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Jan 29 2012

Péril jeune à l’auberge espagnole (2/2)

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Espagne-etc , Innovation , social

Petit bonus au compte-rendu de notre voyage d’étude d’octobre dernier en Espagne sous la forme de 4 vidéos réalisées par Xavier Figuerola (Talking Things) et Charlotte Rautureau de la 27e Région.

D’abord Ravier Perez, designer de services et fondateur de l’agence Funky Projects à Bilbao. Que faire lorsque le client d’un exercice de participation veut bien acheter le côté "funky", mais ne veut pas assumer ce qu’implique un exercice réellement participatif ? C’est ce que nous raconte Ravier, encore tout retourné par une expérience un peu décevante avec une collectivité basque.

Laia Sanchez, du Social Media Lab, évoque le projet Citilab et la façon dont elle essaie d’associer les habitants dans la conception des services qui leur sont destinés.

David Perez Garcia du collectif PKMN (prononcer pacman), pratique l’architecture participative. Il explique les objectifs du projet "Ciudad crea Ciudad", la ville crée la ville.

Federico Campos, chargé de mission de feu Iniciativa Joven, décrit le rôle qu’a joué le cabinet dans la "création de capacité" et la culture de création et d’entrepreunauriat, et ce dès le primaire.

Jan 29 2012

Péril jeune à l’auberge espagnole (1/2)

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Espagne-etc , Innovation , social

Chose promise, chose due : moins de trois mois après notre voyage d’étude en Espagne consacré aux politiques locales innovantes vers les jeunes (18 au 20 octobre dernier), en voici le compte-rendu orchestré par Charlotte Rautureau, Hubert Guillaud pour l’essentiel des articles, Xavier Figerola à la mise en page et pour les vidéos, et le concours de tous les participants*.

Au menu, la fraîcheur d’Utopic_US, tiers-lieu au coeur de Madrid ; les déconvenues de l’agence Funky Projects face aux velléités participatives des collectivités ; le vedettariat version "créatif" de TedX Youth Spain ; les interventions urbaines très inspirantes de PKMN (prononcez pacman) ou du Social Media Lab avec le projet Citilab.

A signaler aussi cet entretien avec le Movimiento 15M, représentants le mouvement espagnol des indignés, "los indignodas". Mais la plus grande partie du voyage était consacrée au travail mené par l’agence régionale Iniciativa Joven, "iniciative jeune". Malheureusement, au moment de notre venue, la nouvelle majorité de la Région Estremadure annonçait l’abandon pur et simple de cette aventure de 7 ans, malgré les résultats et le capital d’expérience accumulé depuis toutes ces années. On ignore si les raisons en sont purement électoralistes ou tactiques, mais on ne peut que se désoler d’un tel gâchis. En Espagne comme en France, l’innovation sociale n’existera que si les politiques publiques le désirent vraiment... on embrasse bien fort Annabelle Favreau, notre amie de feu Iniciativa Joven qu’on retrouvera sans aucun doute dans d’autres aventures.

* Les participants côté français :

  • Loranne Bailly, directrice de l’aménagement, Conseil Régional de Bre-
  • Nicolas Marandon, conseiller régional/ Président de la commission jeunesse, Région Champagne Ardenne
  • Sylvie Chappelet, chargée de mission, Conseil Régional du Limousin
  • Charlotte Rautureau, chargée de mission Europe, la 27e Région
  • Olivier de Laulanié, conseiller jeunesse, Association des Régions de France
  • Olivier Ryckewaert, chargé de mission présidence/DGS, Conseil Régional Pays de la Loire
  • Yann Djermoun, chef de cabinet, Conseil Régional de Champagne-Ardenne
  • Romain Thévenet, chargé de mission design, la 27e Région
  • Clément Dupuis, associé-salarié, Kaléido’Scop
  • Franck Tuot, conseiller régional, Conseil Régional de Champagne-Ardenne
  • Florent Duval, chargé de mission politiques territoriales, Conseil Régional de Bourgogne
  • Stéphane Vincent, directeur, la 27e Région
  • Hubert Guillaud, rédacteur en chef, InternetActu
  • Nisrine Zaïbi, vice-présidente jeunesse, Conseil Régional de Bourgogne
  • François Jégou, directeur, Strategic Design Scenarios
  • Xavier Figuerola, designer, Talking Things
Nov 19 2011

Tunisie : Après la révolution, la re-conception ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , social

Hayla Meddeb est maître-assistante à l’Ecole Supérieure des Sciences et Technologies du Design (ESSTED) à Tunis. Le premier slide qu’elle présente lors de la journée de lancement de ces 7e Ateliers de Recherche en Design (ARD) est un panneau "Under construction"... Voilà qui résume bien l’état d’esprit du pays, quelques mois à peine après la "révolution pour la dignité" (expression préférée à celle de "Jasmin", qui fait plutôt référence à la prise de pouvoir de Ben Ali). Car c’est bien de reconstruire un pays dont il s’agit, d’un point de vue matériel mais aussi psychique, après des années d’oppression, de corruption et d’absence de projet pour le pays.

Quelques années plus tôt, Hayla avait consacré sa thèse à une critique du packaging. "Mais celle-ci s’est littéralement transformée en dossier à charge contre la société de l’hyperconsommation, jusqu’à dérouter complètement certains membres du jury !", explique Hayla. Elle s’interroge alors sur son orientation, et pense même à renoncer au design. Et plus récemment, elle décide de réorienter sa pratique vers des projets à vocation sociale et d’intérêt général. Sa priorité sera dorénavant l’éducation, mais aussi les zones rurales, qui ont le plus souffert du régime et dont les populations ont été totalement abandonnées*.

Aujourd’hui, Hayla nous présente un cas mené avec ses élèves pour repenser l’aménagement de l’école de design située à Manouba, petite ville de la banlieue sud de la capitale, dans le campus qui accueille au total 2900 étudiants. Elèves, enseignants mais aussi personnel administratif et technique ont été associés. Les insights qui ressortent couvrent les questions de propreté, de pratiques inter-cours, d’intelligibilité de l’information, et de l’identité et du sentiment d’appartenance. L’intervention va porter sur l’aménagement de l’école, la signalétique, les jardins, mais aussi la mémoire du travail des étudiants (Cf slides).

