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Avr 9 2014

Quand des chercheurs décident d’explorer les nouvelles formes d’innovation publiques

Billet publié par Anna L.

Depuis ses débuts, la 27e Région essaye de nouer des relations riches et prolifiques avec des chercheurs de tout bord. En effet, que ce soit en sociologie, en sciences de gestion, en sciences politiques, en économie ou encore dans d’autres disciplines, des chercheurs formalisent ou de problématisent depuis longtemps les sujets sur lesquels nous nous penchons tous les jours : l’action publique, ses formes, ses outils, ses modes d’actions, ses évolutions…

Nous participons à des conférences, nous nous rencontrons informellement, nous échangeons autour d’un repas en nous posant inévitablement cette question : comment faire se rencontrer de la manière la plus féconde possible le monde de la recherche et notre travail de tous les jours ? Comment pourrions-nous assurer une médiation qui rendrait les travaux de ces chercheurs expérimentaux, transférables voire applicables au sein de l’action publique ? La recherche pourrait-elle être une des ressources d’une future « R&D de l’action publique » ?

Bien entendu, la recherche est déjà bien embarquée au sein des différentes administrations, en témoigne l’Université de la Fonction publique territoriale organisée depuis 7 ans par l’Université d’Aix-en-Provence, ou encore le cycle de séminaires praticiens – chercheurs mis en place cette année par l’IGPDE et le SGMAP au ministère de l’Économie et des Finances.

Toutefois, comment aller plus loin dans ce rôle de transmission, de mise en pratique de la recherche, dans l’esprit de la méthodologie du Connecteur recherche développé par la FING depuis plusieurs années dans le domaine du numérique ? A la 27e Région, cette question constitue une réflexion et un enjeu qui commence à prendre forme(s). Et la première hybridation entre nos univers se construit au sein d’un projet financé depuis janvier par l’Agence Nationale pour la Recherche (l’ANR) dans le cadre du programme Sociétés innovantes : C’est le projet FIP Explo, pour « Exploration des Formes d’Innovation Publique ».

Ce projet embarquera jusqu’à juillet 2017 ans une équipe de sociologues, gestionnaires, urbanistes et designers à la découverte des Formes d’Innovation Publique, c’est-à-dire de ces nouvelles visions de la transformation de l’action publique à l’image de celle proposée par la 27e Région (voir le résumé du projet ci-dessous). Nous leur ouvrirons grand nos portes, nous partagerons nos manières de faire avec eux, et nous essayerons de comprendre ensemble toutes ces évolutions en cours… Affaire à suivre !


Outre la 27e Région et l’ENSCI, voici les chercheurs à bord de ce beau projet :

  • A l’initiative du projet, Frédérique Pallez (Centre de Gestion Scientifique, Ecole des Mines de Paris)
    Thèmes de recherche : management public ; action publique ; mutations publiques et action publique territoriale...
  • Emmanuel Coblence (Centre de Gestion Scientifique, Ecole des Mines de Paris)
    Thèmes de recherche : lien entre stratégie et organisation ; management de l’innovation ; management des organisations culturelles...
  • Jean-Marc Weller (LATTS Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés, PRES Paris Est)
    Thèmes de recherche : transformation de l’action publique et modernisation de l’Etat au travers de l’analyse du travail des agents ; relation aux usagers...
  • Elsa Vivant (LATTS Laboratoire Techniques Territoires et Sociétés, PRES Paris Est)
    Thèmes de recherche : place et rôle de l’urbaniste dans la ville ; innovation dans les projets urbains et dans les pratiques des urbanistes ; émergence de milieux dits créatifs en urbanisme et dans le monde du conseil...
  • Nadia Arab (Lab’Urba, Institut Français d’Urbanisme, Université Paris-Est)
    Thèmes de recherche : transformation de l’action publique dans le champ de l’aménagement et de l’urbanisme ; innovation en urbanisme et transformation des pratiques professionnelles...
  • Burcu Ozdirlik (Lab’Urba, Institut Français d’Urbanisme, Université Paris-Est)
    Thèmes de recherche : travail collaboratif et utilisation des nouvelles technologies de réalité mixte en urbanisme...
  • Philippe Lefebvre (Centre de Gestion Scientifique, Ecole des Mines de Paris)
    Thèmes de recherche : politiques publiques de recherche, d’innovation ; pôles de compétitivité et clusters ; stratégies, processus et partenariats de R&D des entreprises...
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3 avril 2014 - nous voici au comité de coordination du projet, le projet a commencé officiellement il y a trois mois !
(De gauche à droite : Catherine Saracco (ENSCI), Jean-Marc Weller, Emmanuel Coblence, Burcu Ozdirlik, Elsa Vivant, Philippe Lefebvre et Frédérique Pallez)



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Mar 20 2014

Comment construire une pensée collective sur les sujets qui nous intéressent ? Récit d’une rencontre à Copenhague... (2/3)

Billet publié par Anna L.

Voici la suite de mon précédent billet de blog qui retraçait notre aventure littéraire à trois voix avec Jesper Christiansen (du MindLab), et Sarah Schulman (qui vient de lancer le beau projet InWithForward), et qui présentait notre premier écrit : "Social sciences in action"...

Notre deuxième essai, ci-dessous, s’intitule "Are we ’using’ the users ?". Nous nous y demandons que rôle, quelle place possède l’usager dans nos programmes de co-conception. Instrumentalise-t-on cet usager final ? Cela pose-t-il ou non des questions éthiques, morales ? Je vous laisse découvrir nos pensées (en anglais pour le moment hélas).

2014-02 - Debate Writing @MindLab - Prompt#2 Are we 'using' users ? from 27eregion

Vous pouvez comme la dernière fois retrouver l’article d’origine, en anglais également, sur le site d’InWithForward !

Mar 13 2014

La 27e recrute !

Billet publié par Anna L.

Nous recrutons un-e directeur-trice des programmes et des projets. N’hésitez pas à faire tourner l’offre autour de vous, et nous commencerons les entretiens début avril !

