› Territoires en Résidences › ARF › FING
Oct 22 2014

Semaine de l’innovation publique, J-22 : focus sur Rhône-Alpes

Billet publié par Magali Marlin

Vous pourrez retrouver très prochainement le programme intégral de la Semaine de l’Innovation Publique.
Outre les événements à Paris, notamment la Cité de l’Innovation les 14, 15 et 16 novembre au CENTQUATRE, vous y découvrirez toutes les initiatives portées par les acteurs de la transformation de l’action publique en régions, du 12 au 16 novembre. Les sujets abordés sont au cœur de nos réflexions et expérimentations : la place du citoyen-usager, la formation et la sensibilisation des agents, le rôle du design, les outils de co-conception, l’open-data, les nouvelles formes de participation, l’influences des mouvements hackers et makers … La SIP va se déployer dans une quinzaine de villes en Alsace, Aquitaine, Centre, Ile-de-France, Languedoc-Roussillon, Limousin, Lorraine, Nord-Pas de Calais, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes.

Au fil des semaines nous allons passer en revue les événements prévus dans chaque région. Aujourd’hui, c’est au tour des collectivités rhônalpines et de leurs partenaires.

A Grenoble, innovation en mode 24/24

La Metro s’est emparée du cadre stimulant de la SIP pour imaginer « Les 24h de l’innovation publique », véritable marathon qui vise à mobiliser ses agents et à inspirer des nouvelles pratiques de conception et de gestion des politiques communautaires. Le 13 novembre, en matinée, une conférence collaborative avec jeu d’inclusion et pecha-kucha présentant des expériences de sociocratie, de design public et d’innovation créative. Puis un après-midi de formation sur les données ouvertes, leur fonctionnement, leurs usages, en lien avec les agents de la ville de Grenoble. Enfin, pour les plus endurants, la traversée nocturne de l’agglomération (proposée également à des élus et d’autres acteurs de l’agglomération), en partenariat avec le Master Innovation et Territoire et le Syndicat Mixte des Transports en Commun de l’Agglomération grenobloise. Pour découvrir un territoire la nuit, ses richesses et ses tensions, croiser les regards et nourrir une réflexion sur l’intervention publique la nuit. Inscription obligatoire avant le 6 novembre à plateforme.temps@lametro.fr

Sensibilisation à l’Open Data avec la Région Rhône Alpes

A Lyon, la Région Rhône-Alpes (Directions des Politiques Territoriales / service Développement Numérique), en partenariat avec les Académie de Lyon et de Grenoble (DANE) et Fréquence Ecoles, relance pour une deuxième saison son projet#dataviz_rra. Mené dans le cadre des réflexions de la Région autour de l’ouverture des données, le projet vise à développer la médiation autour de la donnée et l’acculturation des lycéens à l’open data. Le 13 novembre matin, elle organise pour la première fois un séminaire de co-création (sur invitation) destiné à faire émerger des besoins auxquels un travail de traitement de la donnée (infographie, cartographie, article augmenté, application …) pourrait répondre. Il s’agit à la fois de guider les productions lycéennes et de mobiliser autour du projet les directions de la Région, mais aussi des « commanditaires » externes (notamment presse et média), susceptibles de fournir des jeux de données.

Design et politiques publiques à Saint-Etienne

Le 13 novembre toujours, à 18h, Saint-Étienne métropole/ Cité du design propose un atelier AFTERWORKS de la Manufacture d’Action Publique au Mixeur. Au programme de la soirée : rencontres et échanges entre designers, concepteurs, entrepreneurs, usagers et acteurs des collectivités publiques autour des défis qui se posent à la modernisation de l’action publique. Quel est le bénéfice d’une démarche design pour l’amélioration des services publics ? Comment faciliter le transfert d’expérience d’un projet à un autre ? D’une collectivité à une autre ? Comment documenter les expériences de manière à favoriser leur partage et leur diffusion ?

JPEG - 73.4 ko
Oct 10 2014

En novembre, la France fête l’innovation publique

Billet publié par Magali Marlin

Une semaine de l’innovation publique, pour quoi faire ?

Du 12 au 16 novembre prochain, c’est la Semaine de l’innovation publique en France. Et c’est une première ! L’opération est lancée sous l’égide de Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique, et de Thierry Mandon, secrétaire d’Etat à la réforme de l’Etat et à la simplification, en liaison avec plusieurs associations d’élus dont l’ARF et l’ADF. La 27e Région s’est vue confier la programmation du volet « territorial » de cette semaine, aux côtés du SGMAP qui organise et pilote la programmation centrée sur l’Etat et ses opérateurs.

Un événement national de plus, pourrait-on se dire ? Oui, mais justement, dans le domaine de l’innovation publique, pas de festival ou de rendez-vous pour rassembler la communauté et donner une visibilité (même relative et éphémère !) à ses actions. Alors que Futur en Seine a fêté ces 5 ans cette année, que le OuiShare Fest a soufflé ses deux bougies, rien du côté de la transformation de l’action publique. Pourtant la modernisation publique est un sujet central aujourd’hui, alors que le secteur public représente 56% du PIB français …

Pour nous, cette initiative, c’est donc surtout l’occasion de mettre en lumière les collectivités et leurs partenaires qui, partout en France, innovent autrement : en associant différemment les usagers et les agents, en mobilisant des disciplines inédites (recherche-action, sociologie de terrain, design de services, open source, culture makers, urbanisme participatif...), en produisant plus de sens, ou encore en construisant des coopérations inédites avec le secteur privé.

Coup de projecteur sur les innovateurs en régions

C’est sur cette communauté d’innovateurs dans les territoires, que nous avons souvent déjà croisés dans le cadre d’une résidence ou d’une Transfo, que nous nous sommes appuyés pour bâtir le programme. Résultat : des formats variés, des thématiques riches, des approches plurielles, qui témoignent de la vitalité des acteurs impliqués dans la transformation de l’action publique.

A Nantes, à Lyon, à Strasbourg, à Nîmes, à Grenoble, à Marseille, à Saint-Etienne, à Bobigny, à Lille, à Tours, à Poitiers …, débats publics alterneront avec pecha-kuchas, workshops, promenades urbaines ou portes-ouvertes de nouveaux lieux inspirants.