Certes, l’intérêt pour le design social et le design de service tel qu’entend le pratiquer Hayla est encore embryonnaire dans le pays. Mais depuis quelques années, les filières du design rencontrent un engouement important auprès des étudiants tunisiens. Ils sont plus d’une centaine à assister au colloque de l’ARD, dont un nombre impressionnant de candidats à la thèse.

Beaucoup d’appelés, mais combien d’élus ? L’encadrement est très faible, et il est difficile d’évaluer leurs chances réelles tant leurs motivations semblent variables. Comme partout, la voie universitaire est aussi un refuge, une façon de reculer l’échéance tant il est difficile de trouver ou de créer son emploi.

Une chose est certaine, en revanche : le potentiel du design en Tunisie est immense, dans la réinvention de l’artisanat, le maintien des industriels locales et bien sûr les services publics qui ont pris un retard considérable -en particulier en matière de transports publics. Sans parler du renouveau démocratique, qui ne se gagnera pas simplement par une nouvelle constitution mais aussi par des projets forts, associant directement les populations. "Les tunisiens peuvent redécouvrir leur pays sous un oeil entièrement neuf", propose un intervenant. Le design saura t-il jouer sa partition devant une perspective aussi vertigineuse ?

Un grand merci à Alain Findeli et Bernard Darras pour leur invitation, et aux équipes de l’Université de la Manouba et de l’Ecole Supérieure des Sciences et Technologies du Design (ESSTED), en particulier Aicha Ben Salah et Hayla Meddeb pour leur accueil chaleureux. Les Ateliers de Recherche en Design se déroulaient cette année du 14 au 16 novembre à Tunis.

* C’est d’ailleurs de Sidi Bouzid, au centre du pays qu’est partie la contestation après l’immolation par le feu d’un jeune vendeur de fruits et légumes, Mohamed Bouazizi, pour ne gagner Tunis que plusieurs semaines plus tard.

Nov 6 2011

L’architecture de demain, c’est à la campagne que ça se passe !

Billet publié par Romain Thévenet
Tags: Architecture , Créativité , social

L’école d’architecture de Saint-Etienne organisait les 27 et 28 octobre, la troisième et dernière édition d’un cycle de conférences consacrées à l’architecture et l’urbanisme rural. Ce colloque était intitulé "nouveau cycle de vie des territoires", mais derrière ce titre un peu tordu, se cachait une superbe programmation de praticiens qui inventent de nouvelles façons de construire ensemble l’habitat rural. Voici un petit retour, pour nourrir notre projet autour des "villages du futur" avec la Région Bourgogne.

Transformer le territoire

Dans l’atelier « Quel devenir pour les tissus pavillonnaires aux frontières du monde urbain et du monde rural ? » encadré par l’école d’architecture de Nancy, Baptiste Sanson, ingénieur agronome, est venu nous présenté la Bergerie de Villarceaux, un domaine de 600ha situé à 30 km de Paris, entièrement dédié à l’expérimentation en agriculture écologique. Ce lieu de recherche s’est engagé dans les années 80, grâce au soutien de la Fondation pour le Progrès de l’Homme, dans la transformation de la monoculture vers une culture diversifiée en imaginant différentes formes de transition et en réalisant ainsi un prototype de gestion durable des territoires ruraux. Les relations entre agriculture et modes d’habiter sont fortes et Baptiste explique comment la plantation d’arbres sur la parcelle, la création de chemins qui permettent la balade, peuvent transformer le rapport des habitants qu’entretiennent au paysage et constituer un frein naturel à la périurbanisation croissante. La ferme profite aussi du public que constituent les habitants des zones pavillonnaires voisines, est un lieu de sensibilisation et d’accueil du public et permet d’imaginer l’avenir d’une agriculture plus écologique à grande échelle.

Apprendre à concevoir en construisant

Rusty Smith devant les étudiants de l'école d'architecture de St Etienne

Le Rural studio est une université d’architecture américaine, située dans le fond de l’Alabama, et destinée à enseigner différemment l’architecture aux étudiants. Depuis 1994, le principe de sa pédagogie est d’apprendre en construisant.

Les problèmes de logement étant criants dans cette zone rurale des Etats Unis, les étudiants, en groupes, dessinent et bâtissent des maisons pour des "clients", habitants précaires du territoire.

Les occasions de construire des maisons ne manquent pas et les contraintes deviennent évidentes : maisons à très faible coup, construites à partir de matériaux récupérés, ne consommant pratiquement aucune énergie pour le chauffage.

Lors des deux dernières années de leur cursus, ils conçoivent et construisent des maisons aussi belles que peuvent l’être des projets d’architectes, tout en expérimentant des nouveaux matériaux (pare-brises récupérés, déchets de cartons, dalles de moquette recyclées), et en apportant des solutions concrètes et viables.

Ainsi s’inventent de nouvelles façons de construire et d’habiter, qui n’auraient pu avoir lieu ailleurs. Comme le concède Rusty Smith, "là-bas, personne ne nous voit et nous surveille, on a de la place et la liberté pour expérimenter et produire de véritables solutions durables pour les personnes que nous accompagnons."

Construire ensemble

La grande rencontre de ce colloque a été avec Nicolas Taillandier, directeur du pays Combraille en Marche, situé dans la Creuse.
La réflexion du comité de développement a démarré par la création d’une université rurale, pour sensibiliser les habitants du territoire aux questions de l’habitat. Nicolas est très critique envers le métier d’architecte, et la relation que les collectivités entretiennent avec lui : Très loin de la participation et des enjeux d’usages, les architectes et aménageurs ont trop tendance à proposer des réponses toutes faites, bétonnant la campagne sans réelle réflexion sur ce que cela implique d’un point de vue plus global. A leur décharge, les cadres réglementaires et les appels d’offres ne sont pas adaptés et les élus locaux très peu formés à ces questions.

