› Territoires en Résidences › ARF › FING
mai 30 2009

les 6 vidéos de "ma vie de ch’ti en 2040"

Billet publié par Romain Thévenet
Tags: Nord Pas de Calais , prospective , technologies de l’information , Vie quotidienne

Voici les 6 vidéos que nous avons produit pour la direction prospective du Nord-Pas de Calais

Scénario 1 : Maya, lycéenne à Tourcoing

Scénario 2 : Arnault, conducteur de D.E.R. à Arras

Scénario 3 : Oscar, Marin-cultivateur à Dunkerk

Scénario 4 : Léa, Retraitée à Maubeuge

Scénario 5 : Florian, Technicien Paysan à Lomme

Scénario 6 : Artoka, chef de projet à Roubaix

Avr 2 2009

Visite guidée au lycée Gabriel Fauré à Annecy

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Ecole , Espace public , Lycée , Rhône Alpes , Territoires en résidences , Vie quotidienne

Direction Annecy, ce lundi 30 mars, pour visiter le lycée Gabriel Fauré, guidés par Emmanuel Delessert, professeur de philosophie, le proviseur Jacques Gaucher, accompagnés de nombreux professeurs et lycéens. Dans notre équipe il y avait Julie Bernard, architecte, Fanny Herbert, sociologue, Jean-Sébatien Poncet, designer du collectif Pomme Z, et moi-même. Nous étions là pour préfigurer un projet de résidence au sein du lycée.

Annecy, c’est 200 000 habitants avec sa périphérie, une ville aisée qui fleure bon les pique-niques au bord du lac et les balades en bordure de canal... C’est en plein centre ville que se trouve le lycée Gabriel Fauré, récemment rénové par la Région Rhône Alpes, à 5 minutes à pied de la gare et à 10 minutes du lac. 1800 élèves (dont 286 en internat) et 300 apprentis en CFA de coiffure, 92% de réussite au bac, 62% de filles, et il faut le dire, une certaine "paix sociale", comme le concèdent rapidement les enseignants.

Autant le dire d’emblée : Gabriel Fauré n’est pas un lycée à problèmes, selon les critères habituels des acteurs publics ou des parents d’élèves. Bon nombre d’établissements de la banlieue lyonnaise ou de la ruralité profonde souffrent de bien d’autres soucis. Alors oui, les espaces sont mal conçus, comme dans la plupart des établissements. Et la communication ne passe pas, comme on l’entend souvent dan la bouche des élèves. Pour autant, le lycée Gabriel Fauré n’a t-il vraiment que des "problèmes de riches" ? Nous n’avions qu’une journée pour en juger, mais nous avons tout de même essayé de lever le voile sur les "vrais problèmes" du lycée Gabriel Fauré...

Réunion en présence du proviseur, de professeurs et de lycéens

Des problèmes de circulation et de stationnement

"On manque de place", "on a des problèmes d’espaces", "il n’y pas de lieu de vie bien précis", "on ne sait pas où se poser"... il faut bien dire que quand la sonnerie retentit, même lors de cette journée relativement calme, les couloirs et les escaliers forment subitement des goulots d’étranglement, et l’espace principal se remplit subitement tel un hall de gare les jours de forte affluence. Avec les récréations, c’est à l’heure du déjeuner que le rush est le plus fort, d’autant que le réfectoire du lycée accueille les élèves des établissements voisins : 1200 repas sont servis entre 12 et 14h. Aux étages, les salles de classe sont mal insonorisées : Quand le calme revient dans les espaces communs, profs et élèves peuvent facilement s’agacer d’un rire trop bruyant venu déranger le cours, d’un groupe d’élèves stationnant trop longtemps dans un des longs couloirs.

Dans ce grand vaisseau, il y a à la fois des impasses, et des lieux refuges. Certains espaces sont inaccessibles car situés de l’autre côté de l’internat, fermé aux heures de cours. D’autres espaces sont inexploités, comme cet auditorium assez bien équipé, qui ne sert que 4 fois par an. A l’inverse, le vaste CDI sert de zone de délestage pour les lycéens lorsqu’ils ne savent pas vraiment où stationner : il faut alors y faire cohabiter une population venue travailler, et d’autres venues tout simplement se détendre, trouver un espace calme et des équipements pour se poser, lire une revue, parler avec quelques personnes loin de la foule du grand hall. Il y a aussi l’espace Faure, le foyer des élèves en cours de rénovation à l’initiative de quelques élèves du Foyer Socio-Educatif ; mais il n’est pas chauffé pendant l’hiver, et pour des raisons de sécurité, il est interdit d’en ouvrir les deux grandes portes à battants, ce qui donnerait pourtant un peu d’attrait au lieu à l’approche du printemps. Et puis comment résister à l’appel du centre-ville ? les snacks du quartier l’ont bien compris, et certains ne prennent pas la peine d’ouvrir durant les vacances scolaires.