Avant la diffusion du programme complet très bientôt, quelques événements déjà « ficelés » :
La Région Pays de la Loire, le Département de Loire-Atlantique, Nantes Métropole, la Mission Val de Loire, l’Ecole de design Nantes Atlantique, l’Agence régionale - Pays de la Loire Territoires d’Innovation et plusieurs autres partenaires locaux se sont mobilisé : une matinée commune de présentation d’expériences d’innovation publique locales est programmée le 12 novembre, suivie de plusieurs événements portées par les différents acteurs le reste de la semaine.
A Nîmes, le 14 novembre au matin, un atelier de sensibilisation aux démarches de design public est organisé à l’Université, à destination des acteurs régionaux de l’innovation publique, de l’innovation sociale et aux acteurs publics de Languedoc-Roussillon.
A Strasbourg, la Fabrique de l’Hospitalité présentera le 12 novembre la démarche menée au CHU de Strasbourg dans le cadre d’une rencontre avec le DSAA Design InSituLab, suivi le 14 d’un conférence organisée par le DSAA sur le thème « Comment expérimenter en médiathèque ? » et de tests usagers d’outils collaboratifs par les étudiants.

Et le 12 novembre, ouverture de Superpublic : save the date !

Et puis, nous vous en reparlerons, à Paris, nous profiterons de cette Semaine de l’Innovation Publique pour inaugurer Superpublic, premier lieu consacré à l’innovation dans le secteur public, le 12 novembre après-midi…

Oct 6 2014

Ce qu’on pouvait retenir de Citylab 2014

Billet publié par Magali Marlin

Il y a quelques mois, la 27e Région était référencée parmi 20 autres "labos d’innovation publique" dans le rapport iTeams réalisé par le Nesta et commandé par Bloomberg Philantropies. C’est à ce titre que nous étions conviés du 28 au 30/9 à Los Angeles par l’Institut Aspen et le magazine The Atlantic pour CityLab 2014, trois jours d’échanges d’idées et de solutions entre 300 maires, décideurs publics et spécialistes du monde entier.

Impossible de revenir sur tous les thèmes évoqués : inégalité croissante dans les villes (un thème récurrent durant les 3 jours), pratiques collaboratives, nouvelles mobilités, résilience, alimentation, gentrification, armes à feu, innovation, chômage des jeunes, big data, logement, le retour des usines en ville, citoyenneté numérique, immigration… Retour néanmoins sur quelques idées marquantes.

JPEG - 24 ko

Michael Bloomberg, maire du monde

C’est le surnom mi-élogieux mi-sarcastique que l’on entend lorsque l’on parle de l’ex-maire de New York, onzième fortune aux Etats-Unis avec 34 milliards $. Il faut dire qu’il ne ménage pas ses efforts pour promouvoir l’innovation dans les grandes métropoles du monde entier : sa fondation Bloomberg Philantropies vient de remettre plusieurs prix pour un total de 10 millions d’euros à 6 villes lauréates du Mayors Challenge (premier prix pour Barcelone) visant à encourager les villes à produire de nouvelles solutions sur tous les fronts -environnement, pauvreté, transports, etc. Il multiplie les programmes pour encourager l’innovation radicale dans les villes, dont Innovation Delivery Teams, un programme pour encourager la création de moyens d’innovation dans les municipalités.

Des élus du monde entier, la France absente

Les maires de quelques grandes métropoles avaient fait le déplacement, des US et d’Amérique du Nord bien sûr (Los Angeles, Pittsburg, Mineapolis, Oakland, Atlanta, Chicago, Philadeplhie, New Orleans, Milwaukee, Flint, Louisville, Montréal), mais aussi du monde et de l’Europe : il était intéressant d’entendre Nir Barkat le maire de Jérusalem ("la ville la plus difficile à diriger dans le monde") ou Georges Kaminis le maire d’Athènes interviewé sur la lutte contre la corruption dans la capitale grecque. Les équipes des villes de Barcelone, d’Amsterdam, ou encore de Mexico avaient fait le déplacement. Mais pas une seule ville française dans le public ni sur scène.

Sharing city : la ville collaborative comme nouveau modèle urbain

L’essor de la consommation collaborative a marqué toute la rencontre. C’était le sujet de la première table-ronde en présence de Brian Chesky, fondateur d’AirBnB et de plusieurs experts reconnus du domaine, dont April Rinne, et Arun Sundararjan de l’Université de New York. L’impact de la consommation collaborative a un impact croissant dans l’espace urbain. Elle bouleverse l’économie de la mobilité et le marché des taxis (Uber), celui d’ l’hôtellerie (AirBnB), de l’emploi (TaskRabbit), pour le meilleur (quand les utilisateurs d’AirBnB font du tourisme dans des quartiers traditionnellement délaissés) mais aussi pour le pire : des chauffeurs aux conditions de travail totalement déréglementées, des locations abusives (ou sélectives, sur le mode raciste) et la montée du travail au noir. Brian Chesky admet ces "conséquences imprévues", mais fait le pari d’une amélioration prochaine grâce à une meilleure exploitation des datas remontées par les plateformes, par le fait qu’aucune activité n’est anonyme, par de nouvelles réglementations -pour lesquelles la France est citée en exemple. Arun Sundararjan pense qu’il faut croire à un meilleur dialogue entre public et privé, et que le public doit bien comprendre le phénomène avant de réguler. Selon lui l’économie collaborative pourrait être davantage mise au service de la programmation urbaine, faire de la ville une plateforme. Mais pour David Sheard, élu anglais, ce qui pose problème c’est surtout l’idée que la collaboration soit surtout mise au service "d’encore plus de consommation" plutôt que de la collaboration autour des idées pour la ville et pour une meilleure démocratie. Consommer, toujours consommer…

Un "social designer" hollandais pour préparer les US au monde post-Sandy

JPEG - 31.7 ko

Débauché par un ministre américain de passage aux Pays-bas… Henk Ovink travaillait au Pays-Bas comme ingénieur dans la lutte contre la montée des eaux, un sujet dans lequel il excellait, quand il a été invité à rejoindre Shan Donovan le ministre d’Obama en charge du logement et de l’urbanisme. Son défi : inventer des solutions hors normes pour réparer et préparer l’après-Sandy. Sandy est l’ouragan qui a dévasté les cotes antillaises et new-yorkaises en 2012, avec un bilan d’au moins 210, une vingtaine de disparus et pour les US, un coût de plus de 50 milliards $. L’enjeu ne pouvait se réduire à réparer tout en faisant "comme avant". Henk Ovink a été chargé d’inventer un programme visant construire des infrastructures physiques et sociales plus résiliantes, capables de de préparer collectivement les habitants à de nouveaux désastres prévisibles. Il est l’auteur d’un programme appelé "Rebuild By Design" (reconstruire par le design), un concours ouvert et mondial invitant des équipes pluridisciplinaires (architectes, urbanistes, sociologues, organisations citoyennes) à faire des propositions pour l’avenir de la région touchée. Sur 148 candidatures, 10 ont été retenues en juin 2013. Elles ont dès lors été engagées dans un cycle de visites et de rencontres avec les acteurs locaux, et s’appuient sur ces dernières pour aller plus loin dans leur proposition. Un processus inédit a été mis en place pour que les 10 équipes coopèrent, documentent leur travail, et que la production finale permette de retenir les meilleurs solutions proposées par l’ensemble des équipes. Retrouvez cet article du NY Times sur le travail de Henk Ovink, ainsi que la vidéo de son intervention à Citylab.

