
  • Et enfin, un workshop de clôture à la Warwick University le vendredi 9 mai. Si vous êtes dans le coin, l’inscription se passe par ici, et vous trouverez l’invitation ci-dessous :
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Avr 25 2014

Comment construire une pensée collective sur les sujets qui nous intéressent ? Récit d’une rencontre à Copenhague... (3/3)

Billet publié par Anna L.

Suite à mes deux précédent billets de blog qui retraçaient notre aventure littéraire à trois voix avec Jesper Christiansen (du MindLab), et Sarah Schulman (qui vient de lancer le beau projet InWithForward), voici aujourd’hui la dernière partie.

Après la question de l’usager, et celle de la place des sciences sociales, nous nous sommes penchés sur la question du passage à l’échelle. Pour rappel, notre méthode était celle d’un débat écrit que j’explique dans le premier billet de la série... Bonne lecture !

2014-02 - Debate Writing @MindLab - Prompt#3 "Scaling" from 27eregion
Avr 9 2014

Quand des chercheurs décident d’explorer les nouvelles formes d’innovation publiques

Billet publié par Anna L.

Depuis ses débuts, la 27e Région essaye de nouer des relations riches et prolifiques avec des chercheurs de tout bord. En effet, que ce soit en sociologie, en sciences de gestion, en sciences politiques, en économie ou encore dans d’autres disciplines, des chercheurs formalisent ou de problématisent depuis longtemps les sujets sur lesquels nous nous penchons tous les jours : l’action publique, ses formes, ses outils, ses modes d’actions, ses évolutions…

Nous participons à des conférences, nous nous rencontrons informellement, nous échangeons autour d’un repas en nous posant inévitablement cette question : comment faire se rencontrer de la manière la plus féconde possible le monde de la recherche et notre travail de tous les jours ? Comment pourrions-nous assurer une médiation qui rendrait les travaux de ces chercheurs expérimentaux, transférables voire applicables au sein de l’action publique ? La recherche pourrait-elle être une des ressources d’une future « R&D de l’action publique » ?

Bien entendu, la recherche est déjà bien embarquée au sein des différentes administrations, en témoigne l’Université de la Fonction publique territoriale organisée depuis 7 ans par l’Université d’Aix-en-Provence, ou encore le cycle de séminaires praticiens – chercheurs mis en place cette année par l’IGPDE et le SGMAP au ministère de l’Économie et des Finances.

Toutefois, comment aller plus loin dans ce rôle de transmission, de mise en pratique de la recherche, dans l’esprit de la méthodologie du Connecteur recherche développé par la FING depuis plusieurs années dans le domaine du numérique ? A la 27e Région, cette question constitue une réflexion et un enjeu qui commence à prendre forme(s). Et la première hybridation entre nos univers se construit au sein d’un projet financé depuis janvier par l’Agence Nationale pour la Recherche (l’ANR) dans le cadre du programme Sociétés innovantes : C’est le projet FIP Explo, pour « Exploration des Formes d’Innovation Publique ».

Ce projet embarquera jusqu’à juillet 2017 ans une équipe de sociologues, gestionnaires, urbanistes et designers à la découverte des Formes d’Innovation Publique, c’est-à-dire de ces nouvelles visions de la transformation de l’action publique à l’image de celle proposée par la 27e Région (voir le résumé du projet ci-dessous). Nous leur ouvrirons grand nos portes, nous partagerons nos manières de faire avec eux, et nous essayerons de comprendre ensemble toutes ces évolutions en cours… Affaire à suivre !


Outre la 27e Région et l’ENSCI, voici les chercheurs à bord de ce beau projet :

  • A l’initiative du projet, Frédérique Pallez (Centre de Gestion Scientifique, Ecole des Mines de Paris)
    Thèmes de recherche : management public ; action publique ; mutations publiques et action publique territoriale...
  • Emmanuel Coblence (Centre de Gestion Scientifique, Ecole des Mines de Paris)
    Thèmes de recherche : lien entre stratégie et organisation ; management de l’innovation ; management des organisations culturelles...
  • Jean-Marc Weller (LATTS Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés, PRES Paris Est)
    Thèmes de recherche : transformation de l’action publique et modernisation de l’Etat au travers de l’analyse du travail des agents ; relation aux usagers...
  • Elsa Vivant (LATTS Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés, PRES Paris Est)
    Thèmes de recherche : place et rôle de l’urbaniste dans la ville ; innovation dans les projets urbains et dans les pratiques des urbanistes ; émergence de milieux dits créatifs en urbanisme et dans le monde du conseil...
  • Nadia Arab (Lab’Urba, Institut Français d’Urbanisme, Université Paris-Est)
    Thèmes de recherche : transformation de l’action publique dans le champ de l’aménagement et de l’urbanisme ; innovation en urbanisme et transformation des pratiques professionnelles...
  • Burcu Ozdirlik (Lab’Urba, Institut Français d’Urbanisme, Université Paris-Est)
    Thèmes de recherche : travail collaboratif et utilisation des nouvelles technologies de réalité mixte en urbanisme...
  • Philippe Lefebvre (Centre de Gestion Scientifique, Ecole des Mines de Paris)
    Thèmes de recherche : politiques publiques de recherche, d’innovation ; pôles de compétitivité et clusters ; stratégies, processus et partenariats de R&D des entreprises...
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3 avril 2014 - nous voici au comité de coordination du projet, le projet a commencé officiellement il y a trois mois !
(De gauche à droite : Catherine Saracco (ENSCI), Jean-Marc Weller, Emmanuel Coblence, Nadia Arab, Elsa Vivant, Philippe Lefebvre et Frédérique Pallez)



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Mar 20 2014

Comment construire une pensée collective sur les sujets qui nous intéressent ? Récit d’une rencontre à Copenhague... (2/3)

Billet publié par Anna L.

Voici la suite de mon précédent billet de blog qui retraçait notre aventure littéraire à trois voix avec Jesper Christiansen (du MindLab), et Sarah Schulman (qui vient de lancer le beau projet InWithForward), et qui présentait notre premier écrit : "Social sciences in action"...

Notre deuxième essai, ci-dessous, s’intitule "Are we ’using’ the users ?". Nous nous y demandons que rôle, quelle place possède l’usager dans nos programmes de co-conception. Instrumentalise-t-on cet usager final ? Cela pose-t-il ou non des questions éthiques, morales ? Je vous laisse découvrir nos pensées (en anglais pour le moment hélas).

2014-02 - Debate Writing @MindLab - Prompt#2 Are we 'using' users ? from 27eregion

Vous pouvez comme la dernière fois retrouver l’article d’origine, en anglais également, sur le site d’InWithForward !

Mar 13 2014

La 27e recrute !

Billet publié par Anna L.

Nous recrutons un-e directeur-trice des programmes et des projets. N’hésitez pas à faire tourner l’offre autour de vous, et nous commencerons les entretiens début avril !

Offre d'emploi direction projets from 27eregion

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