L’objectif de l’université était de "créer des lieux, des supports, des outils décalés, pour que les acteurs se posent des questions qu’ils ne se posent jamais d’habitude". Différentes actions ont été menées dans le cadre de ces universités :

  • des conférences/Ateliers/promenades pour sensibiliser les acteurs locaux à l’architecture
  • des guides architecturaux à destination des habitants pour expliquer comment rénover sa maison
  • Un appel à idées et une exposition itinérante pour la construction de maisons innovantes
  • des stages-découverte à l’auto-construction (récupération de l’eau, matériaux renouvelables, murs en pierre sèche…)
  • des ateliers d’architecture en partenariat avec l’école d’architecture de Clermont-Ferrand (workshop et immersions par des étudiants)
  • Des parcours pour comprendre le lien entre les habitants et leur habitat : 2 sont partis avec leurs sacs à dos, et en auto-stop pour arpenter le territoire à la rencontre des habitants.
  • Un voyage à la rencontre des artisans (deux urbanistes (collectif Alpage) se baladent sur le pays en mobylette à la rencontre de ceux qui font les bâtiments)

Finalement, ils ont décidé de mettre en œuvrel’ALUR (Atelier local d’urbanisme rural) pour lancer ces nouveaux formats de participation et de co-constrution. L’invitation aux ateliers parle d’elle-même : il s’agit d’un sachet de thé, délivré comme une médecine douce et dont les ingrédients sont l’innovation, le changement, la convivialité, le développement durable et les partenariats. "Zone neutre", dans laquelle on peut rêver, réfléchir, construire…


L’ALUR est un petit cousin de la 27e Région, qui invente à l’échelle locale de nouvelles façons de mettre en œuvre l’action publique sur les problématiques de l’habitat rural.

Oct 14 2011

Petit traité viennois d’innovation sociale

Billet publié par Simon Sarazin
Tags: Innovation , social

Du 19 au 21 septembre avait lieu à Vienne le "Challenge Social Innovation Conference", où une cinquantaine de pays étaient représentés par 350 personnes du monde de la recherche en sciences sociales et humanités (SSH), dans la ville même qui a hébergé il y a 100 ans le père du concept de la destruction créatrice, Joseph Schumpeter.

Co-organisée par le réseau Net4society, acteur facilitant les partenariats entre chercheurs en sciences sociales et humaines, cette rencontre avait pour but de :

  • faire travailler la recherche sur le sujet de l’innovation sociale,
  • écrire ensemble une "déclaration de Vienne",
  • faciliter les rencontres pour permettre le montage de projets de recherche entre plusieurs pays.
  • aider les acteurs présents à comprendre les modalités de financement des projets de recherche soutenus par l’union européenne (programme FP7).

A priori, pas vraiment de place pour des acteurs un peu éloignés du profil de chercheur et une rencontre assez technique pour quelqu’un extérieur à ce monde. Mais essayons tout de même de vous faire partager le fonctionnement de la recherche européenne en SSH sur un sujet qui émerge depuis 2 à 3 ans : l’innovation sociale !

Le retour de Schumpeter

Dès le lundi matin, et suite à une petite vidéo de Joseph Schumpeter, en fiction, l’introduction porte sur la nécessité de voir la recherche en SSH travailler sur le sujet de l’innovation sociale, et sur le besoin d’investir plus dans ce type de recherche par rapport à la recherche technologique.

Un travail sur le cadre à donner à l’innovation sociale

Beaucoup des acteurs présents découvrent cette thématique, et le but de la rencontre est aussi de les sensibiliser et les faire réfléchir au cadre à donner à l’innovation sociale. Les présentations se suivent durant les deux jours, avec plusieurs approches, et plusieurs théories exprimées (Geoff Mulgan fera un bon point sur ce sujet qu’Axel Burns reprend dans un article de blog). Quelques débats divisent les participants (par exemple, certains critiquent l’approche trop « businees oriented » du rapport de la Young Foundation sur l’innovation sociale, d’autres perçoivent certaines définitions comme trop restrictives, etc...).

Les définitions portent beaucoup sur le sujet du lien entre la fin et les moyens. L’innovation sociale est-elle juste ce processus qui met en place de nouvelles manières de transformer la société, ou a elle comme motivation une fin, celle de répondre à des enjeux, besoins, ou problématiques sociales ?

Des éléments d’accord sur la définition

Le monde de la recherche semble s’accorder pour s’intéresser aux 3 approches, les causes, les processus d’innovation sociale, et l’impact qu’elle peut avoir. Le champ de l’innovation sociale reste néanmoins très large...on y parle d’ecologie, de social, de justice, de tolérance, de démocratie, d’inclusion, etc...

Néanmoins, personne ne semble remettre en cause le fait que l’innovation sociale soit beaucoup plus axée sur la co-création, sur l’attente des utilisateurs, et qu’elle est en grande partie à l’initiative de la société civile. Même si elle est encore très présente, l’innovation par le haut, avec le traditionnel processus Recherche / Production / Marketing n’a plus autant sa place.

Une participante n’oublie pas de nous rappeler que l’innovation sociale n’est pas spécialement la panacée et que si elle se développe beaucoup aujourd’hui, c’est parce qu’il y a des crises importantes qui forcent les individus et organisations à trouver des solutions.

Geoff Mulgan conclut la dernière session des deux jours sur une définition simple (mais aussi très large) : ‘innovations which are social in both their means and ends’.

En discutant avec un jeune turc, entrepreneur en création d’un Hub à Istanbul, on se fait la remarque que si l’innovation a pour but de maximiser l’impact social, alors il faudra qu’elle passe par une maximisation de la collaboration et du partage, à l’inverse de l’innovation dont le but est de maximiser le profit, et qui pousse plutôt à la concurrence et la compétition.

Nous sommes d’accord aussi pour se dire que c’est l’innovation ascendante, celle qui se développe beaucoup en ce moment grâce à la mise en réseau via le web et l’appropriation de nouvelles techniques par les citoyens qui apporte une direction intéressante. Une approche qui permet à nouveau aux citoyens d’adopter les innovations, alors que l’innovation descendante pousse les citoyens à s’adapter à l’offre, qui plus est standardisée, ce qui limite en partie la possibilité de comprendre, apprendre et prendre soin des objets et services qui nous entourent. Mais le sujet de la direction à prendre ne sera pas vraiment traité durant les conférences plénières, laissant la définition de l’innovation sociale très vaste et sans direction claire.

Au final, l’on nous promet de nous tenir au courant une fois les recherches avancées sur le sujet...