Les lycéens n’ont pas de difficulté à exprimer toutes les petites choses qui clochent selon eux. Quand l’on donne une caméra à un groupe d’élèves, ils shootent l’affiche un peu fatigué des panneaux du hall, des rangements jugées inutiles dans le CDI, les verrous cassés des WC, les serviettes usagées, le dispositif de sonnerie jugé strident, la porte trop lourde de l’entrée principale, ou encore le baby-foot en sale état...

Le rapport d’étonnement réalisé suite à la visite par Julie Bernard, architecte, et Fanny Herbert, sociologue :

L’info circule mal

Second grand classique, le sentiment que l’échange est difficile, et que l’information ne circule pas : avec et entre les élèves, les profs, l’équipe administrative, etc. Alors il y a bien trois moniteurs (dont l’un est en panne) pour diffuser des messages dans le hall et à l’étage, mais les lycéens n’y ont guère accès les messages sont d’abord descendants. Les panneaux d’affichages un peu fatigués n’attirent guère, et quelques affiches datées seulement y sont encore punaisées. Au fond, c’est à l’occasion d’événements comme la journée Kult (cette année 28 avril), la journée Performance (12 mars) ou la soirée théatre (19 mai) qu’une partie de cette population se rencontre. Lycéens et profs plébiscitent en particulier la journée KULT, moment fort de la vie du lycée, qui mobilise un grand nombre de volontés. Aux commandes de KULT, il y a le FSE, où les lycéens les plus motivés mobilisent toute leur énergie. "La journée porte ouverte ? ah oui, il y a ça aussi..." La journée ouverte concerne surtout les nouveaux lycéens, c’est un peu l’exercie obligé. Et en tout cas, réussir un événement est tout un art. Le vendredi, il n’y aura personne, les gens rentrent chez eux : le mardi est beaucoup mieux.

L’informatique, comme dans beaucoup d’établissements, et dans un "entre deux" : deux salles informatiques sont équipées de 18 ordinateurs chacune, 10 sont au CDI, 5 à l’internat, quelques stations dans les salles de classe... mais il est difficile d’utiliser son propre ordinateur, de trouver de la connexion (pas de Wifi pour l’instant, mais deux prises ethernet à l’espace Faure) et aucune salle n’est officiellement en véritable libre service, faute de médiation ou d’accompagnement, semble t-il.

Le debrief final avec tous les participants

Comment sortir du "lycée consumériste" ?

Au fond, on a envie de relire les problèmes d’espaces, de communication, ou d’autres encore à la lumière d’un phénomène beaucoup plus profond : le consumérisme adolescent d’aujourd’hui, "qui pousse le lycéen et son entourage a consommer de l’heure de cours, de l’espace, les outils qu’on leur propose, comme on consomme de la télévision ou n’importe quel bien de consommation", comme l’explique Emmanuel Delessert. On peut ainsi obtenir son bac et ses examens sans véritablement se construire en tant qu’individu ni comme citoyen, sans s’engager avec le collectif, sans devenir autonome. Proposer de nouveaux projets ou de nouveaux moyens doit toujours être interrogé à la lumière de cette question, sous peine de satisfaire le seul confort individuel. L’inscription au Foyer Social Educatif pourrait être un levier intéressant... sauf qu’elle est quasiment tacite, étant automatique à l’inscription. Sur les 1400 élèves inscrits, quelques dizaines seulement sont actifs au FSE. Les propositions qui viennent de l’institution se soldent souvent par des échecs : 2 ou 3 élèves se déclarent intéressés par un apprentissage à la BD ; le club lecture s’avère être un échec. Mais comme le signale une professeur de cinéma, accepter de rendre les gens autonomes suppose que l’institution et les profs assument la prise de risque qui va avec : "quand je laisse les lycéens se promener avec la caméra à 5000 euros dans l’établissement, je dois accepter le risque de la casse !".