L’évaluation des politiques publiques, une science ou un art ?

L’innovation dans les techniques de gestion était également à l’ordre du jour de Citylab, notamment la mesure de l’impact des politiques publiques qui faisait l’objet d’un atelier. La tendance est à la production de données (data) sous de nouvelles formes et dans des proportions jamais vues jusque là, capables d’aider à la prise de décision. Plus encore, de nombreux mouvements américains plaident en faveur de méthodes d’évaluation "evidence-based", fruits des méthodes d’expérimentation issues des tests médicamentaux -que prônent en France Martin Hirsch, ou Ester Duflot qui a maintenant rejoint l’équipe d’Obama à Washington. C’est ainsi que Michele Jolin dirige le programme "Results for America" dans le cadre d’Invest In What Works qui promeut l’usage de ces méthodes pour identifier plus rigoureusement les programmes et les politiques qui fonctionnent, et les généraliser.
Pourtant en dehors même du questionnement éthique qu’elles posent, l’efficacité de ces méthodes ne font pas consensus. Pour Rick Cole, adjoint au maire de Los Angeles, l’évaluation est à la fois une science, mais aussi un art : il ne suffit pas d’apporter des données jugées scientifiquement fiables pour qu’elles soient vraies dans tous les contextes, ni faciles à mettre en oeuvre et encore moins à généraliser. "L’évaluation devrait être une conversation socratique", dit-il, une conversation documentée par des données fiables mais qui doit rester une démarche collective entre les protagonistes, citoyens compris et pouvant mobiliser les chercheurs de nos universités. Et s’il s’agissait de déplacer l’évaluation classique, souvent jugée aride et démobilisatrice, vers la production de connaissance collective ? Pour Rick Cole, l’enjeu consiste à créer plus de curiosité chez les élus, de les rendre avide de comprendre pour quelles raisons ce qu’ils décident fonctionne ou ne fonctionne pas. Comment, en quelque sorte, rendre l’évaluation enfin désirable ?

Entendu ou lu pendant Citylab

  • Eric Garcetti, maire de Los Angeles : "Les villes ne peuvent plus travailler autrement qu’en mode open source", "A L.A., nous croyons en l’acupuncture urbaine, ces micro-interventions qui peuvent créer une dynamique à l’échelle de la ville" ;
  • Nir Barket, maire de Jérusalem sur le plateau de Citylab : "Aucune chance que Jérusalem-Est ne devienne la capitale palestinienne" ;
  • Richard Florida, inventeur du concept de "classes créatives", participait activement à Citylab. Il revient longuement dans ce papier sur le fossé qui se croise dans tous les villes américaines entre les plus riches et les plus pauvres ;
  • La confiance comme valeur montante de la ville de demain ;
  • Présenté à Citylab, Play2work, un réseau social gamifié lancé par la ville d’Amsterdam pour rapprocher jeunes et employeurs ;
  • Jeanette Sadik-Khan, gourou des questions urbaines promeut l’idée d’expérimenter de nouvelles façons d’utiliser nos rues ;
août 20 2014

Des nouvelles de la Transfo en PACA

Billet publié par Anna L.


Entre 2011 et 2014, la 27e Région a mené le programme La Transfo en partenariat avec quatre Régions (Bourgogne et Champagne-Ardenne, Pays de la Loire et PACA).

PNG - 217.8 ko



En PACA, La Transfo s’est achevée en juin dernier avec le lancement du Labo, nouvelle fonction "innovation" embarquée au sein du Conseil Régional. A cette occasion, les Résidents ont pu revenir sur ces deux années de programme riches en émotions, deux années racontées dans un livret remis aux agents de la Région, et que vous pouvez retrouver ci-dessous :



Ce livret s’accompagne du récit de trois projets sur lesquels les Résidents, les agents et leurs partenaires ont pu travailler pendant ces deux ans :

  • Une réflexion sur un processus d’amélioration continue du dispositif des Emplois d’Avenir,
  • l’accompagnement de la Région dans la mise en place d’une restauration alternative au lycée Claret, à Toulon,
  • un travail en partenariat avec le réseau régional ERIC (Espaces Régionaux Internet Citoyens) et des étudiants du master Design, Innovation, Société de l’Université de Nîmes, visant à révéler les compétences des jeunes de PACA dans le secteur du numérique.

Chacun de ces projets a fait l’objet d’une publication, mêlant synthèse du projet, témoignages, et récit des méthodes et des outils utilisés.

Vous pouvez télécharger l’ensemble des publications ainsi que le livret-bilan en suivant ce lien

N’hésitez pas non plus à vous replonger dans le journal de bord de la Transfo en PACA, détaillant les deux ans semaine après semaine.


Cette clôture est, pour nous, l’occasion de saluer le travail des Résidents qui ont su conduire la Transfo pendant ces deux ans, puis passer le relais aux agents du Conseil Régional :

  • Eugène Roux, designer et co-fondateur de l’agence de design étrangeOrdinaire, spécialisée en expérience usager et innovation sociale
  • Frédérique Sonnet, sociologue
  • Romain Thévenet, designer et co-fondateur de La 27e Région
  • Anaïs Triolet, designer et co-fondatrice de l’agence Invivo Design Studio basée à Marseille
  • Pauline Scherer, sociologue
  • Catherine Belotti, spécialiste notamment des politiques de l’emploi et fondatrice du cabinet de conseil socialinnovation
Jui 31 2014

Labcraft : un livre, une expérience collective

Billet publié par Magali Marlin Anna L.