Des sessions de travail en groupes autour de sujets de fond

Passons quand même aux discussions sur des sujets plus précis, qui se feront durant des ateliers de 20 à 50 personnes. Dans la liste des intervenants qui viennent présenter leur approche, il n’y en a qu’un seul qui fait partie du monde des entrepreneurs sociaux : il s’agit de François Goudenove, à l’origine de Web sourd, société qui vise à faciliter la vie des publics sourds, et qui intervient sur le sujet "innovation sociale et innovation économique". 14 sessions auront lieu en parallèle dont :

  • Innovation dans les services et innovation sociale
  • Société 2.0 et innovation sociale
  • Innovation sociale et changement démographique.
  • L’innovation sociale pour l’inclusion et l’intégration
  • Innovation sociale et développement durable pour les régions dans les économies émergences...
  • Mesurer l’innovation sociale
  • Innovation sociale au travail.

Chaque atelier se termine par un choix par les intervenants de sujets intéressants à approfondir par rapport à la thématique de l’atelier.

De retour en plénière, un vote en assemblée avec un petit boîtier électronique a ensuite lieu pour choisir les sujets qui intéressent le plus le monde de la recherche parmi les 56 qui émergent des 14 sessions.

Ces résultats permettent d’orienter la déclaration de Vienne, qui va être proposée dans quelques semaines, et que la communauté de chercheurs pourra commenter. Son but est de définir les sujets d’innovation sociale sur lesquels axer les futures recherches.

Le mercredi est consacré à la facilitation de partenariats entre chercheurs afin qu’ils puissent répondre ensemble aux gros dossiers de financements européens de la recherche. Après une présentation des derniers projets de recherche, c’est à une sorte de speed dating entre acteurs présents que l’on assiste. Il fallait pour cela, en amont de la rencontre, avoir passé un peu de temps sur la plateforme web pour proposer des meeting bilatéraux avec les chercheurs.

Quelques explications audio sur la rencontre de la part de Agnès Hubert :

Comment la recherche peut-elle aider les entrepeneurs ?

Au final, cette rencontre est utile pour réunir les acteurs de la recherche, les amener à s’intéresser à l’innovation sociale et les aider à remplir les dossiers de financements. Et pousser à ce que la recherche soit plus interdisciplinaire, qu’elle développe des méthodes plus participatives, collaboratives. On trouvera quelques bilans des travaux de recherche en innovation sociale durant les ateliers, mais peu de présentation active sur ce qui se fait en ce moment dans la société civile. De quoi peut-être frustrer des entrepreneurs ou innovateurs sociaux présents, plutôt intéressés par des choses concrètes et utilisables tout de suite. Pourtant, c’est peut-être un lieu où ces derniers pourraient trouver petit à petit leur place.

En effet, comme l’explique Agnès Hubert, conseillère politique à l’Union Européenne, les entrepreneurs/innovateurs sociaux doivent eux aussi pouvoir intégrer des consortiums de recherche pour que les études puissent partir de problématiques ou de données relevées par les projets d’innovation sociale, ou que les résultats de la recherche puissent être utilisables par des innovateurs sociaux.

Voir les questions posées à Agnès Hubert à ce sujet dans la vidéo ci dessous :

En tant que participant à un projet d’innovation sociale, j’aimerais en effet que l’on axe la recherche sur les sujets émergents, en particulier sur les transformations apportées par le web, là où l’on voit de nouvelles pratiques sociales se développer de manière très forte. Et de permettre à la recherche de travailler main dans la main avec ces innovateurs, pour pas à pas déterminer les clés qui permettront une transformation de nos organisations, tout en analysant les points sur lesquels il faut faire très attention. Beaucoup de projets dits d’innovation sociale auraient besoin de l’appui de la recherche en sciences sociales pour éviter des erreurs (ex : Parce que les innovateurs se mettent en précarité, parce que l’usage développé au travers de l’innovation renforce l’addiction à la consommation, à la technologie, ou parce qu’un nouveau type de travail se développe de pair à pair, qui ne répond plus aux enjeux de sécurité sociale des usagers, etc... Par exemple, la recherche doit pouvoir appuyer rapidement les politiques pour que de nouvelles structures ou réglementations juridiques apparaissent afin de mieux accompagner les innovations.

D’autres part, les entrepreneurs auraient besoin d’être guidés avec les résultats de la recherche réalisés sur les innovation sociales actuelles. Par exemple, beaucoup de travaux ont eu lieu sur wikipédia ou des projets proches et mériteraient d’être mieux diffusés aux entrepreneurs sociaux qui démarrent des activités, leur permettant de profiter de nouveaux modèles qui fonctionnent que depuis très peu de temps.

Pour cela, les innovateurs sociaux devront faire un effort, celui d’apprendre à travailler aux cotés de chercheurs qui auront besoin de temps, sans pour autant trouver des résultats directement utilisables pour l’entrepreneur. D’autre part, le monde de la recherche devra inviter les innovateurs, et se connecter aux dynamiques actuelles, bien que très rapides et qui arrivent en quelques années à transformer des manières de communiquer (Twitter, Facebook, etc...), de porter la voix citoyenne (Avaaz), de manifester ou de se mobiliser (le mouvement démocratie réelle), d’échanger ou d’apprendre (Wikipédia, Couchsurfing, Covoiturage), de travailler (Coworking), d’échanger (monnaies libres), etc...

>>En savoir plus sur les programmes de recherches en sciences sociales
Sources images : Florian Razocha

Sep 22 2011

Et maintenant, le greenwashing numérique

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Environnement , social , technologies de l’information

Dans son intervention lors du dernier LIFT à Marseille, Adam Greenfield s’inquiétait des dérives observées dans les projets de "Smart cities". Il citait notamment l’utilisation de capteurs par Nikon à Séoul pour suivre les mouvements des passants et en faire un usage commercial, l’analyse des profils au moyen de caméras par des distributeurs de boissons à Tokyo ou par des caméras cachés par la société Quvidi. Il concluait en « questionnant sérieusement la moralite des logiciels de reconnaissance faciale à des objectifs marketing ».

Adam Greenfield est-il un grand naïf ?

Je ne crois pas... pour ma part, sans doute un peu grisé par le soleil marseillais, j’ai eu envie d’interpréter ses propos comme un appel poli à plus de responsabilité de la part des créateurs, marketeurs, investisseurs dans le business du net. Même lorsqu’on se réclame du numérique, on ne peut pas faire tout et n’importe quoi, particulièrement si l’on prétend s’attaquer aux grands problèmes de société : urbanisation, environnement, social, emploi, éducation, alimentation, énergie, crise démocratique, etc.