Offre d'emploi direction projets from 27eregion
Mar 13 2014

Comment construire une pensée collective sur les sujets qui nous intéressent ? Récit d’une rencontre à Copenhague... (1/3)

Billet publié par Anna L.

En fin de semaine dernière, je suis allée faire un tour à Copenhague pour travailler avec Jesper Christiansen (du MindLab), et Sarah Schulman (qui vient de lancer le beau projet InWithForward).

Nous avons essayé le "Débat écrit" (Debate Writing) pour partager nos points de vue sur trois thèmes :

  • Comment mettre les sciences sociales en action, côte à côte avec le design ?
  • Quel est le rôle des gens de tous les jours dans notre travail ? Instrumentalisons-nous le mot "co-construction" et "utilisateur" ?
  • Comment rependre et répliquer les processus plutôt que les productions ?

En tant que représentants des sciences humaines, nous sommes normalement plutôt bon pour poser les questions et essayer de développer une pensée critique. Toutefois, nous sommes vites embarquées dans des conversations sans fin, où nous ne disons que ce que nous savons déjà, plutôt que d’essayer de construire une pensée collective.

C’est pour cette raison que nous avons décidé de passer par l’écrit, de nous mettre face à notre ordinateur et ne nous forcer à débattre dans le fond de toutes ces questions qui nous passionnent. Bien sûr, nous ne sommes arrivés qu’à un document de travail, brut et en construction. Mais cela nous a permis de construire une pensée, de trouver de nouveaux arguments et de nous forcer à conceptualiser certains thèmes auxquels nous devons faire face dans notre pratique quotidienne.

Voici la méthodologie de ces "débat écrits" :

  • Nous avons réfléchi ensemble en laissant nos esprits divagués pour trouver 3 sujets pertinents dans notre travail de tous les jour
  • Nous avons choisi un sujet chacun et écrit un texte d’ouverture (opening statement) pendant 45 minutes, basé sur un exemple concret de notre pratique
  • Quand l’alarme a sonné, nous avons fait tourner notre texte à la personnes à notre droite, qui a ensuite répondu en 45 minutes
  • Et nous avons refait tourner encore une fois pendant 45 minutes, pour boucler la boucle, et pour avoir nos 3 points de vue sur les 3 sujets.
  • Puis nous avons regardé calmement ce que nous avions produit et ce qui était intéressant.

Aujourd’hui, nous publions le premier débat : "Comment mettre les sciences sociales en action, côte à côte avec le design ?". Ce sujet vient d’un sentiment partagé que les sciences sociales sont une sorte de "pot pourri" un peu flou dans nos pratiques, dont nous ne savons pas forcément quoi attendre et que nous ne pouvons pas nécessairement bien saisir. En comparaison bien sûr avec le design qui apparait souvent comme la "nouveauté" du secteur publique, avec des "productions visibles" et des "outils" bien définis (mes amis designers me pardonneront, je sais que la réalité de cette discipline est bien plus complexe !)

Par la suite nous publierons les textes suivants. Ils sont en anglais hélas, mais que cela ne vous empêche pas de nous donner tous vos avis et, si le cœur vous en dit, ou même de faire l’exercice de vous mettre devant un papier ou votre ordinateur pendant 45 minutes (en français si vous le préférez) pour itérer et participer à la construction de cette pensée collective !

Vous pouvez par ailleurs retrouver l’article d’origine en anglais sur le site d’InWithForward !

2014-02 - Debate Writing @MindLab - Prompt#1 Social sciences in action from 27eregion
février 18 2014

Quoi de neuf pour 2014 ?

Billet publié par Magali Marlin

2014, année du passage à l’échelle ? C’est en tout cas l’objectif que nous nous fixons pour cette nouvelle année. Comme un avant goût, petit aperçu de nos activités à venir.

A vos agendas !

Ré/acteur public

Après Territoires en résidences (2009) et la Transfo (2011), 2014 sera l’année de lancement de Re/acteur public (2014-2017). A la fois consortium d’acteurs et programme pluri-annuel destiné à accélérer la transformation de la culture de gestion publique, Re/acteur Public est un projet collectif d’intérêt général. Il est organisé autour de quatre axes : la création d’une formation à la conception innovante des politiques publiques à l’intention des fonctionnaires, un travail de prospective sur l’administration du futur, l’animation d’une communauté de praticiens de l’innovation publique et l’exploration de nouveaux formats de documentation.

Un événement de lancement officiel sera organisé au printemps en présence des grands opérateurs partenaires du programme (Ministère de la Réforme de l’Etat et des collectivités, SGMAP, ARF et autres associations d’élus, CNFPT, Caisse des Dépôts, Régions et collectivités pilotes, etc).

Plus concrètement, l’année 2014 permettra de réaliser des tests sur chacun des axes du programme :

  • La production et le test d’un module de formation à la conception innovante des politiques publiques à destination de cadres administratif, co-conçu avec le Grand Lyon, Saint-Etienne, la Région Rhône-Alpes et le SGMAP (organisé à Saint-Etienne en mai 2014) ;
  • L’organisation de workshops de design prospectif pour imaginer et prototyper les administrations de demain à partir des travaux du cycle de séminaires praticiens-chercheurs co-organisé par le SGMAP et l’IGPDE (automne 2014) ;
  • La publication d’un nouvel ouvrage consacré à l’innovation publique et à un bilan des expériences menées par la 27e Région (parution prévue en septembre 2014) ;
  • Le test de designer en résidence, un mode opératoire qui consiste à proposer à des administrations dotées d’un laboratoire d’innovation d’accueillir un designer sur une durée de quelques mois. Après 10 mois passés à la 27e Région, c’est Laura Pandelle qui s’est jetée à l’eau et a rejoint les équipes du SGMAP pour 4 mois (janvier - avril 2014). L’expérience se poursuivra dans d’autres administrations candidates sur le deuxième semestre.
2014 01 présentation re-acteur public from 27eregion

La Transfo

Entamé en 2011, le programme interrégional la Transfo visait à tester la création d’un laboratoire d’innovation au sein de 4 Conseils régionaux pilotes : Bourgogne, Champagne-Ardenne, Pays de la Loire et Provence Alpes Cote d’Azur. L’année 2014 va marquer la fin du programme dans chaque Région, les amenant à esquisser leur propre chemin pour la suite. Au terme du programme, trois des quatre Régions devraient pérenniser la fonction “labo” testée pendant 2 ans.