Ainsi que le racontait cet article de blog, Magali et moi avons participé en mai à un exercice original, jugez plutôt : produire collectivement un livre en 4 jours, rien de moins.

Retour sur ce « booksprint des labs », alors que le résultat de cette semaine intense, un ouvrage nommé Labcraft - How innovation labs cultivate change through experimentation and collaboration, est disponible aujourd’hui en ligne, en téléchargement gratuit ou à prix libre. La version papier sera disponible

Comment écrire un livre en quatre jours ?

Parmi les 12 participants issus de 8 labs différents, la plupart s’étaient déjà rencontrés pendant la conférence Lab2 organisée par Kennisland il y a un an. Pour autant, nous étions de parfaits étrangers lors de notre premier repas dans ce magnifique cottage anglais, à Stratsford-upon-Avon, non loin du lieu de naissance de Shakespeare.

PNG - 353.9 ko
PNG - 343.3 ko

Le premier jour, après quelques braistormings rapides sur ce dont pourrais parler le livre, nous nous mettons tous à écrire sur un thème donné presque au hasard, par petits groupes, et en utilisant de ce logiciel d’écriture collaborative en ligne.

S’en suivent quatre jours intenses alternant écriture, relectures et moments collectifs pour garder une vue d’ensemble sur l’ouvrage. La structure du livre et son contenu n’étaient donc pas prédéfinis : au contraire, ils sont apparus au fur et à mesure de des écrits et des débats, jusqu’à former un tout cohérent, un produit fini.

Débattre, mais par écrit

A l’inverse des workshops que nous animons régulièrement, la méthodologie du booksprint n’est pas cadrée, ni timée à la minute ou "framée". Au contraire, elle s’appuie sur l’écoute du ressenti et des besoins du groupe, et l’adaptation du programme en fonction. Nous avions donc le temps, et la liberté de laisser les discussions venir au bon moment, sans les forcer.

De plus, en accord avec les valeurs des labs présents, nous étions tous centrés ici vers l’action, c’est-à-dire vers la production d’un objet commun, et non plus dans les échanges oraux traditionnels des conférences où nous nous croisons.

PNG - 282.7 ko

Adam Hyde, facilitateur du booksprint et co-fondateur de la méthodologie, en train de trier nos nombreux post-its

L’exercice d’écriture, à la fois introspectif et intime par essence, mais ici également collectif, permet d’aller bien au-delà des débats classiques. En effet, à l’écrit chaque mot doit être choisi soigneusement. S’il est superflu ou imprécis, il sera retiré pendant l’une des multiples relectures. Et s’il est controversé, il permettra de créer un débat. Il est donc quasi-impossible de rester ambigu dans un processus d’écriture collective tel que le booksprint.

PNG - 371.6 ko

Et à la fin, c’est donc bien un livre co-produit par tous qui émerge, contrairement à notre vision traditionnelle de l’écriture comme un acte solitaire et parfois douloureux.

L’importance de partager les bonnes questions

Un constat est ressorti lors de l’exercice : en partageant au fil de l’ouvrage nos expériences, nous espérions non pas donner des solutions clés en main, mais partager les questions communes que nous nous posons, ainsi que la manière dont nous essayons chacun de notre côté d’y répondre. Sans systématiquement rencontrer le succès escompté, d’ailleurs, d’où l’importance pour nous d’y faire également figurer certains échecs (qui se révèlent parfois des "suckness" - échecs réussis - comme nous l’avons découvert sur place !).

Les questions de fond nous regroupant se sont révélées variées : Comment définir un lab ? Quel positionnement en fait la spécificité ? En tant que lab, comment savoir si ce que l’on fait est "bien", au-delà de la simple mesure d’impact ? Comment résoudre l’injonction constante à la croissance sans en subir les effets négatifs ? Quelles valeurs transfusent via les méthodes employées ? Les labs sont-ils un mouvement émergent ou une mode déjà dépassée ? Une tentative vaine d’infléchir le cours des les choses, ou au contraire un positionnement qui a montré sa place et sa pertinence ?...

PNG - 317.4 ko

Tous les participants se sont retrouvés derrière ces questions, et nous avons essayé de les partager le plus honnêtement possible dans cet exercice, en les illustrant avec des histoires issues du quotidiens de nos labs respectifs. En espérant que cela vous plaise !

Et la suite ?

La suite, et bien c’est tout d’abord la parution aujourd’hui du livre écrit ensemble au cours de cette expérience : Labcraft - How innovation labs cultivate change through experimentation and collaboration.

Pour le moment, l’ouvrage est disponible en ligne, gratuitement ou à prix libre. Toutefois, il sera également disponible en version papier sous peu.

PNG - 268.5 ko

Au-delà du simple produit-livre, le booksprint, c’est aussi et avant tout l’histoire d’un groupe, celui des participants, qui entend bien continuer à réfléchir et faire ensemble. Que ce soit sur Twitter, sur Facebook ou en vrai, la réflexion ne fait que commencer. Affaire à suivre...

Quelques remerciements

Un grand merci à Simone Tiesinga-Poutnik pour les photos utilisées ici !

Un grand merci à Remko de Hivos et à Simon Tiesinga-Poutnik et Hendrik Tiseinga de Natural Innovation pour le travail d’édition à la suite du booksprint !

Un grand merci à tous les co-auteurs, pour l’énergie collective !

PNG - 83.9 ko
Jun 24 2014

Soyons Re•acteurs ! (Pour aller plus loin)

Billet publié par Anna L.

Pour aller plus loin : trois défis évoqués ensemble

Rendre l’évaluation sensible
Marylise Lebranchu a partagé avec nous le défi le plus complexe selon elle : trouver une manière transmettre les résultats de l’action publique, différemment. En effet, comment dire et montrer dans un bilan administratif, dans une note de deux pages ou encore dans un compte-rendu d’évaluation que la situation s’est améliorée parce que les gens, d’un côté ou de l’autre du « guichet », se sentent mieux ? Innover et faire différemment, cela implique également d’analyse et d’évaluer les résultats à l’aune de critères nouveaux. D’où l’enjeu urgent et partagé par tous les intervenants de repenser et la forme et le fond des dispositif d’évaluation et de reporting dans l’action publique.