Disons-le, tout ceci n’a rien de nouveau, mais le numérique semble agir comme un brouilleur de neurones ultra-puissant ... M’engouffrant dans la brèche ouverte par A. Greenfield, en parfait profane et pour les besoins de la journée Re:Lift, je me suis amusé à lister d’autres dérives que chacun peut facilement observer, pour peu qu’il s’intéresse à l’actualité des projets combinant innovation numérique, environnementale et sociale.

Alors, que trouve-t-on dans cette liste de possibles dérives ? En vrac :

  • On trouve des projets d’éco-quartiers numériques ultra-privatisés, conçus comme des "gated communities", de réalisation médiocre, qui prennent l’écologie comme prétexte pour mieux (re)privatiser l’espace public ;
  • On trouve des réseaux sociaux alimentaires qui se présentent comme des AMAP numériques, tout en en oubliant au passage les principes fondateurs. L’AMAP numérique et à distance, c’est les avantages de l’AMAP -consommer sain- sans les nécessaires contreparties -consommer citoyen, comme par exemple visiter l’exploitation et donner régulièrement un coup de main à l’agriculteur, condition indispensable pour que s’opère réellement le fameux changement de regard entre consommateur et agriculteur ;
  • On trouve des réseaux sociaux de quartiers, véritables intranets de la vie de voisinage (du compte rendu des syndics jusqu’aux goûts et profils des habitants) gérés par des apprentis JM Messier, ne présentant aucune garantie sur l’exploitation qui sera faite des données des habitants ;
  • Des services numériques urbains qui risque d’encourager la gentrification plutôt que la mixité sociale ;
  • Des services de crowdsourcing (de propositions et d’idées d’enthousiastes étudiants en école de commerce et autres généreux partageurs de tout poil) qui ne prévoient aucune contrepartie pour les contributeurs, hormis les sympathiques clés usb et autres teeshirts aux couleurs de la marque ;
  • Des "living labs" (laboratoires d’innovation in vivo) qui risquent à tout instant de prendre les gens pour des cobayes consommateurs de produits et services, et non comme des citoyens "capables" ;
  • To be continued...

Bien entendu, chacune des dérives décrites provient de cas réels, qu’il s’agisse de projets existants ou en préparation active. Le problème est insidieux, car la combinaison de toute la vulgate social/green/internet brouille les cartes et facilite les phénomènes de greenwashing et de socialwashing.

Or il faut rappeler qu’à côté de tous ces projets contestables, bien d’autres projets respectent quant à eux les utilisateurs et les citoyens, poursuivent des finalités respectueuses des libertés individuelles et remplissent des objectifs compatibles avec l’intérêt général. Il est donc urgent de tracer clairement des lignes de démarcation mentales entre les projets responsables et ceux qui visent d’abord et uniquement à faire du fric tout en piétinant les droits les plus élémentaires. Bien souvent c’est aux valeurs portées par un projet technique qu’il faut s’intéresser, plus qu’aux possibilités techniques offertes par le projet lui-même.

Bon, et maintenant on fait quoi ?

Personne n’a très envie de jouer au moraliste, ni d’évoquer des chartes éthiques qui jouent elles-mêmes le jeu du socialwhashing (responsabilité sociale des entreprises et autres cotations éthiques). Nous sommes tous confrontés personnellement à ces questions, dans nos métiers et nos pratiques professionnelles. D’ailleurs, il s’agit tout autant d’une question morale que d’une question d’efficacité : sans responsabilité, un projet se plante un jour ou l’autre.

Non, l’idée d’une éthique créative, concrète, actionnable, à l’image de l’éthique du hacker (Wikipedia) paraît bien plus fertile. Mais à qui cette "éthique concrète" devrait-elle s’appliquer ?

Nouvelle liste, cette fois, de quelques acteurs à mon avis directement concernés par ces questions de responsabilité et de déontologie, à titre individuel et collectif :

  • Les concepteurs en général, et les designers en particulier. Bon dieu, mais que font les écoles, que disent-elles sur ce sujet ? Comme l’écrit mon collègue Romain Thévenet dans son récent coup de grisou, le cost-killing ne devrait normalement pas figurer parmi les préceptes du design ; réduire les coûts, d’accord, mais pas s’il s’agit d’accompagner une politique de licenciements (laissons ce boulot à ceux dont c’est vraiment le métier...) ; innover dans les services, d’accord, mais pas s’il s’agit d’organiser l’addiction généralisée aux services ; je passe sur la question existentielle de savoir si un designer doit accepter de concevoir des bancs anti-sdf...
  • Les sociologues, ethnologues, anthropologues, en général mieux armés déontologiquement que les designers ;
  • Bien entendu le grand maelstrom du business de l’internet et du social business, avec ses start-up, ses investisseurs, banques et Etat, grandes entreprises, et surtout opérateurs d’infrastructures et de téléphone ;
  • d’autres sans doute ;

Comme d’habitude devant ces questions de responsabilité, chacun (nous, moi, la 27e Région) doit balayer devant sa porte car rien n’est simple. Il ne s’agit pas non plus de décréter ce qui est bien ou mal. En revanche, formons-nous les uns les autres à ce que "responsabilité" veut dire. Personnellement, j’ai déjà pris quelques claques en écoutant de bons sociologues me rappeler à l’ordre sur des questions de participation des usagers, ou en lisant quelques auteurs bien avisés... Ayons la modestie responsable, plutôt que la responsabilité modeste :)

Sources images : Ganzilla / Zeblog2latribu.com / Decroissance.org

février 4 2011

Le Thouarsais, territoire d’innovation ?

Billet publié par Romain Thévenet
Tags: Développement local , Innovation , Poitou Charentes , social

La 27e Région intervenait ce vendredi 28 janvier dans le cadre de "l’université citoyenne de Thouars", un format dynamique et avec une programmation riche en intervenants locaux et extérieurs.

A l’arrivée dans le collège Jean Rostand, le portrait qui m’a été fait de cette ville de 10 000 habitants était sinistre, "Ici on est dans le fond de la Région, coincé entre le Puy du Fou, le Futuroscope et les chateaux de la Loire, on n’a rien pour nous, en plus on est dans un territoire frontière entre l’Anjou, le Poitou et la Touraine…". Heureusement, le programme de la journée nous a prouvé le contraire, le Thouarsais est riche en énergie et gagne à être connu !