En Bourgogne, pas de laboratoire, mais la réflexion va se poursuivre autour de l’ouvrage collectif Villages du futur, Correspondances à paraître en mai 2014, qui valorisera l’ensemble des scénarios produits sur l’avenir de la ruralité, enrichis par des encarts méthodologiques. Avec comme objectif de raconter l’expérience de la Transfo, de valoriser les contenus produits et enfin de montrer comment ces expériences interrogent les politiques publiques d’aménagement du territoire.

En Champagne-Ardenne, la dernière semaine d’immersion a déjà eu lieu et a permis d’amorcer la transition vers un Labo autonome en effectuant un bilan des réalisations du programme et en finalisant le mode de fonctionnement du Labo. Soumis à l’approbation de l’Exécutif régional, le projet de Labo doit maintenant entrer en phase opérationnelle. Les quelques jours restants à l’équipe de résidents vont lui permettre de rester aux côtés de la Région pour l’aider à le mettre définitivement sur les rails.

En Pays de la Loire, l’Equipe innovation formée par les résidents est opérationnelle et suscite beaucoup d’intérêt auprès des services de la Région qui commencent déjà à solliciter ses "fameux" modes opératoires. La dernière semaine de Transfo, qui vient d’avoir lieu, a permis de poursuivre le travail d’essaimage à travers la formation-action de nouveaux agents-ambassadeurs pendant 2 jours.

Dernière à partir, la Région PACA n’est pas en reste. Après avoir travaillé sur l’alimentation au lycée et sur les emplois d’avenir, les quelques jours restant sur 2014 vont s’articuler autour de plusieurs ateliers de formation/action en février pour passer officiellement le relais à la fonction innovation régionale et d’une semaine complète en immersion « façon campus » pour terminer le programme courant avril.

Les Intertransfos

Qui dit fin de la Transfo dit également dernières Inter-transfos - réunions interrégionales conçues pour partager nos enseignements. En 2014, elle s’organisera autour de 2 moments :

  • Une Inter-Transfo « en chambre » avec l’ensemble des équipes de résidents (designers, sociologues, etc), pour dresser le bilan du programme et réfléchir ensemble au possible déploiement d’une nouvelle génération de Transfos en 2014-2015 (27 mars 2014),
  • Nous allons tenter de faire une restitution des enseignements du programme en session de l’ARF, en présence des agents et élus des 4 Régions-pilotes et des représentants d’autres Régions pour célébrer la fin de cette aventure (juin 2014).

L’administration publique au coin de ma rue

Débutée en septembre 2013, une nouvelle résidence (la 16e en 6 ans !) consacrée à l’accès aux administrations publiques de proximité menée en partenariat avec le SGMAP (Secrétariat général à la modernisation de l’action publique) prendra fin en mars 2014. La dernière semaine « sur le terrain » s’est déroulée à Cluny en janvier. Elle a permis d’identifier des pistes concrètes d’amélioration de l’accès aux services publics en réinterrogeant – entre autres – le rôle des Relais de Services publics (RSP). Ces pistes ont été formalisées en plusieurs "visions". Mais le travail de l’équipe ne s’arrête pas là : cette résidence « augmentée » va se poursuivre en mars dans les murs du SGMAP. Voici les questions auxquelles l’équipe tentera alors de répondre : comment valoriser au mieux l’apport d’une approche de terrain ? comment faire en sorte que les visions développées nourrissent la politique nationale de déploiement et de labellisation des RSP ? Enfin, comment aider le SGMAP à intégrer ces démarches, plus expérimentales et à l’écoute des usages, dans son fonctionnement “classique” ? Un aperçu de la résidence en vidéo à découvrir ci-dessous, sinon RDV sur le blog pour suivre les avancées.

Des résidences en projet

Des pistes de collaboration sont actuellement à l’étude avec différentes collectivités et devraient se concrétiser par la mise en place d’une ou plusieurs résidences dans le courant de l’année.

Quelques exemples de sujets et de terrains envisagés :

  • L’école primaire de demain (Région Franche-Comté, Grand Besançon)
  • L’habitat innovant : redessiner un quartier populaire / réinventer l’habitat en milieu rural (Région Franche-Comté, Grand Besançon)
  • L’avenir des politiques en direction des mineurs délinquants (Ministère de la justice, service protection judiciaire de la jeunesse, Département de la Drôme)
  • Vers une réorganisation territoriale orientée usagers (Région Ile-de-France).

Parallèlement, ces projets nous permettront d’explorer de nouvelles modalités pour le format « résidence », qui a fait ses preuves mais que nous aimerions ré-interroger pour le rendre plus facilement duplicable. A quoi pourrait ressembler une résidence dans laquelle le rôle le rôle de la 27e Région serait moins central ? Et si les résidents assumaient seuls le travail de logistique avec la ou les collectivités, la 27e Région facilitant la médiation ? Dans ce cas, comment garantir les caractéristiques propres à ce format ? Vers un « mode d’emploi » de résidence, tel que celui que nous avions publié en 2011 ? Vaste chantier !

Les nouvelles formes d’innovation publique

La 27e Région participe à un projet de recherche soutenu par l’Agence Nationale pour la Recherche (ANR) et consacré aux formes d’innovation publique (FIP). Plusieurs chercheurs en sociologie et sciences de gestion de l’Ecole des Mines de Paris, de l’Ecole des Ponts et Chaussées et de l’ENSCI vont ainsi se pencher pendant trois ans sur les actions et le projet de la 27e Région, afin de caractériser ce mouvement vers “l’innovation publique” et d’en comprendre la genèse, les effets. Cela permettra d’asseoir l’action de la 27e Région au sein d’un solide socle théorique, et de mieux mettre en valeur l’originalité et la pertinence de sa démarche.