Quel que soit le thème que nous serions amenés à traiter en résidence au lycée Gabriel Fauré, quel valeur lui attriburions-nous ? Ethique, autonomie ? C’est à ce stade qu’un partenariat avec la Région Rhône Alpes pourrait nous être utile, lorsqu’elle porte comme priorités pour les lycées, la qualité du lycée comme lieu de vie collective (c’est la "Région citoyenne", telle qu’elle s’intitule elle-même), le développement durable, et la conversion des cantines au bio. La Région a également engagé un audit des internats. Tout ceci devrait nous aider à dégager une priorité "exigeante" pour le lycée Gabriel Fauré...à suivre !

décembre 1er 2008

En Italie, les designers tirent parti des initiatives des citoyens

Billet publié par Anne Daubrée dans la catégorie Europe
Tags: Politique publique , solidarité , technologie , Vie quotidienne , Ville

Confier l’initiation des enfants de l’école Satta aux plantes et les rythmes des saisons aux passionnés du club d’horticulture qui jouxte l’établissement scolaire, exploiter la cuisine du centre de formation Greppi pour fournir aux habitants la possibilité d’une pause déjeuner économique et conviviale, développer un système d’information qui permette à chaque citoyen d’enrichir la bibliothèque municipale de ses propres ouvrages, et d’accéder à celle des autres...

Autant d’idées qui ont germé dans le cerveau des étudiants de Ezio Manzini, professeur de design industriel au Politecnico de Milan, etspécialiste de l’innovation sociale.
"Nous travaillons systématiquement avec des organismes locaux, comme Milano Metropoli, qui nous mettent en contact avec les associations et les groupes de personnes avec lesquelles nous co-élaborons ces projets. Nous partons toujours de l’existant pour co-inventer des solutions avec les habitants » explique Ezio Manzini.

Pour parvenir à une approche pertinente, les étudiants s’appuient sur le travail du programme sustainable every day project. Celui ci recense à travers le monde les exemples d’innovation sociale respectueux du développement durable, et auquel participe Ezio Manzini. "Iles étudiants savent ce qu’ils doivent chercher, quelle démarche ils doivent suivre "commente-t-il.

Les pouvoirs publics ont déjà concrétisé certains des projets élaborés par les étudiants, comme la conversion d’une usine en centre social, à Milan. Et Ezio Manzini a également réalisé d’autres projets, telle une plateforme électronique basée sur une approche collaborative, destinée à favoriser l’émergence et la réalisation de ces projets sociaux innovants, pour le compte de la région Toscane.

Nov 19 2008

Le Pays de Gâtine bâtit une nouvelle gouvernance territoriale

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: Innovation , Politique publique , Vie quotidienne

Plus de 300 personnes assistaient au colloque " les services aux personnes : vecteur de développement économique et social des territoires ? " à Parthenay, le 18 novembre.
Depuis 2004, le pays de Gâtine mise sur les services à la personne pour affronter le vieillissement de ses habitants et développer l’emploi. Avec un projet " des gens au service des gens", au mode de gouvernance original, dans le cadre du programme européen Equal.
Le projet passe par le développement de la synergie entre les acteurs du territoire, le développement de la formation dans les métiers du service à la personne, ou encore l’expérimentation de solutions nouvelles au service des populations. De fait, il répond aux priorités définies par la charte de développement durable du pays." Nous avons précisé certains de ces objectifs par des entretiens avec des professionnels et avec des familles pour les services à la petite enfance " ajoute Pascal Pousse, chargé de mission Equal au Pays de Gâtine.

Affluence au colloque à Parthenay, le 18 novembre

Onze acteurs locaux, intermédiaires, et institutionnels du territoire sont partenaires "des gens au service des gens", qui se décline en une douzaine d’actions. " Chaque partenaire est à la fois coresponsable du projet, mais également responsable de son propre projet" explique Pascal Pousse. En effet, le Pays anime le comité de pilotage qui se réunit chaque mois. Mais chacun des participants est également lui même responsable de l’une des actions, et définit son propre pilotage. C’est le centre social et culturel du canton de Ménigoute, par exemple, qui coordonne les responsables de la petite enfance sur le terrain, et les interlocuteurs de la Caf, pour la garde d’enfants en horaires décalés. Dans ce cadre, 1365 heures ont été réalisées de mai 2007 à avril 2008.
Peut-on encore parler d’expérimentation ? Aujourd’hui, la commission " petite enfance" du Pays, réfléchit à la mise en place d’un guichet unique d’orientation pour les solutions de garde , sur la base de partenariats entre les acteurs du territoire-les mêmes qui participent à " Des gens au service des gens". ..Et, par ailleurs, le pays de Gâtine travaille actuellement avec l’INDL, l’institut national du développement local, pour identifier les méthodes de pilotage du projet modélisables et reproductibles.