Défendre le droit à l’expérimentation et le droit à l’erreur
Re•acteur Public propose une démarche expérimentale, où l’on choisit des sites particuliers et où l’on s’adapte à la réalité des usages. Dans les débats, l’importance de cette démarche expérimentale revient régulièrement. Comme l’explique Christian Paul, le changement est souvent vu comme inexistant en France tant qu’il n’est pas accompagné de LA grande réforme applicable uniformément sur tout le territoire, une sorte de Grand Soir législatif introuvable. Ainsi, l’approche expérimentale n’est pas reconnue comme une méthode valable, et pire, elle est souvent même freinée dans la loi au nom de l’égalité républicaine, comme le souligne Alain Rousset. Selon Jean-Luc Delpeuch, président de la Communauté de Commune du Clunisois, il serait temps de limiter « l’énergie et le temps que l’on passe pour prouver que l’on n’est pas des criminels. »

Affirmer les valeurs de l’innovation publique
Si le champ lexical classique de l’innovation a souvent été convoqué pendant les discussions (« innovateurs », « innovation incrémentale », « innovation de rupture », « culture de l’innovation »…), il est parfois difficile de mettre en avant l’innovation publique, ou conception innovante des politiques publiques, face au tout numérique ou encore à l’innovation technologique. Ainsi, Yoan Ollivier, designer Plausible Possible, raconte les difficultés des pionniers de la discipline à faire comprendre leurs projets. Autre exemple, Nicolas Conso, du SGMAP, partage avec nous les difficultés qu’il a eu à faire rentrer l’innovation publique au sein du Programme d’Investissement d’Avenir. Dans le futur, il apparaît important de mettre en avant les valeurs de Re•acteur Public, afin de ne pas promouvoir l’innovation bonne, par essence, et de savoir se méfier du vocabulaire managérial de l’innovation quand cela est nécessaire. Pour illustration, le nudge (vous savez, ces « coups de pouces » qui vous font prendre la « bonne » décision sans même que vous vous en rendiez compte, et qui sont issus de la théorie des neuro-économistes Cass Sunstein et Richard Thaler) a été évoqué plusieurs fois dans les discussions au milieu des autres mots de l’innovation, alors même que cette forme d’innovation fait largement débat.

NB : Pour comprendre le nudge : voir cet article issu de la Vie des Idées, ainsi que celui-ci qui raconte les aventures du nudge dans l’administration Obama et les difficultés de son positionnement politique...

Jun 24 2014

Soyons Re•acteurs !

Billet publié par Anna L.

Mardi 13 mai 2014, La 27e Région investissait l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI-Les Ateliers) pour présenter officiellement Re•acteur Public, nouveau programme partenarial consacré à l’innovation publique, associant l’Etat et les collectivités et propulsé par La 27e Région et le SGMAP (Secrétariat Général à la Modernisation de l’Action Publique). Retour sur le début d’une aventure collective.

En charge du discours d’introduction, Christian Paul, député de la Nièvre et président de La 27e Région, la raconte ainsi : « Re•acteur Public, c’est une volonté commune de mettre au devant de la scène l’innovation publique, face à la double nécessité de transformer l’action publique en profondeur d’une part, et de repenser la relation entre le citoyen et le service public d’autre part ». Mais, ainsi qu’il le souligne, il ne s’agit ni d’une injonction à innover pour innover, ni de développer de nouveaux outils managériaux pour les cadres de la fonction publique, ni encore de participer à une logique de cost-killing. Au contraire, le programme doit porter un message à la fois positif et politiquement engagé. Et cela ne pourra se faire que collectivement. Re•acteur Public n’est pas l’apanage d’une institution en particulier : c’est un cadre neutre, ouvert à tous, où seule compte l’urgence d’expérimenter ensemble.

PNG - 99.9 ko

Pour s’inspirer, commencer par un projet concret

Afin d’illustrer cet esprit de coopération et de placer l’action au centre des débats, la matinée s’est ouverte sur le récit d’une collaboration fructueuse entre La 27e Région, le Secrétariat Générale à la Modernisation de l’Action Publique (SGMAP) et la Communauté de Communes du Clunisois, en Bourgogne. L’objet de cette collaboration ? Une résidence créative centrée sur l’amélioration de l’accès aux services publics dans les territoires ruraux (mais au fait, c’est quoi une résidence ?).

Nicolas Conso, chef du service « Innovation » au sein du SGMAP, et Boris Chevrot, coordinateur-médiateur du Relais de Service Public de Cluny et doctorant en sociologie, ont partagé avec nous le bilan de cette expérience. 7 visions inspirantes, 16 tests en situation réelle et 1 enseignement majeur : aller sur le terrain et s’intéresser aux usages permet d’apporter un éclairage neuf sur les grandes politiques nationales et de réinterroger ce que l’on pensait être des certitudes. Rafraîchissant !

Pour en savoir : direction le blog de la résidence

Une table-ronde pour partager nos visions de l’innovation publique

Ouvrant la table-ronde, Marylise Lebranchu, Ministre de la Décentralisation, de la Réforme de la l’État et de la Fonction publique, a ensuite exprimé son espoir d’une coopération féconde autour des projets de Re•acteur Public, un an après le Labo Public Ephémère qui avait déjà réuni le SGMAP et La 27e Région à l’Ensci. Pour elle, la création du SGMAP en 2012 était une première étape importante pour faire sortir la modernisation de l’action publique du seul prisme des économies budgétaires. Mais cela n’a pas empêché de trop souvent réduire ce défi aux enjeux de simplification administrative et de dématérialisation. A l’inverse, Re•acteur Public doit permettre de travailler sur le tout de l’action publique, sur son rôle et sur sa qualité. Au moment où les citoyens s’absentent de plus en plus des grands moments de la vie publique, Re•acteur Public insiste sur l’importance de faire avec : avec les citoyens, avec les agents, avec la société civile, avec les collectivités, avec l’État. En mobilisant l’ensemble des acteurs publics, il veut redonner ses lettres de noblesse aux agents de la fonction publique.

Claudy Lebreton, président de l’Assemblée des Départements de France et du Conseil Général des Côtes-d’Armor, a également partagé sa vision de l’innovation publique. Selon lui, si la tradition française cartésienne pousse à institutionnaliser et uniformiser les réponses administratives, Re•acteur Public permet justement de réfléchir au niveau humain, par l’action. Il place au premier plan les territoires d’aventure, ceux où des hommes et des femmes prennent des risques. Prenant la défense de la pensée expérimentale proposée par Re•acteur Public, Claudy Lebreton appelle les Départements à y prendre part… « du moins pour les quelques mois qu’ils leur reste encore à exister » ajoute-t-il non sans ironie.