Le thème de la journée était "la ville et l’innovation dans les services" animée de main de maître par Dominique Breillat professeur à Poitiers, et familier du territoire. En même temps que des professeurs d’université montraient (Lille et Poitiers) comment l’économie évolue aujourd’hui vers une société de services, et l’importance que l’économie créative prend dans cette société, les acteurs locaux venaient faire la démonstration, par leur travail, de ce que cette "créativité" dans les services peut générer au quotidien.

Chaque acteur présentait "un truc en plus" qui rendait ses actions créatives et innovantes, par rapport à d’autres territoires.

  • La librairie "Brin de lecture" est ouverte vers les écoles, et fait des actions sur tout le territoire
  • le lycée est membre du club d’entreprise
  • l’association d’informatique micro-club "saintjeantais" forme au logiciel libre
  • la municipalité a mis en place des "veilleurs de ville"chargés de dialoguer avec les citoyens et d’arpenter la ville pour faire remonter des éventuels problèmes aux services de la ville.
  • Les associations "France Alzheimer" et le Secours Populaire permettent des soutiens bénévoles et individualisés aux familles en difficultés.
  • la compagnie de théâtre Metro Mouvance est installée dans une ancienne chapelle et travaille la poésie et le théatre avec les habitants du territoire.
  • le club d’entreprise compte 210 adhérents, et l’association ICARE (Information Conseil Accompagnement à la Reprise d’Entreprise) aide 3 ou 4 projets par mois dans tous le pays thouarsais
  • le "Centre régional résistance et liberté" s’il est un lieu de souvenir présente un programme résolument tourné vers l’avenir.

Finalement, nous avons assisté à un tour d’horizon innovant du territoire à faire pâlir de jalousie n’importe quelle équipe de résidents qui, en général, éprouvent toutes les difficultés du monde à faire le tour des acteurs dynamiques du territoire de résidence. Ici tout les secteurs étaient là, les élus (Jean Grellier, député, Patrice Pineau,maire de la commune, et Bernard Paineau conseiller général, présents toute la journée…), le collège qui accueillait et le lycée représenté par son proviseur, les acteurs économiques, associatifs et culturels…

Quand on demande à Georges Tignon, président de l’université citoyenne comment il a réussit à faire venir tous ces acteurs il répond simplement "on les connaît tous", et Virginie Daudin du Centre régional Résistance et Liberté de compléter : "Chez nous rien n’est cloisonné, on travaille tous ensemble. Ce qui nous porte vers une dynamique commune". Et effectivement le lycée a rejoint le club des entrepreneurs, la librairie monte des actions avec la bibliothèque, la compagnie de théâtre travaille avec des malades…

Alors bien sûr, tout ceci ne doit pas cacher les difficultés de ce territoire rural, dont on ne peut pas dire qu’il est "innovant" au sens où l’entendent la plupart des acteurs de l’innovation économique et technologique aujourd’hui, mais, si ces acteurs sont "des gens ordinaires", tous défendent une activité riche, ouverte, créative et partagée. Qu’est-ce qui fait alors qu’une journée comme celle-ci donne une vision d’un territoire innovant, là où de passage dans d’autres territoires, il est plus difficile d’aller chercher ces dynamiques ? Qu’est ce qui permet qu’à Thouars autant d’initiatives avancent ensemble, là où d’autres territoires peinent à porter cette "innovation sociale" ? Pour Dominique Breillat c’est assurément parce que ce territoire a connu de nombreuses crises qui ont développé chez ses habitants une telle énergie.

En tout cas cette université citoyenne vivante est une belle réussite et une vraie vitrine pour comprendre les dynamiques en cours dans le Thouarsais.

Nov 22 2010

les super héros de la vraie vie, une nouvelle forme d’engagement citoyen ?

Billet publié par Romain Thévenet
Tags: Innovation , social , USA

Aux Etats Unis, pour aider ses voisins, désormais, on peut se déguiser en super héros.

Le site reallifesuperheroes.org recense dans différentes villes des Etats Unis, des citoyens qui choisissent de s’investir dans la sécurité de leur ville, mais en portant des masques et des collants moulants.

Ils s’appellent Cap’tain Prospect (en photo ci dessus) Blackbird, Amazonia ou encore Watchman et ils se déguisent pour patrouiller les villes, et éventuellement apporter leur aide à leurs concitoyens en détresse.

A la frontière entre l’innovation sociale et le carnaval voilà une drôle de nouvelle forme pour devenir citoyen responsable !

Si elle apparait pour certains bon-enfant et sympathique, pour d’autres ridicule et pathétique cette initiative apparait révélatrice"d’une forme d’expression nouvelle" pour l’Oeil Laser qui nous la rapporte dans son édition 2011. C’est ce phénomène de citoyens qui pensent que "mieux vaut agir spontanément que d’attendre les décisions des pouvoirs locaux" que nous qualifions régulièrement dans ce blog d’innovation publique et sociale.

Cette action, au delà de son côté rigolo pose des questions sur la manière dont les gens sont prêts à s’investir pour le mieux vivre dans leur ville.

  • Faut-il trouver des astuces amusantes pour amener les gens à s’investir ? Dans une société de l’"entertainment" le plaisir fonctionne plus que l’abnégation pour motiver les citoyens.
  • Jusqu’où peut aller l’innovation sociale dans des domaines aussi sensibles que la sécurité ? Déguisé en superhéros tout semble possible, mais ce ne sont pas toujours les gentils qui gagnent… Et ce n’est pas parce qu’on est plein de bonnes intentions qu’on fait toujours le bien (la littérature Comix est pleine super héros mauvais et de gentils qui se prennent les pieds dans le tapis en croyant bien faire). Et au delà, lorsque la sécurité est assumée au moins en partie par des gens qui s’auto-investissent du sujet, cela produit des milices puissantes et incontrôlées dont la presse nous rapporte régulièrement les débordements.
  • Quel est le rôle des pouvoirs publics dans cette nouvelle forme d’engagement ? Même marginal, cet engagement peut produire le meilleur comme le pire. On sent bien qu’entre Treesong, Captain Obvious ou Nyx (photo ci dessus) les aspirations à s’investir ne sont pas les mêmes, entre ceux qui trouvent rigolos de se déguiser et ceux qui préfèrent prendre des engagements militants, mais tous s’identifient aux héros de leur enfance et se sentent investis d’une mission pour produire du mieux vivre ensemble.