Plus d’infos sur www.gatine.org/equal

Sep 24 2008

Ma collectivité en 2030

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Innovation , prospective , Vie quotidienne , Ville

Dans le cadre des Rencontres de l’innovation publique (INOP), organisées à Nantes les 23 et 24 septembre 2008, l’équipe de la 27e Région s’est amusée à imaginer à quoi pourrait ressembler une commune de 5 à 10 000 habitants, vue par sa collectivité : organisation communale, services administratifs, bâtiments publiques, vie des citoyens. Ce travail s’est appuyé sur l’analyse de divers documents : le travail de prospective « Impact des technologies sur le territoire » réalisé par la Fing pour la Diact en 2008, le programme Villes 2.0 conduit par Thierry Marcou et Fabien Eychenne à la Fing, le rapport du Sénat « le nouvelle espace rural français », les actes du colloque « l’élu local au cœur de la décentralisation (tous deux disponibles sur www.senat.fr), l’ouvrage « la fin des maires » de Luc Gwiazdzinski et Gilles Rabon, « Fantassins de la République » de Vincent Drouin, des entretiens avec Jacques-François Marchandise (Fing), Jacky Denieul (IAAT), Vincent Drouin.

On a souvent réfléchi à l’avenir de nos villes en tant qu’espaces urbains ; mais à quoi pourrait ressembler une collectivité locale en tant qu’organisation administrative et démocratique -disons dotée d’une population de 5 à 10 000 habitants- dans 20 ans ? C’est la question que nous nous sommes posés, en tentant de prolonger les pratiques actuelles les plus fortes ou au contraire en les prenant à contre-pied, et en considérant l’impact croissant des technologies sur la société et les organisations. C’est un travail très imparfait, sans volonté prophétique, tantôt réaliste et tantôt utopique, largement surpassé par de nombreux chercheurs et romanciers. Dans notre esprit, il s’agit avant tout d’un prétexte, d’une invitation à s’interroger sur l’avenir des valeurs qui fondent la vie locale, le « vivre ensemble » à l’échelle de nos villes et de nos quartiers. Il est conçu pour être contredit, complété et amélioré.

Et si ça se passait mal ?

Il faut d’abord rappeler que des scénarios « catastrophes » crédibles existent concernant l’avenir des collectivités locales -risque de délitement de l’intérêt général au profit d’une somme d’intérêts privés, montée du communautarisme, etc. Citons, sans être forcément être exclusif :

  • La ville privatisée : un espace public précarisé, une ville gérée comme un syndic de propriété, une prolifération des immeubles, quartiers, zones, villages et villes passant dans l’espace privatisé ;
  • La ville externalisée : une démobilisation de l’acteur public, des politiques publiques massivement confiées aux "pros", achetées sur étagères, à des opérateurs
  • La ville technicisée : la technicisation de la vie publique s’amplifie, s’éloigne du citoyen, hors de portée de l’habitant

Même si en faire l’exercice serait précieux, notre objectif n’est pas de décrire ces scénarios mais plutôt de prendre le parti des collectivités qui seraient parvenues à faire le « pas de côté » dont parlent Luc Gwiazdzinski et Gilles Rabon dans « La fin des maires », à prendre leur destin en main, dans un contexte devenu incertain, et durablement impacté par les technologies.

Les hypothèses que nous formulons sont organisées autour de 4 propositions : une réaffirmation de l’expérience collective du territoire, le passage à une administration ouverte et coproduite, le réinvention de la médiation humaine, l’irruption des technologies dans le débat public local.

Proposition 1. Vers une expérience collective du territoire

Y a t-il un "vivre ensemble" en 2030 ? Est-il territorial, et si oui à quelle échelle et quelle granularité ? Peut-il être remplacé par d’autres formes de collectifs ? Comment créer et maintenir un écosystème équilibré, où s’organise le dialogue entre différentes générations d’habitants, différents quartiers, différentes cultures ?

Plusieurs pistes existent dans ce domaine, avec pour point commun d’inscrire davantage le collectif dans notre quotidien.