Des activités internationales

La 27e Région est l’un des partenaires de la Plateforme Européenne de l’Innovation par le Design (EDIP), qui vise à « sensibiliser les décideurs publics à l’innovation par le design et de réduire l’écart dans les Régions les plus en retrait », par une mise en réseau des expériences existantes à travers des événements, des programmes de formations, de l’échange pair-à-pair en présentiel et en ligne. Le rôle de la 27e Région sera plus particulièrement dévolu au potentiel du design dans le secteur public. Ce volet sera coordonné par Benton Caffin au NESTA. Le projet durera 36 mois et fera l’objet d’un événement de lancement à Bruxelles les 25 et 26 mars.

Nous profiterons du mois de mars pour une micro tournée européenne. Avant le lancement d’EDIP à Bruxelles nous ferons un tour par Copenhague et Londres. Anna ira au Danemark pour poursuivre la collaboration fructueuse entamée avec Sarah Schulmman et Jesper Christiansen (chargé de recherche au MindLab), pendant qu’une partie de l’équipe se rendra à Londres le 13 mars pour rendre visite à nos collègues du Nesta, l’agence britannique de l’innovation.

En mai nous sommes invités par Hivos, Kennisland et l’Université de Warwick à participer à un “booksprint”, soit un marathon collaboratif de 4 jours pour écrire un livre-témoignage sur les laboratoires d’innovation sociale, en compagnie de 10 autres labos venus du monde entier. Le même mois, nous devrions participer à la nouvelle édition de la conférence internationale How Public Design organisée à Toronto par le Mars Solutions Lab.

La vie de l’association

L’assemblée générale de l’association aura lieu en juin. Côté outils, 2014 sera (enfin !) l’année de lancement de notre nouveau site web. Côté équipe, nous accueillons parmi nous Julien Defait, qui intègre la 27e Région en tant que designer. De nouveaux recrutements sont prévus, en particulier un(e) directeur/trice de projets pour participer à la supervision de nos programmes.

Voilà déjà de quoi voir venir jusqu’à l’été, mais nul doute que de nombreux projets passionnants viendront s’ajouter à la liste au gré des rencontres, opportunités et envies.

A suivre…

février 12 2014

Penser l’anti-plan d’administration

Billet publié par Stéphane Vincent

Bâtir un plan d’administration est une pratique répandue au sein des collectivités : l’enjeu est important puisqu’il s’agit en général de fédérer les agents autour de valeurs et de modes de fonctionnement communs. Le lancement d’un nouveau plan d’administration intervient d’ailleurs souvent à l’approche d’une nouvelle mandature, pour relancer la machine administrative. Il ne serait d’ailleurs pas surprenant qu’un grand nombre d’initiatives soient prises dans ce domaine à l’occasion des prochaines élections municipales puis régionales…

Les appellations peuvent varier -plan d’administration, charte de management, contrat d’excellence- mais l’ambition récurrente demeure l’amélioration du service au public. Pour y parvenir, le plan d’administration met en oeuvre des modes opératoires aux objectifs variés : par exemple pour aider les agents à mieux se connaitre et travailler ensemble (le dispositif « Vis ma vie » en Région Bourgogne) ou à réfléchir ensemble sur de grands enjeux d’avenir (les journées « Managériales de Sainté » qui réunissent chaque année les 600 cadres de Saint-Etienne). Certains plans d’administrations sont conçus comme des processus d’amélioration continue ; c’est ainsi que les agents du Département de l’Essonne s’engagent sur 18 mesures, par exemple « améliorer l’efficacité de la conduite des réunions ».

Comment ces démarches sont-elles conçues ? Toutes sont lancées à l’initiative de la direction générale, en général accompagnée par une assistance à maîtrise d’ouvrage (AMO) externe confiée à l’un des grands cabinets sur le marché du conseil. En général, une consultation est lancée dans les services à partir d’une trame conçue par la direction aidée par l’AMO ; cette consultation peut aller de quelques réunions avec l’encadrement, à des séances élargies à tout ou partie du personnel. Dans tous les cas, la démarche aboutie à la production d’un ou plusieurs livrables qui vont devenir la charte, voire la bible du fonctionnement de l’administration. L’implication des élus est variable : quelques maires ou présidents d’exécutifs s’impliquent personnellement dans la démarche, mais il n’est pas rare que celle-ci soit portée exclusivement par le directeur général.

Un rite managérial à repenser

En réalité, tous ceux qui se sont retrouvés d’un côté ou de l’autre d’un plan d’administration le savent : dans la pratique, le risque est réel qu’il soit perçu comme un objet conçu « par la direction, pour la direction ». Un livrable donc le contenu peine à entrer vraiment en résonance avec les situations quotidiennes des agents et plus encore des publics de la collectivité. Le rôle des agents se réduit à nourrir un diagnostic et des orientations essentiellement décidés par la direction. En bref, une démarche souvent descendante qui permet à la direction de se rassurer.

La nature de certains dysfonctionnements est telle qu’il ne suffit pas de les consigner dans un document pour les résoudre. A des degrés divers, beaucoup de collectivités soufrent d’un phénomène de fragmentation qui les fragilise fortement : fragmentation entre élus et services, entre directions de gestion et directions de politiques publiques, entre le siège et les antennes locales, entre la collectivité et ses partenaires, et par dessus tout, décalage croissant entre la société et la collectivité. Autant de phénomènes qui « travaillent » en profondeur la collectivité, et qui ne peuvent pas être traités de façon verticale ni avec les seules méthodes de gestion traditionnelles.

A quoi ressemblerait un plan d’administration désirable ?