Enfin, Alain Rousset, président de l’Assemblée des Régions de France et du Conseil Régional d’Aquitaine, a rappelé que les Régions étaient les premières collectivités embarquées au sein de cette aventure avec la 27e Région. Selon lui, l’innovation ne peut rester incrémentale, il est aujourd’hui temps de créer des ruptures : « en France, on a souvent l’impression que l’organisation des services publics est fixée une fois pour toute, et que seules les quantités financières peuvent varier. » Soulignant que le rapport entre l’État et les collectivités est parfois ressenti comme un rapport de « sous-traitance », il prône pour sa part une décentralisation renforcée et une coopération renforcée entre les différentes échelles administratives, dans la lignée de ce que propose Re•acteur Public.

PNG - 278.5 ko

De gauche à droite : Christian Paul, Marylise Lebranchu, Alain Rousset, Claudy Lebreton, et Jacques-François Marchandise, animateur de la table-ronde

4 chantiers « grands ouverts »

A la suite de cette table-ronde, les discussions se sont poursuivies autour d’une exposition retraçant les 4 chantiers qui constituent le cœur d’action de Re•acteur Public. Ces chantiers ne seront bien sûr pas interdits au public mais au contraire ouverts à tous, à chaque instant.

  • Premier chantier : construire une communauté d’apprentissage autour des méthodes (design, innovation social, ethnologie…) et des valeurs de Re•acteur Public, qui partagera la paternité de cette aventure.
  • Deuxième chantier : trouver des moments, des formats et des lieux de formation et d’apprentissage communs, pour les fonctionnaires d’État et territoriaux.
  • Troisième chantier : imaginer ensemble l’administration de demain, ses modes d’intervention ou encore de gouvernance.
  • Et enfin, quatrième chantier : documenter et enrichir notre savoir collectif pour continuer à construire et essaimer.

Les panneaux de l’exposition ont permis de présenter ces différents chantiers et de leur donner corps. Ils proposent des incitations à réagir et à discuter, que chaque participant a su saisir, qu’il soit élu, agent de la fonction publique, représentant du secteur privé ou encore étudiant de l’Ensci. Investir le hall d’entrée de cette école et matérialiser le projet sous la forme d’une exposition est une manière de rendre tangible la rencontre entre la communauté des designers, spécialistes de la conception innovante, et la communauté des professionnels des politiques publiques. Qu’il s’agisse de prospective, de formation ou encore d’édition, personne n’est resté indifférent.

PNG - 203.6 ko

L’exposition présentait les quatre chantiers, ici un morceau du panneau sur la prospective

Un projet collectif

100 participants, 1 exposition, 10 panneaux, 1 table-ronde, 1 gréve étudiante(!)... et d’innombrables échanges, toujours riches et stimulants. Le temps d’une matinée, une petite centaine de participants issus d’horizons divers étaient réunis autour d’une ambition commune : inventer une nouvelle culture de l’action publique. Il y avait là des praticiens de l’innovation et du design, des représentants de 8 ministères, de 6 Régions, de 7 Départements, de 5 villes & agglos, de 3 grandes structures para-publiques et de 4 structures nationales de formation. Un public hétérogène qui vient rappeler que le collectif est au cœur de Re•acteur Public.

C’est Christian Paul qui résume le mieux cette ambition dans sa conclusion : « En période de mer calme, le bateau est tranquille mais il manque souvent le vent, l’énergie pour avancer. Aujourd’hui, nous sommes dans un moment de turbulence, dans une météo démocratique très compliquée. Cela est bien sûr insécurisant et créée des tensions. Mais cela renforce avant tout la nécessité de se rencontrer, de se serrer les coudes, de disposer de lieux où l’on peut laisser à l’entrée nos logos, nos hiérarchies, nos cloisonnements pour construire ensemble dans la bienveillance. »

C’est parti pour 4 ans !

Et pour aller plus loin, direction cet article détaillant quelques grands apprentissages de cette matinée...

PNG - 310.2 ko
Jun 1er 2014

Labs for System Change : une nouvelle étape pour les labos d’innovation publique ? (partie 2)

Billet publié par Stéphane Vincent

Deuxième partie de notre compte-rendu de "Labs for System Change", organisé à Toronto (Canada) par MaRS Solutions Lab. Retrouvez la première partie ici.

Où sont les laboratoires d’innovation publique ?
La cartographie de Jari (Cf première partie) permet de dresser la liste de tous les labs ayant pour unique vocation de chercher à transformer le secteur public par l’innovation sociale et le design, et majoritairement financés par ce dernier. Ils sont un peu plus d’une vingtaine à être identifiés : sur le continent américain on compte The Lab (Ministère de la fonction publique américain US à Washington), Innovate SF à San Francisco, le Public Policy Lab (NYC), IZone (le projet éducatif de NYC), New Urban Mechanics (ville de Boston), le Laboratorio Para La Ciudad de la ville de Mexico (voir la vidéo) ; En Europe le MindLab (DK), le SILK du Kent, le Nesta Lab, la Behavorial Insight Team, le nouveau UK Policy Lab du Cabinet Office (UK), The Studio (ville de Dublin, IRL), SITRA (FI), la 27e Région en France -auquel il faudrait ajouter Futurs Publics au SGMAP, les missions innovation du Département du Val d’Oise et celui de Loire Atlantique, les équipes innovations créées dans le cadre du programme La Transfo dans les conseils régionaux de Pays de la Loire, Champagne-Ardenne et Provence Alpes Côte d’Azur, la Fabrique de l’Hospitalitéau CHU de Strasbourg ; et en Asie-Océanie le co-design lab du gouvernement néo-zélandais, le Design Thinking Unit de Singapour.

Des projets en échec
Au moins deux projets sont à l’état d’abandon : le Design Lab d’Helsinki, tout comme le Design Gov du gouvernement australien -tous deux interrompus après une phase de 18 à 24 mois de test. On trouve sur le site Design Gov des éléments de bilan et quelques explications sur les raisons de l’abandon.

Quelques exemples de labos d’innovation publique
L’Office of Personnel Management Lab (=ministère de la fonction publique américain à Washington DC) consacre se presque exclusivement à l’empowerment des fonctionnaires et la formation, comme nous l’explique Arianne Miller :

Gabriella Gomez-Mont dirige le Laboratorio Para La Ciudad de la ville de Mexico, où vivent plus de 22 millions d’habitants. Gabriella est fonctionnaire, et le labo est au sein de la municipalité. Comment a t-elle réussi à conserver l’autonomie dont elle a besoin pour mener son action ?