Une coproduction de la solidarité

Devant le retrait de l’État dans la gestion et le financement de certains services publics de proximité, la solidarité citoyenne tente de prendre le relais, appuyée par des associations locales. Il est désormais possible d’avoir une information précise et actualisée de la disponibilité de ses voisins. Devant la crise énergétique et environnementale, il est de plus en plus difficile d’habiter loin des centres urbains. La solidarité s’organise pour faire face à ce nouveau contexte. Par le biais d’un réseau social de proximité organisé, chacun peut s’organiser pour partager des trajets en voiture et se rendre les services dont l’accès n’est plus assuré.

Voir par exemple le projet « Faire compagnie » conçu par le designer Romain Thevenet en Pays Nivernais Morvan, http://designdeveloppementlocal.wordpress.com ; le réseau www.citizenpowered.org adossé à la ville de Chicago, ou encore les réseaux sociaux de Rennes (www.laruche.org) et de Paris ou Marseille (www.peuplade.fr)

Des tiers-lieux "nouvelle génération"

Ni privés, ni publics, les tiers lieux ont pris une place essentielle aux yeux de la population. Davantage pensés autour de l’expérience vécue par l’usager, ils satisfont un besoin de re-socialisation, de convivialité, de conversation. Hier concentrés sur quelques projets expérimentaux, leurs principes ont irrigué un grand nombreux de lieux publics et privés. Ils contribuent à réinventer des lieux de socialisation éprouvés par le temps -MJC, maison des associations, salle des fêtes- et cassent les codes de nombreux équipements publics : écoles, maisons de services à la population, hôpitaux....mais aussi privés : pépinières d’entreprises, commerces, PME. Par exemple, dans le tissu rural, le réseau des "cafés de pays" s’est raffiné et numérisé, il est la clé de voute d’un réseau social qui s’exprime simultanément sur le territoire physique et numérique. On fait connaissance autour d’un verre, on reprend contact sur le réseau pour préparer un projet de soirée ou un projet professionnel, on se retrouve le jour prévu.

Voir par exemple les cafés de Pays (www.cafedepays.org), la Cantine dans le « silicon sentier » (www.lacantine.org), la Maison ouverte (www.mairie12.paris.fr/public/article.tpl ?id=5213), les espaces à l’Université en Extremadure en Espagne (www.iniciativajoven.org)

Faire du jumelage une expérience quotidienne

L’expérience de la population s’étend enfin à d’autres cultures, au-delà du seul événement folklorique ou d’une soirée "salsa" : Les jumelages reprennent leur place dans la vie des habitants. En effet, sur le mur de la mairie est projetée, en continu, la place centrale d’une ville allemande ou espagnole jumelée avec la ville, en direct et à l’échelle 1, avec un très grand réalisme et un fond sonore de haute qualité. Les habitants des deux villes peuvent s’y donner rendez-vous, s’inventer des futurs communs, partager, échanger...

Une version évoluée du mur de téléprésence de France Télécom R&D ou celui de Cisco

Des lieux de re-synchronisation

Pour mieux accompagner les rythmes de vie et contribuer à re-synchroniser la population, la mairie a décidé d’ouvrir les équipements le soir et même la nuit : la piscine, la médiathèque, les salles municipales. Tous les habitants qui en manifestent le souhait peuvent disposer des accès et s’organiser pour assurer des permanences. Sous l’impulsion des lieux publics, les espaces professionnels s’organisent pour être mieux en phase avec les besoins du public. Il existe désormais une meilleure gestion des permanences, des dates d’ouverture des commerces (il y a toujours au moins une boulangerie ouverte, la bibliothèque municipale ouvre en "nocturne" )...

Voir le travail des bureaux des temps de Rennes, de Niort, de Belfort ou encore de Poitiers (par exemple www.site.rennes.fr/temps)

Des lieux de déconnexion

Une ville, c’est du service et du vide : du non-marchand, du non-pensé, fait pour provoquer l’imprévu. Dans un contexte d’hyperconnexion, la ville et les habitants ont organisé des espaces entièrement déconnectés, des refuges, des moments où "ralentir" : un café de pays sur deux ou trois, un jardin public ou une zone protégée des ondes de toutes sortes par des brouilleurs, aujourd’hui autorisés.