Le problème est que l’on accorde souvent trop peu d’attention au processus mis en oeuvre dans ce type de démarche, tout autant qu’à son sens global. A quoi un plan d’administration doit-il vraiment servir ? Qu’y ferait-on faisant vraiment sens ? A pourrait ressembler un plan d’administration réellement désirable, pour les agents comme pour la direction, voire pour les citoyens ? Peut-être rassemble t-il des qualités différentes, parmi les suivantes :

1. Et si le plan d’administration était une démarche orientée par les usages ?

L’un des principaux griefs faits aux « mauvais » plans d’administrations est qu’ils ne partent pas des situations réellement vécues par les agents. Les réunions de concertation et les enquêtes ne permettent pas de capter ces situations, car elles s’en tiennent aux besoins exprimés et au déclaratif. Plus encore, les plans d’administrations prétendent oeuvrer pour l’amélioration du service aux usagers, mais peinent à prendre réellement le point de vue des bénéficiaires et des partenaires externes à la collectivité.
Il pourrait donc être utile d’engager dans la démarche des moyens inspirés de la sociologie des usages, voire de l’ethnologie, de l’observation participante. C’est par exemple ce qu’a réalisé une équipe pluridisciplinaire en immersion pendant 3 semaines au sein du Conseil régional de Rhône Alpes en 2012 : l’équipe a pu suivre des acheteurs et des fournisseurs de la Région, pour mieux comprendre et ré-interroger leur façon de travailler et proposer de nouvelles réponses à l’enjeu de « l’achat durable ».

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2. Et si le plan d’administration était un programme de recherche-action ?

Le plan d’administration est trop souvent assimilé à son « produit fini » : un document perçu comme trop normatif et qui finit souvent dans les tiroirs. Et si l’important résidait autant dans la route que dans la destination ? La recherche-action est une démarche qui peut inspirer les plans d’administration, en ce sens qu’elle procède par réflexivité, tâtonnements, par hypothèses et tests successifs, et qu’elle articule théorie et pratique.
De nombreux thèmes d’administration peuvent faire l’objet d’un travail de recherche-action au sein de la collectivité ; les pratiques numériques, par exemple, qui suscitent à la fois adhésion (la promesse de la simplification, la rapidité d’échange) et rejet (l’info-pollution due à la messagerie électronique, l’échec de nombreux systèmes d’information). C’est par exemple le travail que réalise la FING autour de Digiwork, pour étudier les tensions posées par le numérique dans le travail de salariés ou des agents, et inventer de nouvelles approches.

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3. Et si le plan d’administration était une université populaire ?

Il est abondamment reproché aux plans d’administrations de se concenter sur de grands principes, sans les articuler avec des savoirs empiriques et des connaissances tacites : par exemple, on peut vouloir favoriser la transversalité entre les équipes, mais comment s’y prendre concrètement lors des réunions de services ? Dans la tradition de l’éducation populaire, l’apprentissage ne sépare pas les deux, et propose des formes d’apprentissage moins contraignantes et moins normées que les formations initiales ou continues classiques. D’autres mouvements et formats d’apprentissage peuvent jouer un rôle, comme les Pecha Kucha, ou les barcamps issus de l’industrie numérique.

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4. Et si le plan d’administration était une exposition ?

Chacun peut comprendre que le processus produise des livrables à un moment ou à un autre… c’est la loi du genre. Mais pourquoi ne produirait-il pas simultanément des maquettes, des schémas, des propositions inspirantes sous la forme de prototypes (la maquette de la V2 possible d’un nouvel intranet, ) autant de propositions tangibles qu’il serait possible de montrer et mettre en discussion dans des expositions au sein de la collectivité ? Au terme d’une semaine de travail sur le re-design du dispositif pour les jeunes LYCEO, le groupe d’agents avec lesquels nous travaillons en Champagne-Ardenne avaient présenté aux élus une exposition présentant le processus et les résultats de leur démarche, sous la forme de 4 propositions concrètes.

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5. Et si le plan d’administration était un projet politique ?

Last but not least…dans de nombreuses collectivités, la tendance est grande de considérer d’un côté le monde du politique et de l’autre celui de l’administration. Mais ce n’est qu’un pis aller… Seul un dialogue étroit entre les deux permet de produire des politiques publiques efficaces, et plus encore c’est la seule issue pour améliorer la démocratie interne. Aucun choix n’est neutre en terme de gestion. Le portage politique d’un plan d’administration est donc indispensable. Mais il faut savoir à la fois freiner les exécutifs trop envahissants, et remotiver les élus démobilisés sur ce thème. Le plan d’administration doit permettre d’améliorer la « fabrique des politiques publiques » dans son ensemble, dans l’intérêt des élus comme des agents. Par exemple, l’équipe d’agents de la Région Pays de la Loire ont testé un protocole de réunion entre élus et agents appelé « le démarreur bienveillant », conçu pour permettre à des agents et leurs élus de réinterroger ensemble une nouvelle politique publique.

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Il existe bien d’autres ingrédients possibles pour éviter le piège du plan d’administration normatif et descendant. Plus qu’une voie toute tracée mais que personne n’entend vraiment suivre, le plan d’administration est peut-être une promenade progressive au sein de la collectivité, réinterrogeant son fonctionnement thème par thème, et construisant progressivement une connaissance et une adhésion partagées. Une sorte d’enquête ethnographique que pourraient conduire ensemble les agents, comme autant de détectives... Au-delà du plan d’administration, il y a peut-être là une voie pour nombre de schémas et autres contrats de projets ?

Jan 30 2014

Social design : mieux maîtriser les effets indésirables

Billet publié par Stéphane Vincent

L’agence de promotion du design Design Flanders nous a fait une drôle de proposition mardi dernier à Bruxelles : les aider à organiser un workshop sur le thème de « la soutenabilité des démarches de design de services ».