Bien sûr il faut remettre cette initiative dans le contexte culturel américain, mais au delà de la blague, voilà, selon nous, un cas d’école intéressant pour penser les limites de l’innovation sociale !

Oct 3 2010

Du social à la co-conception des politiques sociales

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Innovation , Politique publique , social

Pour comprendre l’apport possible du design, de la co-conception et des méthodes issues de l’innovation sociale à l’élaboration des politiques publiques, encore faut-il comprendre comment ces dernières ont été conçues, d’où elles viennent et comment elles évoluent. Le 27 septembre, le Centre d’Analyse Stratégique lançait un cycle de conférences intitulé "De l’action sociale à la cohésion sociale", l’occasion ou jamais de nous à mettre à jour. Les nouvelles formes d’innovation, de prévention, de co-conception et d’expérimentation des politiques sociales seront au programme de ce cycle qui se termine en avril 2011. Petit compte-rendu de la journée de lancement.

De l’action sociale à la cohésion sociale

En 60 ans, la France serait passée d’un modèle d’après-guerre basé sur l’aide sociale, focalisé sur des minorités en difficultés, à la cohésion sociale, un modèle que le Conseil de l’Europe décrit comme " la capacité d’une société à assurer le bien-être de tous ses membres, à minimiser les disparités et à éviter la polarisation". Mais comment sommes-nous passés d’un modèle à un autre ?

Pour l’expliquer, Dominique Schnapper décrit l’évolution récente du système social français ; Pendant les 30 glorieuses, nous étions dans un système assuranciel : les actifs participaient à la redistribution, puis en bénéficiaient à leur tour. L’aide sociale intervenaient en complément auprès de publics bien ciblés, qui ne pouvaient pas participer au système -ce système ayant connu son apogée en 1975, avec la couverture des artistes, et celles des handicapés. C’est tout le système qui est remis en cause avec l’essor du chômage de masse des années 70-80, qui va toucher durement les jeunes, les publics fragiles, les personnes en situation d’échec scolaire. C’est dès lors toute la société qui ressent la fragilité et la difficulté potentielle à s’intégrer au système. Il ne s’agit plus d’intervenir autour de minorités en difficultés, mais de traiter les effets d’une situation générale. Un objectif bien plus ambitieux, et pas moins difficile à atteindre...

Michel Thierry, Inspecteur général des affaires sociales, complète ce panorama. Comme il le rappelle, les politiques sociales ont toujours fait l’objet d’une tension entre vision universaliste et vision ciblée vers des populations en difficulté. Dans les années 70, c’est la vision préventive qui prévalait : promotion des loisirs pour les personnes âgées, politique d’équipements sociaux pour tous, politique de proximité, c’est la grande époque des centres sociaux, ou des foyers de travailleurs. Les années 80 voient le développement des politiques familiales, à visée généraliste. Les choses changent ensuite avec la décentralisation et la territorialisation des politiques, et une précarité plus diffuse, les "nouveaux pauvres". L’ambition des politiques sociales reste universaliste, mais elles sont compartimentées par bloc de compétence avec la décentralisation, avec un ciblage plus diffus et la prise en compte d’une grande pauvreté. L’époque actuelle est marquée par le vieillissement de la population, la prise en compte des "adultes inadaptés". On crée l’Allocation Personnalisée d’Autonomie, l’éducation pour enfants handicapées, etc.

Des politiques en panne

Ce qui traverse ces évolutions, c’est le brouillage des populations cibles initiales, la précarité plus diffuse, et le fait que les nouveaux sujets de préoccupations nous concernent tous : le vieillissement, les problèmes sanitaires et sociaux, les maladies sexuellement transmissibles et le sida, etc.

Pour Michel Thierry, l’évolution des approches actuelles est inéluctable, car leur limites sont nombreuses : la procédurisation des modes d’intervention crée de l’exclusion ; la participation et l’appropriation par les usagers est encore dans le discours, mais pas réalisé ; la politique de la ville est mise en difficulté ; il n’y a plus guère de repères dans les politiques d’immigration ; et d’une façon général, on a de plus en plus de mal à couvrir les usagers potentiels (on pense d’ailleurs au phénomène du "non-recours" étudié par le chercheur Philippe Warin). Pour d’autres participants, le système s’est bloqué car l’aide sociale est devenue "assistance" ; elle ne visait pas à libérer, autonomiser les populations, et elle a souvent pu humilier les bénéficiaires, sans chercher à les remettre dans la vie publique. Pour Nicole Maestracci, présidente de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), les politiques sociales ont trop souvent attendu une demande, il faut au contraire anticiper davantage et travailler sur les pratiques. Elles doivent aussi d’urgence prendre en compte les disparités territoriales.

La cohésion sociale, une expression de plus ?

Quelle est la robustesse de la nation de cohésion sociale ? S’agit-il d’une nouvelle expression pour désigner les mêmes choses, ou recouvre t-elle de nouvelles réalités ? D’abord, quelle différence avec la notion d’intégration ? "Pas tellement, affirme Nicole Maestracci. "Mais il faut croire que les mots s’usent dans nos démocraties, et qu’elle a besoin d’en changer souvent !". Néanmoins, on pourrait dire que l’intégration (très contestée par les fils d’immigrés) impliquait qu’un système stable pré-existait, auquel chacun était tenu de participer. La cohésion sociale sous-entend que ce système stable n’existe pas a priori, que vivre ensemble est un projet collectif.