Voir ça et là les nombreuses manifestations de type « Not in my backyard » x (« Pas de ça chez moi »), http://www.senat.fr/colloques/elu_local_decentralisation/elu_local_decentralisation.html, comme dans ce petit village d’Andalousie : http://techno.branchez-vous.com/actualite/2007/08/espagne_un_village_dit_non_au.html

Les bâtiments publics, nœuds du réseau social

La mairie a profité de plusieurs travaux de rénovation pour adopter les normes en vigueur en matière de HQEI (Haute Qualité Environnementale et Informationnelle). Ce label fait non seulement des bâtiments publics un modèle en matière d’efficacité énergétique, mais ils deviennent également un modèle de qualité informationnelle : ainsi, toute personne approchant d’un bâtiment public peut accéder à de nombreuses d’informations actualisées en continu à l’aide de n’importe quel mobile entrée de gamme, tous équipés d’un service de géolocalisation : événements, mais aussi nombre de visiteurs, documents administratifs, questions posées en ligne par les usagers et réponses des agents, commentaires des usagers, les photos et vidéos publiées par les usagers, etc. Pour connaître en temps réel les "vrais" horaires d’ouverture des services publics, des capteurs sont placés aux accès publics des bâtiments municipaux : ainsi, je sais si un service public est ouvert quand j’en ai besoin, mais les statistiques sur plusieurs mois me permettent aussi de connaître les horaires moyens d’ouvertures, évitant aux agents de les actualiser ou de les rappeler sans cesse.

Voir les nombreuses applications identifiées dans le programme de la Fondation internet nouvelle génération, www.villes2.fr

Proposition 2. Vers une administration ouverte

Traiter les formalités administratives du quotidien est-il encore le cœur de métiers des collectivités locales ? En tout cas, nous formulons qu’en 2030 le contexte des formalités administratives et de l’information citoyenne a profondément changé.

Une administration plus libérée que simplifiée

En 20 ans, l’administration n’a pas véritablement réussi à se simplifier. En revanche, il s’est produit une libération progressive mais constante de l’information et des données publiques, sous la pression conjugée -et les motivations souvent différentes- de la Commission européenne, et, surtout, des militants numériques tel ce « Mouvement international de libération des données publiques ».
Certes, les principales formalités sont dorénavant entièrement numérisées (et la carte d’identité électronique est déployée depuis longtemps) mais surtout, depuis 2020, l’essentiel des données publiques est plus facilement accessible, même si les formats sont disparates et pas toujours « ouverts ».

Un certain nombre d’expériences et d’experts militent déjà en faveur d’un effort massif en faveur de la réutilisation des données, au détriment du développement de nouveaux sites web publics. Mi-juillet 2007, le gouvernement anglais a décidé de supprimer la moitié de son millier de sites web publics, jugeant l’ensemble trop complexe (http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk_politics/6896614.stm), relayant bien le sentiment des chercheurs de l’université de Princeton (http://www.internetactu.net/2008/06/20/les-institutions-doivent-construire-des-donnees-reutilisables-pas-des-sites-web/) ; des maires eux-mêmes donnent l’exemple de la transparence : le maire de Marnaz (Haute-Savoie) publie son agenda sur Google : http://www.google.com/calendar/embed?src=loicherve@wanadoo.fr

Des données publiques en peer to peer

Pour les administrations, l’essentiel n’est plus de tenir à jour des interfaces toujours plus élaborées et coûteuses –la vague du web 5.0 est hors de leur portée, en termes de coût et d’expertise. Dorénavant, il s’agit plutôt pour elles de s’organiser en architectures de données. Dans le meilleur des cas, les collectivités mettent à jour des bases de données publiques de leurs services, de leurs décisions, de leurs votes, de leurs financements. Nombre d’entre elles viennent également nourrir, chacune à leur échelle, un dispositif de « peer to peer de l’information publique », créé conjointement par quelques pionniers au sein des collectivités locales, des services de l’Etat, et vigoureusement animé et promu par les associations et les militants numériques. On y trouve de tout : des formulaires officiels, des bases de données, des informations intéressant tout type d’acteurs : entrepreneurs, fonctionnaires ou particuliers…et les opérateurs privés qui en tirent des services à valeur ajoutée, dont Google (ou son successeur en 2030 !). L’ensemble peut paraître souvent désordonné, mais on y trouve des documents à jour, dans tous les domaines et sous tous les formats.