Passé l’instant d’expectative, le thème s’avérait tout à fait opportun…Comment éviter les effets indésirables des projets de design que nous menons ? Car il faut le rappeler, nos démarches ne sont pas neutres, au sens où elles ne sont pas sans effets sur le corps écologique et social sur lequel nous travaillons : des effets positifs dans toute la mesure du possible, mais aussi négatifs, à notre corps défendant. Lorsque nous travaillons avec des citoyens et que nous agissons dans des milieux, alors nous intervenons dans des systèmes sociaux et des jeux d’acteurs, nous créons des effets positifs autant que des conflits. En bref, si nous n’y prenons garde nous pouvons produire des dégâts, puis repartir tranquillement en laissant derrière nous un champ de mines…

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C’est un phénomène que nous observons concrètement dans certaines de nos résidences, par exemple si après une période intense durant laquelle des dizaines voire des centaines de personnes ont été mobilisées, plus rien ne se passe : le chef de projet avec lequel nous venons de travailler pendant plusieurs mois a changé de poste ou de structure, la collectivité n’a pas donné suite malgré la mobilisation, etc. La réaction ne se fait pas attendre, et l’effet est dévastateur : plus la mobilisation a été forte et de qualité, plus la frustration et la déception sont grandes. « Tout ça pour ça », « encore une promesse non tenue », etc. Bien sûr, nous sommes vigilants sur la promesse que nous sommes en mesure de tenir : nous expliquons systématiquement que les résidences sont des processus expérimentaux, conçus pour ré-interroger un problème, imaginer des solutions les plus tangibles possibles, et en aucun cas des dispositifs de mise en oeuvre... Mais ceci n’empêche en rien la production « d’effets secondaires » que nous devons mieux comprendre pour mieux les anticiper.

Nous rencontrons tous les jours des équipes d’intervention, de conseil, d’innovateurs sociaux, de sociologues, d’architectes participatifs, de designers, tous enthousiastes à l’idée d’avoir su créer une mobilisation dans un quartier, une organisation, une communauté. Mais sont-ils toujours soucieux de savoir si la démarche a permis de créer un véritable impact positif ensuite ? Disons-le ici : ce phénomène est très classique, concerne tous les types d’interventions menées quotidiennement et c’est sans doute une bonne raison pour s’en préoccuper. On pourrait d’ailleurs dire que l’enjeu est à la fois politique, démocratique et éthique.

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C’est donc sur ce sujet que nous avons fait travailler une trentaine de designers et agents, tous praticiens des approches du design puisque participants au programme européen SEE (Sharing Experience Europe), venus de Grande-Bretagne, République Tchèque, Estonie, Danemark, Finlande, Grèce, Irlande, Pologne…

Repartant de l’exemple fictif d’une intervention visant à explorer de nouvelles solutions pour la mobilité dans le village flamand de Kinrooi, nous avons proposé aux participants d’explorer en petits groupes à quoi pourrait ressembler une intervention vraiment soutenable et désirable, sous 4 angles : quel contrat entre les partenaires du projet ? quelle méthode mettre en oeuvre ? quelle communication vers les publics ? quels indicateurs de résultats appliquer à cette démarche ?

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La réaction des participants a d’abord été très variable. Certains designers étaient un peu déstabilisés à l’idée de challenger leur propre pratique, d’autres partageaient de longue date ces interrogations. Mais rapidement, chacun à bien compris qu’il s’agissait en fait d’exercer une critique bienveillante et salutaire sur nos pratiques : nombre de participants s’inquiètent actuellement de voir se développer des formes de « boîte à outils » et d’une forme croissante de "prêt à penser", autour d’une discipline qui suscite beaucoup d’enthousiasme sans jamais être vraiment ré-interrogée. En fin de journée, nous avions collecté un grand nombre d’excellentes idées, astuces, stratagèmes et outils permet de mieux anticiper sur les effets indésirables de nos approches.

Il n’est pas facile d’être à la fois en charge de l’animation, et d’avoir une vue détaillée des résultats d’un workshop...voici néanmoins quelques éléments qui sont sorties, en attendant une vidéo plus complète qui sera publiée sur le site de SEE :

  • Un contrat plus soutenable : la ville de Kinrooi nous fournit l’opportunité de décider ensemble des pré-requis nécessaires sous la forme d’un contrat. L’équipe décide d’inscrire un certain nombre de clauses, touchant aux conditions du déroulement de la démarche, de son caractère "ouvert" (publication en creative commons, présentations publiques) mais aussi à son financement : un co-financement associant plusieurs organisations est privilégié plutôt que le seul financement par la ville de Kinrooi, pour rééquilibrer les pouvoirs et donner un cadre neutre à la démarche.
  • Une méthode soutenable : hormis le processus classique allant de la recherche-utilisateur jusqu’au prototype de solutions, l’équipe propose de démarrer par une phase 0, une sorte de répétition générale entre les parties prenantes avant de lancer le processus. Elle prévoit également une boucle de re-questionnement à mi-parcours de la démarche (qu’avons-nous appris à ce stade ? est-ce que ceci nous invite à faire évoluer la méthode ?).
  • Une évaluation soutenable : l’équipe s’attache à prévoir plusieurs types d’évaluations, dissociant notamment la phase de recherche-utilisateur et design, et celle de la mise en oeuvre ultérieure. Mais surtout elle dissocie 3 grands critères : des critères de soutenabilité, des critères de réplicabilité, et des critères de "capacitation" (empowerment) et de "conviction". Elle propose également de considérer l’enthousiasme comme un critère d’évaluation.
  • Une communication soutenable : l’équipe propose de repartir précisément des publics visés pour ne pas rester entre "happy few", de constituer dès en amont un calendrier de communication sur l’ensemble du processus, de travailler à partir de témoignages réels, et de consacrer beaucoup d’effort à un reporting continu de la démarche (blog, bulletin papier).

Ce billet sera bientôt complété d’autres enseignements, notamment grâce au clip de présentation des résultats. Retenons tout de même l’impression que si beaucoup d’idées proposées pouvaient tenir dans les modalités classiques de type "achat de prestations de conseils", d’autres exigeaient véritablement d’inventer de nouvelles formes de partenariat telles celles que nous tentons de mettre en oeuvre à la 27e Région (convention d’expérimentation entre les partenaires, etc).