Andra Siodmak est designer et a notamment exercé au sein de la Région des Cornouailles pendant quelques temps. Elle vient d’être nommée au tout nouveau Public Policy Lab créé au sein du Cabinet Office britannique :

Comment ne pas se planter ?
Pas de recette miracle, mais Christian Bason (MindLab, DK) rappelle les défis qui attendent les initiateurs de labos souhaitant mobiliser le design dans le secteur public :

  • obtenir le droit de ré-interroger (des diagnostics, des politiques publiques en place, etc) par le design et l’innovation sociale
  • créer de nouvelles compétences chez les élus comme chez les designers
  • reconnaitre de nouvelles formes de création de valeur et mesurer différemment la performance publique
  • amplifier la recherche sur le design des politiques publiques
  • mieux articuler design et décision politique

Entre ambition et humilité
Pour tous ceux qui suivent depuis plusieurs années ces questions, on note de la part de plusieurs intervenants une attitude plus raisonnée, mais aussi une plus grande capacité à se projeter dans l’avenir des politiques publiques. Pour Christian Bason, il faut dorénavant savoir être à la fois ambitieux -et explicite sur la vision transformatrice que l’on porte- et humble -ces méthodes ne vont pas tout changer, car peut-être l’enjeu n’est justement pas de tout changer… il suggère que dans l’avenir, au concept de "réforme" pourrait succéder une vision plus humble de la fabrique des politiques publiques basée sur l’essai-erreur, et de nouveaux instruments de mesure de performance. Il l’illustre dans ce nouveau cycle de production des politiques publiques :

JPEG - 47.4 ko

Il rejoint en cela Frédérique Pallez (Mines ParisTech), qui lors d’une présentation récente à Saint-Etienne, posait l’hypothèse d’une dissolution de la notion de réforme, au profit de transformations continues, "in-descriptibles" voire invisibles, fait de bricolage ("muddling through") plus que de l’attente du "grand soir"…. A noter que le MindLab est officiellement chargé par le ministère de la fonction publique d’explorer des pistes pour l’après-New Public Management, en mobilisant des méthodes de design prospectif. Voilà qui intéresse fortement le programme Re-acteur public que nous venons de lancer…

Et ensuite ?
Tout comme les organisateurs, beaucoup de participants expriment l’envie de mieux fédérer cette communauté, qui commence à mieux se connaitre et à se faire confiance. Mais ça n’est pas si simple…

  • Toutes les initiatives n’évoluent pas dans le même contexte, ni avec les mêmes objectifs et valeurs. On voit bien tout l’intérêt qu’il y aurait par exemple à fédérer tous ceux qui se consacrent exclusivement au secteur public -sans se couper pour autant des initiatives ayant pour objet l’empowerment citoyen ou les entreprises, par exemple.
  • Les débats restent un peu théoriques. Au fil de ces rencontres où la simulation et la prospective par le design sont pourtant célébrés, on note une difficulté chronique à appliquer ces méthodes à l’avenir de ces mouvements : pourquoi ne pas mener un exercice de back-casting et simuler l’avenir à 10 ou 15 ans de ces démarches à l’échelle d’un pays, d’une région ou d’une ville ? Quelles alliances, quels projets faudrait-il mener à bien pour porter ces approches à grande échelle ?
  • Par ailleurs nous peinons à identifier des objets d’échanges communs. Dans un groupe réunissant 5 labs dont la 27e Région, nous avons essayé de partager les principaux prototypes issus de nos expériences respectives, et le résultat était plus intéressant. Le Nesta, par exemple, a mené un travaillant passionnant en cartographiant toutes les solutions imaginées dans le monde pour traiter le problème de l’emploi. Comment mieux partager ceci ? Comment aller plus loin ? Certains suggèrent de créer un prototype en réponse à un problème d’intérêt général identifié ensemble -mais n’est-ce pas un peu illusoire ?
Jun 1er 2014

Labs for System Change : des labos qui veulent changer le système (partie 1)

Billet publié par Stéphane Vincent

La 27e Région faisait partie d’une quarantaine de projets invités en tant que "laboratoires d’innovation publique et sociale" (diminutif "lab", tag #psilabs) à "Labs for System Change" du 25 au 27 mai à Toronto au Canada. La rencontre était organisée par le MaRS Solutions Lab, dans la lignée de rencontres semblables telles que How Public Design à Copenhague, Labs2 à Amsterdam, ou Design Public Local que nous avions organisé à Tourcoing.

Premiers retours et impressions en deux parties : la première sur les "labs" en général, la seconde consacrée tout spécialement aux laboratoires d’innovation dans le secteur public.

Bienvenue au Centre for Social Innovation !
La première soirée débutait par la visite du Centre for Social Innovation, immense tiers-lieu consacré à l’entrepreneuriat social créé il y a 10 ans jour pour jour -méga fête programmée le lendemain- dans un building de 5 étages des quartiers étudiants de Toronto, fondé par la serial entrepreneur Tonya Surman. Quatre annexes ont été créées depuis dont 2 à New York, mais déjà Tonya ne tient plus : "J’ai promis à mon conseil d’administration de ne plus ouvrir de nouveau site pendant 2 ans. L’échéance arrive à terme la semaine prochaine… c’est génial, je vais pouvoir recommencer !". L’ensemble des sites du CSI abritent 600 entreprises sociales.

JPEG - 79.4 ko

Pour financer l’achat du CSI de Toronto, Tonya avait inventé un système original de "bons communautaires" (community bonds) qu’elle a raconté depuis dans "The Community Bond : An Innovation in Social Finance". Les autres annexes sont des locations. Le CSI a également publié en 2012 un guide bien connu des concepteurs de "tiers-lieux" et de co-working.
Les valeurs du CSI sont claires (l’entrepreneuriat social, le travail avec les communautés, innover de façon radicale), mais comment mesure t-elle l’impact que créé réellement le CSI auprès de ses habitants ? Tonya explique qu’après avoir adressé des enquêtes composés de plus de 100 questions auprès de ses membres, le CSI évalue maintenant son action à partir de 4 questions posées chaque mois. Ca marche beaucoup mieux, dit-elle.