Une R&D citoyenne

Tantôt de gré, tantôt de force, l’administration est partiellement entrée dans l’ère de la coproduction.
Les collectivités les plus avancées ont appris à élaborer des solutions avec leurs publics, en construisant un cadre à cet effet, en les associant à des formes ouvertes de « recherche et développement », aboutissant à des projets simples mais tout de suite efficaces, facile à tester, rapides à mettre en œuvre. La dynamique est forte : tous les acteurs publics, associatifs mais aussi commerciaux rivalisent d’imagination pour imaginer de nouveaux services à l’usager.

Le gouvernement anglais invite les internautes à proposer lui-même de nouveaux services à partir des données publiques : http://www.showusabetterway.com/ (« proposez-nous une meilleure façon de faire »)

Proposition 3. Réinventer la médiation humaine

Les métiers de la médiation et les métiers techniques n’ont pas disparu au profit de la dématérialisation. Celle-ci s’est concentrée sur des activités à faible valeur ajoutée ou fastidieuse, et la médiation humaine s’est faîte plus souple, plus mobile, plus au contact avec les populations et le territoire.

Du secrétaire de mairie au médiateur de territoire

Les plus petites mairies et les annexes des mairies moyennes ont fermé depuis longtemps. Dans les territoires où l’action publique ne s’est pas tout simplement repliée sur des zones plus denses, les collectivités ont fait évolué la fonction de secrétaire de mairie vers une forme plus mobile, allant plus au devant des habitants les plus sédentaires, des personnes âgées ou en difficulté. Surtout, il s’agit d’une véritable fonction de médiateur administratif et social, capable de faire l’interface entre les populations, et l’essentiel des formalités administratives (administrations de l’emploi, du social, de l’éducation, etc), d’accompagner les habitants de façon transversale, de les conseiller, etc. L’informatique et les services en ligne sont centraux dans leur travail, ils accompagnent également les usagers dans leurs pratiques numériques.

Voir le projet du cabinet ut_design (www.ut-designers.fr) autour de la fonction de médiateur administratif et mobile ; on pense également à l’expérience du Point Com, à Ondschoot (Nord)

Des services techniques "augmentés"

Le travail des agents techniques de la mairie a considérablement changé. Ils concentrent maintenant leurs déplacements sur des interventions ou des réparations lourdes. Une partie importante de leur travail consiste à surveiller un parc d’équipements en réseau à distance. Car le territoire de la commune est dorénavant couvert de capteurs de toutes sortes : des puces RFID (radio fréquence) sont dans les murs des bâtiments publics, dans les trottoirs et tout le mobilier et les réseaux urbains (éclairage public, réseau d’eau et de gaz, etc), des nano-webcams sont placés dans les rues et des capteurs comptabilisent les passages sur les routes, des détecteurs de pollution quadrillent la commune, des dispositifs de surveillance sont placés au bord des berges pour surveiller les risques d’innondations, etc. Les véhicules municipaux et tous les équipements mobiles (bennes à ordure et poubelles municipales) sont depuis longtemps équipés d’un système de géolocalisation qui les tracent en temps réel. Les agents techniques sont eux-mêmes équipés de technologies mobiles, qui leur permet d’agir en flottes, de se repérer les uns les autres sur le territoire, d’optimiser leurs déplacements.

On assiste à une dissémination progressive de puces et capteurs de toutes sortes sur le territoire urbain : San Francisco déploie 6000 capteurs sans fils pour rationnaliser le stationnement (http://www.internetactu.net/2008/09/04/des-capteurs-pour-les-places-de-parkings/), 95 000 arbres parisiens sont équipés de puces RFID (http://www.iris-europe.eu/spip.php?article3560)

Proposition 4. Technologie et débat public

Ca et là, des signes de crainte et de contestation émergent dès maintenant devant l’explosion des réseaux (en particulier sans fil), mais aussi des systèmes de reconnaissance et de traçabilité : depuis quelques années, l’association Pièces et main d’œuvre, le collectif Oblomoff, et d’autres mouvements hérités des luddites (les briseurs de machines du débutdu XIXe siècle en Angleterre) fustigent le danger des technologies de traçabilité numérique, détruisent des machines biométriques dans un lycée à Gyf-sur-Yvette, manifestent lors du lancement du projet de pôle de nano-technologies Minatec à Grenoble, etc.