Jan 29 2014

Le design suédois, version politiques publiques

Billet publié par Stéphane Vincent

Les 27 et 28 janvier, l’Université de Malmö et ses partenaires* organisaient deux journées de séminaires sur l’application du design aux politiques publiques. A la maoeuvre, Per-Anders Hillgren, "vieille" connaissance de l’Université de Mälmo. L’occasion pour nous de croiser la nouvelle garde formée par les jeunes designers des écoles de design scandinaves, mais aussi de prendre l’ambiance d’un secteur émergent, même au pays du design…

Design in the public sector, opportunities and challenges

Entrée en matière avec une réunion en compagnie d’une trentaine d’universitaires, d’enseignants et d’étudiants en design, et des représentants de collectivités -en particulier Bjarne Stenquist, chargé de l’innovation sociale à la ville de Malmö, des représentants d’agences publiques en charge de politiques d’innovation, mais aussi un représentant de l’association suédoise des Régions et des Villes suédoises -l’équivalent d’une structure qui combinerait l’ARF et l’AMF en France… Autre participant, Stefan Holmid, de l’Université de Linköpings, travaille sur un rapport consacré au design de service qui sera prochainement présenté au Parlement Suédois, à l’image du travail mené par les parlementaires britanniques.

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L’idéologie managériale face à la pratique

L’intervention majeure visait à repartir des pratiques de gestion des administrations, et à aider les designers à "mieux cerner l’ennemi", comme l’a indiqué son auteur. L’exposé de Bengt Jacobson sur les enjeux de la sortie du « new public management » confirme ce que nous entendons aussi en France. Bengt est chercheur à l’Université de Södertorn et participe aux travaux de la Public Administration Academy. Pour lui nous sommes arrivés au stade ultime de la « société de l’audit » (et du management par objectif, l’orientation vers les résultats, les méthodes de performance type LEAN, les audits). Jamais l’idéologie managériale n’a été portée aussi haut sans jamais être ré-interrogée par le politique.

Objectifs précis et opérationnels, impact facile à mesure, recherche de rationalité et logique organisationnelle…dans la réalité les objectifs restent flous, ambiguës, et l’impact des politiques difficile à apprécier. Le « new public management » cherche à bâtir un système de contrôle intégré, et n’obtient en retour que des « rituels de rationalité », une expansion encore plus grande de la bureaucratie, et une attitude de dédain de la part politique : une fois réformé, le système est rarement utilisé par les politiques, qui préfèrent l’éviter s’ils veulent réellement gouverner.

Le système actuel est fondé sur le contrôle, sur la séparation des tâches -notamment entre politique et administratif- sur l’obsession des résultats, la compétition, l’audit et la compliance…alors qu’il nous faudrait concentrer les efforts sur la confiance, l’approche systémique, la coopération, l’apprentissage et l’innovation.

Le problème est que ce système est solidement enraciné dans l’ADN de l’administration : pour la plupart des hauts fonctionnaires, le problème ne réside jamais dans ce système, mais dans le fait qu’il n’est pas encore suffisamment mis en place !

Bengt propose de retenir quelques leçons que nous enseigne l’histoire : il faut maintenant focaliser sur les systèmes dans leur ensemble, plutôt que sur chaque organisation à titre individuel ; réévaluer la dimension politique qui se cache derrière ces enjeux de gestion ; et prendre en compte la forte capacité d’inertie des organisations publiques. Bengt rappelle que l’on parlait déjà d’ingénierie sociale dans les années 60…

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Designing publics, publics designing : design roles in social innovation

La seconde conférence était publique et réunissait plus de 200 professionnels juniors et vétérans, étudiants en design, consultants, chercheurs, etc. La première partie était consacrée au travail de la 27e Région, et à « Public & Collaborative », publication née d’un travail de recherche mené sous la houlette du réseau DESIS, et présenté par Andrea Botero (Université d’Aalto en Finlande) and Per-Anders Hillgren (Université de Malmö). Les questionnements débattus sont ceux que nous connaissons : ils concernent la légitimité du designer, sa responsabilité d’ordre politique, les visions qu’ils portent ; les questions de sémantique, de passage à l’échelle, de soutenabilité : comment s’assurer que les projets de design produisent bien un impact positif, et que les effets secondaires négatifs (« side effects ») soient les plus réduits possibles ?

Les enjeux de la pluridisciplinarité ont également été posés, avec peut-être une idée-force : plutôt que de chercher à étendre le champ d’intervention des disciplines (design, sociologie, etc), peut-être faudrait-il au contraire que chaque discipline accepte de se « dégrader » légèrement pour laisser un peu plus de terrain aux autres disciplines ? (par exemple l’ethnologue qui tolère qu’une immersion dure 3 semaines plutôt que 3 ans, pour que l’expérience puisse rentrer dans le timing des autres intervenants ?)

Et la 27e Région dans tout ça ?… le design, les suédois connaissent. Mais ce qui semble le plus intéresser nos collègues est le système d’alliances formelles et informelles que nous avons passé entre un (petit mais mobile !) do-tank, une communauté de professionnels engagés, une association d’élus représentant toutes les Régions françaises, un cercle croissant de fonctionnaires habilités à ces approches, des laboratoires et des chercheurs, des écoles et des formations sur tout le territoire français, etc. Des liens faibles qui permettent de produire une dynamique un peu sous les radars « officiels », mais multi-échelle et bien réelle.

En tout cas, on sent une motivation très forte dans les discussions avec les élèves, très nombreux, venus des formation en design de Stockholm, Malmö, ou Umeä dans le nord de la Suède. C’est un peu l’inconnu néanmoins, et on devine un embarras du côté de la direction des écoles, qui comme en France, ne savent pas trop par quel bout prendre le secteur public...