Gilda Farrell est chef de la Division de la Recherche et Développement de la Cohésion Sociale au Conseil de l’Europe. Son intervention a le mérite de nourrir la vision d’une cohésion sociale aboutie, réelle. Citant la nouvelle stratégie promue par le Conseil en matière de cohésion sociale, Gilda Farrell introduit plusieurs pré-requis, tel l’objectif de restituer la confiance entre les citoyens, accepter de lire la complexité et les interdépendances, de privilégier le bien être de tous, pour aller au dela de l’utilitarisme. Pour le Conseil, la participation du citoyen est indispensable pour concrétiser l’objectif de cohésion sociale. "C’est la seul façon de faire face à la complexité des démocraties", dit-elle. La responsabilité de chacun est donc essentielle. Le Conseil s’est fixé 4 priorités : réinvestir dans les droits sociaux, une Europe de responsabilité sociale partagée, la participation de tous les types de publics, et une Europe sûre pour tous

Le bien-être de tous vu par les citoyens

Gilda Farrell cite les résultats d’une étude particulièrement intéressante, menée avec des citoyens de toute l’Europe. Les questions étaient : qu’est-ce que le bien-être selon vous ? qu’est-ce que le mal-être ? qu’êtes-vous prêt à faire dans le sens du bien-être de tous ? L’un des enseignements de cette étude est que les aspects immatériels de la vie ensemble sont essentiels, et que les politiques publiques doivent mieux les prendre en compte. Voilà qui confirme l’apport de l’ethnologie de terrain, de la co-conception et de toutes les méthodes mobilisées par la 27e Région pour mieux repartir des utilisateurs... Les résultats de l’étude conduisent le Conseil à préconiser la création de nouveaux droits qui eux non plus, ne sont pas pour nous déplaire : un droit a la reconnaisance, un droit a la prise de parole, un droit à la créativité, un droit à la deuxième chance, un droit à l’erreur, un droit à la prise de risque, un droit à l’exercice de la responsabilité... Bien sûr, la question est de savoir s’il est possible de concrétiser ces droits, de les rendre robuste. Mais leur simple énoncé est déjà un pas.

La cohésion sociale, un projet qui reste à réaliser

C’est dans le réalisation que la cohésion sociale est encore à la peine. Pour Nicole Maestracci, il règne en apparence un consensus autour de la cohésion sociale. Mais où sont les priorités politiques ? Même sur l’importance de la prévention où tout le monde est d’accord, il ne se passe pas grand chose. "Il est temps de passer d’une vision morale, héritée d’une tradition chrétienne, à une vision politique, d’une politique de partenariats avec les pouvoirs publics". Les griefs énoncés par Nicole Maestracci sont nombreux : les politiques sociales seraient des politiques de plus en plus spécialisés ; pourquoi rien n’est-il prévu, par exemple, vers les moins de 18 ans ? Ensuite, le gouvernement actuel brandit d’une main des politiques sociales (le RSA, par exemple), et de l’autres des politiques anti-sociales. "On a le sentiment que de plus en plus, l’intervention se mérite", affirme Nicole Maestracci. Pour elle, la perception actuelle des citoyens est de plus en plus pregnante, et elle n’est pas celle de la cohésion sociale...

Où est l’Etat-stratège ?

Dans sa volonté d’intervenir toujours plus alors qu’il en est de moins en moins capable, l’Etat central n’améliore pas les choses. Alors même que ses compétences s’amenuisent dans ce domaine, l’Etat continue à empiler les décrets, et s’il se préoccupe plus de la connaissance que de la médiation, il multiplie les rapports, mais l’exploitation qui en est faite est faible... "La dernière époque a vu tous les protagonistes, Etat et collectivités locales, autour d’une même table. C’est très bien, mais qui décide ?". Martin Hirsch, nouveau président de l’Agence du service civique, qui clôture la journée, rappelle qu’il faudrait fédérer près de 300 acteurs des politiques sociales...

L’usager a changé, tout comme les pratiques sociales, les solidarités de voisinage et le bénévolat. Les professionnels du social ont-ils changé au même rythme ? Michel Chauviere est sociologue, directeur de recherche au CNRS, membre du CERSA, Centre d’Etudes et de Recherches de Sciences Administratives et Politiques. Ses préoccupations portent sur les professionnels de l’action sociale, des assistantes sociales aux éducateurs spécialisés. Il prône un droit à l’expérimentation pour les professionnels, au même titre qu’un droit à la formation. Environ 16 professions de base sont répertoriées, mais on a laissé se développer une centaine de"sous-professions", souvent déconsidérées, dont les statuts sont peu encadrés. On a transféré des compétences aux Départements, mais on a oublié de transféré le nouveau mode d’emploi... Martin Hirsch plaide pour plus de réflexivité chez les professionnels, pour un travail de fond sur tous les "dispositifs invisibles", les micro-grippages que personne ne traite et qui sont le fondement des macro-problèmes.

Sortir les bénéficiaires d’une logique de double-peine

Les études de Nicolas Duvoux, Maître de conférences en sociologie à l’Université Paris Descartes, membre du Cerlis, dénoncent la croyance dans "la passivité des assistés". Une étude importante réalisée auprès des allocataires du RMI visait à comprendre comme les publics perçoivent ce dont ils bénéficient. Si chacun adhère très différemment au fait de percevoir une aide (entre ceux pour qui le vivent bien et ceux qui le vivent mal), en revanche, tous éprouvent une forte responsabilité, loin du cliché de la passivité. Pour Nicolas Duvoux, jamais l’appel à l’autonomie des bénéficiaires n’a été aussi forte, plaçant les intéressés dans des injonctions auxquelles il leur est souvent impossible de répondre.

La prochaine session se tiendra le 28 octobre et portera sur l’innovation et la recherche-action dans les politiques sociales...nous y serons :-)

Sep 22 2010

Quel avenir pour les espaces publics numériques ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Provence Alpes Cote d’Azur , Quartier , social , technologies de l’information , Territoires en résidences

Nés il y a presque 15 ans pour lutter en faveur de l’e-inclusion, ils sont aujourd’hui plusieurs milliers sur toute la France, et leurs promoteurs (associations, collectivités) s’interrogent sur leur évolution. En Provence Alpes Cote d’Azur, la Région en soutient environ 140. Pour tenter d’imaginer des scénarios avec la communauté locale, une résidence a été organisée d’avril à septembre au sein de l’Espace Régional Internet Citoyen (le label régional) du quartier Berthe à la Seyne sur Mer -également labellisé Cyberbase par la Caisse des Dépôts. L’équipe était composée de la sociologue Corinne Iehl, des designers Anaïs Triolaire et Julien Defait, et de l’étudiant en Infocom Léo Guinard. 4 grands scénarios ont été produits, puis déclinés en 10 concepts dont 2 ont fait l’objet d’un prototype. Les pistes proposées sont très intéressantes, les enseignements remarquables et devraient être utiles à toute la communauté des espaces numériques. A retrouver dans le livret qui vient d’être publié.

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