L’arrachage de champs de… capteurs nano-technologiques

En écho à toutes les nouvelles pratiques de traçabilité, dans la société de 2030, le débat sur les enjeux scientifiques, environnementaux et technologiques (surveillance, ondes et pollution numérique, omniprésence des nano-technologies) a pris autant d’importance que celui sur le contournement du centre-ville. Par exemple, il est devenu difficile de localiser certains réseaux pervasifs et capteurs enfouis dans toute la ville depuis des années, gérés par des délégataires ou même déployés de façon sauvage, et dont l’usage réel est inconnu.

Toutes les piscines de Paris, Lyon, Marseille sont décrites et commentées par leurs utilisateurs sur www.nageurs.com ; d’innombrables sites web ont été créés à l’initiative des usagers autour du Vélib et de tous les nouveaux équipements publics ; la vie politique locale est commentée, podcastée sur de nombreux blogs d’habitants.

Une ville sous surveillance citoyenne

Par ailleurs, la vie locale est plus que jamais notée, comparée, bloguée, podcastée. Les gens s’expriment sur la qualité des équipements publics, commentent l’activité culturelle, donnent leur propre classement des écoles, des piscines, des équipements culturels, mais s’expriment aussi sur les élus locaux et leurs politiques et tout ce qui constitue la vie publique et privée locale. Les pratiques habituelles du pouvoir en sont affectées et ne peuvent se tenir à l’écart ni faire comme avant.

EN CONCLUSION

Ces différents scénarios sont une manière différente de se projeter et d’envisager des évolutions futures. Au-delà de ces exemples, nous avons voulu présenter une manière de penser la prospective de façon illustrative, où l’on donne à voir les scénarios que l’on imagine. De la même manière qu’un architecte dessinera des images de synthèse pour expliquer un projet de bâtiment futur, nous nous sommes efforcés de représenter ces différents scénarios avant qu’ils n’existent, pour permettre à chacun de se les approprier. Nous sommes convaincu que l’illustration par des photomontages, des dessins… aide à se saisir d’une réalité en devenir, et permet à un plus grand nombre d’en saisir la complexité et d’en débattre.

mai 3 2008

De la technologie sociale pour des changements sociaux

Billet publié par aj dans la catégorie Divers
Tags: Barcamp , Innovation , Quotidien , Vie quotidienne , Web2.0

Fait par et pour les gens, le Web 2.0 ou "web social", est un moyen de prendre en main sa destinée économique, professionnelle, sociale et familiale. Dans cette perspective, le Social Innovation Camp, qui s’est tenu à Londres début avril, a réuni des développeurs, designers, créateurs, ... intéressées par le développement d’applications web qui apporteraient de réels changements dans la vie quotidienne.

Parmi la cinquantaine de projets envoyés en février et mars 2008, sept ont été présentés lors des trois journées de ce barcamp :

  • Enabled by Design est un site-ressource pour personnes handicapées (maladie, blessure) : elles exposent leurs problèmes, les designers s’inspirent alors de leurs remarques pour adapter les objets en conséquence
  • On The Up est un système en ligne qui aident les jeunes à identifier leur qualités et compétences personnelles
  • Rate Your Prison est un outil permettant aux familles de prisonniers de partager leur expérience de l’incarcération de leurs proches, de l’éloignement
  • Wibi.it (why buy it ?) référence des informations (empreinte carbone, conditions de fabrication, ...) sur les produits de la vie courante, identifiés par leur code barre
  • CVLifeLine est un site aidant les chercheurs d’emploi à améliorer leur CV en utilisant les outils web 2.0
  • Stuffshare permet de mutualiser l’utilisation d’outils dont on se sert rarement. Par exemple, vous avez besoin d’une perceuse, empruntez-en une à une personne de votre réseau.
  • TheGlue est un outil aidant les membres d’une famille qui vivent loin l’un de l’autre à prendre soin des plus âgés.

Pour encourager ces innovateurs à poursuivre leurs expérimentations, deux prix ont été attribués : Enabled by design, 1er, a reçu 2.000£, Rate your prison, 2e, 1.000£.

Source image : The Guardian

» Mots clés

» Vidéos

alt : http://www.youtube.com/v/pSVSwuqTV-c&hl=fr

Méthodes ingénieuses pour Régions (...)

A documentary dedicated to service design and ethnography applied to the public sector. Based on the experience of La 27e Région, a public innovation lab founded by the 26 french regional (...)

» Les derniers commentaires

» Prochains événements L27ER

Chargement widget...

» Les dernières photos

labopublic labopublic labopublic labopublic labopublic labopublic labopublic labopublic

» Revue de web

    » Initiateur du projet

    • ARF

    » Partenaires