Peut-être un regret : derrière les même appellations, tout le monde ne parle pas du même "secteur public" et des confusions existent. Certains parlent sans vraiment le nommer de "community organizing" tel que l’entend par exemple Alinsky, d’autre du rapport du citoyen à l’administration, d’autres de design urbain (comme en parle très bien Philippe Gargov dans le dernier Millénaire 3) d’autres encore de la modernisation des services publics, ou encore de la "fabrique des politiques publiques". Un peu de clarté ne ferait pas de mal...

Une conférence à retrouver ici en vidéo.

*Forum for Social Innovation Sweden, Swedish Faculty for Design Research and Research Education, annual Industrial Design seminar at Konstfack University College of Arts, Crafts and Design, Critical Studies in Architecture at KTH Royal Institute of Technology, Interactive Institute Swedish ICT.

décembre 19 2013

EDIP, nouvelle plateforme pour booster l’innovation par le design en Europe

Billet publié par Stéphane Vincent

La 27e Région est l’un des (petits) partenaires de la Plateforme Européenne de l’Innovation par le Design (en anglais EDIP), un projet qui vient tout juste d’être retenu par la Commission européenne dans le cadre d’un appel à candidatures.

Mené par les britanniques du Design Council, le consortium réunit également l’agence d’innovation NESTA, l’Université de Lancaster, l’Université de Birmingham (GB), le Politecnico di Milano (IT), le Dansk Design Center (POL), KEPA, ARC Fund (Bulgarie), le Centre du Design de l’Estonie, North Ireland, Luxinnovation, Dsola (Slovénie) et le réseau européen de Living Labs ENOLL.

L’objectif général de cette plateforme est de « sensibiliser les décideurs publics à l’innovation par le design et de réduire l’écart dans les Régions les plus en retrait », par une mise en réseau des expériences existantes à travers des événements, des programmes de formations, de l’échange pair-à-pair en présentiel et en ligne.

Le rôle de la 27e Région sera plus particulièrement dévolu au potentiel du design dans le secteur public. Ce volet sera coordonnée par Benton Caffin au NESTA.

Outre les administrations publics, la plate-forme comprend également un volet destiné aux petites et moyennes entreprises, mais elle doit également permettre un dialogue avec la communauté de la recherche, afin de mieux comprendre le potentiel du design et son impact sur les organisations.

Le projet durera 36 mois et fera l’objet d’un événement de lancement à Bruxelles au printemps 2014.

décembre 19 2013

Que peut faire l’Europe pour booster l’innovation publique ?

Billet publié par Stéphane Vincent

Depuis quelques mois, un groupe d’experts de toute l’Europe -dirigé par Christian Bason du MindLab danois- préparait une série de propositions pour booster l’innovation publique en Europe. Nous avions nous-même été sollicités lors de l’une des sessions de travail du groupe en 2011 à Bruxelles. Le rapport a été présenté hier. Il est titré "Powering European Public Sector Innovation : towards a new architecture" (Cf les slides de C Bason plus bas).

Côté constats, le document part d’un diagnostic relativement partagé sur les freins à l’innovation dans le secteur public : des administrations qui négligent l’innovation comme un levier de transformation interne, la nécessité de changer d’état d’esprit, le manque de pratique en matière de tests et d’expérimentation, de prise de risque, le faible encouragement aux pratiques innovantes dans le management public, etc. On ne sera pas surpris de retrouver l’inspiration libérale de la Commission européenne lorsque le rapport invite à faire du secteur public « une nouvelle machine à créer de la croissance »… l’idée d’un développement soutenable n’est guère évoquée dans le rapport.

Que retenir des propositions du rapport ? D’abord, que ses auteurs évaluent à 5 milliards d’euros les moyens à investir sur 5 ans dans toute l’Union pour y parvenir, avec à la clé des bénéfices à hauteur de 50 milliards d’euros à horizon 2020. Ensuite, que le design est central dans les recommandations. Le rapport recommande un changement de paradigme, et invite la Commission européenne et les Etats membres à adopter dorénavant le co-design et la co-conception comme une nouvelle façon de produire des services publics. Le rapport invite les administrations d’Europe à adopter une posture « d’entrepreneurs publics ».

Dans le détail, le rapport fait 3 types de propositions

  • Des propositions pour développer le management de l’innovation : il préconise la création d’une structure de gouvernance de haut niveau (plateforme d’innovation dans le secteur public) doté d’un programme de travail de 3 ans. Mais surtout il recommande la formation de 50 000 personnes-clés à partir d’ateliers immersifs, « hands-on », dans une logique d’empowerment. Il suggère également d’établir un mécanisme de « droit à ré-interroger » (Right to challenge), pour permettre aux fonctionnaires de ré-interroger eux-même des routines ou des réglementations administratives. Et surtout, il recommande la création d’un laboratoire d’innovation de l’Union européenne. La proposition peut parait iconoclaste, mais nous l’avions nous-même suggéré : quand on pense à la bureaucratie européenne, on se dit qu’il y a de vraies marges de manoeuvre ! par ailleurs comment la Commission européenne pourrait prétendre à la moindre crédibilité si elle ne s’attelle pas elle-même à ce qu’elle préconise ?
  • Des propositions pour faciliter l’innovation : la création d’un réseau de points de contacts de l’innovation « pair à pair » dans tous les Etats membres ; Pour certains Etats membres candidats, créer une équipe d’innovation capables de répliquer des approches ayant fait leur preuve : la création d’un accélérateur à innovation numérique à partir des champions existants. Egalement, un angel fund pour l’innovation publique.
  • Des propositions pour documenter l’innovation : créer une boite à outils dynamique pour les managers publics, et un tableau de bord citoyen pour comparer la performance des services en Europe.

Difficile de dire ce qui ressortira réellement de ce rapport... mais à condition de ne pas trop chipoter, c’est un signal intéressant donné aux Etats membres et à la Commission européenne elle-même.

Powering European Public Sector Innovation from MindLab

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