Le MaRS Solutions Lab
Les deux journées suivantes se déroulaient au sein du MaRS Discovery District. MaRS est une structure canadienne sans but lucratif consacrée à l’innovation. En 2005 elle a ouvert au coeur de Toronto le MaRS Discovery District, l’un des plus grands lieux au monde visant à fédérer et promouvoir l’innovation dans le champ économique, public et social. En 2013, la création du MaRS Lab a été confiée à Joeri Van den Steenhoven, l’un des fondateurs de Kennisland que nous avions rencontré à Amsterdam (Kafka Brigade, Digital Pioneers, etc). C’est à son initiative qu’étaient organisées ce "Labs for System Change", 3 journées de rencontres consacrées aux "laboratoires d’innovation publique et sociale" du 25 au 27 mai. L’une des ces journées était ouverte à un public d’entrepreneurs et d’administrations canadiennes et américaines, tandis que les deux autres étaient réservées au 45 "labs" invités et venus du monde entier, dont nous étions.

Le "lab", nouvelle marotte de l’innovation sociale ?
Pas une journée dans le monde sans qu’une organisation publique ou privée, un secteur d’activité ou l’association du coin n’annonce le lancement de son "innovation lab". Adam Kahane de Reos partners raconte cette blague sur ce qu’il appelle les "pop-up labs" : "Deux types se rencontrent dans un ascenseur et à la fin de leur conversation, ils se quittent sur un, ah tiens, si on lançait un lab ?". Le lab serait la nouvelle danseuse de tous les apprentis innovateurs sociaux qui veulent "changer le système". Mais quel système, au nom de quelle vision et de quelle façon ? Les réponses ne sont pas toujours claires, et "Labs for system change" visait d’une part à décrypter cette tendance, d’autre part à réunir la communauté des initiatives existantes.

L’impossible définition
Plutôt que d’en donner une définition précise, les intervenants ont plutôt cherché à décrire leurs motivations et le travail qu’ils menaient concrètement. Pour faire court, on pourrait dire que les créateurs de labs cherchent à soigner la frustration qu’ils ont connu (ou constaté autour d’eux) après avoir tenter d’innover au sein des structures traditionnelles : entreprises classiques, acteurs publics, sociétés de conseil, recherche académique et même think-tanks. Ils veulent que l’individu reprenne la main su le système. Ils cherchent à inventer un environnement alternatif conçu pour faire ce qu’il est difficile de faire ailleurs : créer un cadre de confiance et de véritable coopération, avoir le droit de ré-interroger radicalement la façon classique de traiter des enjeux d’intérêt général, travailler directement avec les utilisateurs, faire des simulations et des tests sur le terrain, produire des prototypes tangibles, se tromper et recommencer…le tout de façon autonome, avec suffisamment de distance vis à vis du marché et sans être paralysé par la puissance publique. Ils représentent de plus en plus une "zone d’expérimentation et de prospective" pour les institutions publiques et privées traditionnelles.

JPEG - 110.5 ko

Difficile à classer
Même si ce chiffre est très aléatoire, d’après certains intervenants une centaine d’initiatives de tous ordres existeraient dans le monde. Ranger les labos existants dans des cases n’est pas facile, mais plusieurs s’y sont essayés. Evoquant un rapport mené avec la société Bloomberg qui sera présenté officiellement à Londres le 30 juin (premiers éléments dans ce billet signé ici), le directeur du Nesta Geoff Mulgan distingue les labs orientés autour d’une méthode ou d’une technologie (design, data, psychologie, et toutes les approches hybrides), d’un secteur d’activité (par exemple l’Education), en amont ou au contraire en aval du système, travaillant en direct ou de façon indirecte, en partenariat étroit avec les gouvernements ou au contraire en opposition (inspirés du "civic empowerment", par exemple), et pour finir les micro-labs (2 à 3 personnes) et les maxi-labs (une centaine)… De son côté, Jari Tuomala du cabinet Bridgespan (NYC) distingue (cf mapping plus haut) les labs selon la nature de leurs modèle (multi-clients ou au contraire centré sur un seul acteur) et la nature de leur production (des produits ou services, des processus, des changements d’ordre systémique, des catalyseurs d’innovations, ou encore des animateurs de réseaux).

Une science ou un artisanat ?
Frances Westley (Université de Waterloo) produit depuis longtemps un travail très intéressant sur les processus d’innovation à l’oeuvre dans les labs, en s’appuyant sur les théories de la complexité ("on ne peut vraiment traiter les problèmes très complexes que par l’intelligence collective") et la recherche sur le design. Pourtant une impression s’impose : à force de vouloir les enfermer dans des équations et des processus trop figés, il est difficile de saisir la part d’artisanat -pour ne pas dire d’art- qui domine les démarches d’ethnographie et de design participatif, sans compter les schémas tactiques qu’il faut inventer pour créer le cadre disruptif dans les labs ont besoin. Une fois encore, ni les sciences de gestion ni les sciences sociales ni même les sciences politiques ne semblent suffisantes pour exprimer la nature artisanale faite de bidouillage et de performance, la dimension artistique qui président à la conduite de ces projets.

Par ailleurs comme le dit Sarah Shulman (InWithForward), toutes ces initiatives ont besoin d’être plus explicites sur les visions et les valeurs spécifiques qu’elles portent, sans quoi leurs réalisations seront faibles et toutes les méthodes et techniques sembleront se valoir, du design au Lean management jusqu’à l’expérimentation sociale.

Le lab comme écosystème
De nombreux participants s’interrogent sur le processus de création des labs, leur gouvernance, leur modèle économique. La nature politique de ces projets est clairement posée, par exemple quand s’affrontent les tenants de labs portés par l’empowerment citoyen, contre ceux qui pensent que le système changera d’abord de l’intérieur du secteur public -la solution étant probablement à mi-chemin, comme le rappelle Sarah Shulman.
Mais il apparait rapidement que c’est la capacité des labs à construire et à participer à des écosystèmes autour d’eux qui est en jeu. C’est par le recours à des alliances "gagnants-gagnants" et diversifiées avec une grande diversité de professionnels, des écoles et des universités, des collectivités et des services gouvernementaux, des entreprises et des associations que les labs peuvent inventer leurs modèles économiques et influencer au-delà de leur cercle.
L’enjeu des compétences illustrait bien ce point de vue : organisé durant la conférence des ateliers organisé avec 5 labs du monde entier a permis d’identifier une quarantaine de compétences avec lesquelles les labs ont besoin de travailler. Si le design social ou le design de services et la sociologie restent des "musts", les participants déclarent avoir besoin de travailler avec des animateurs de communautés virtuelles (community managers), des pédagogues, ou encore des spécialistes des modèles d’affaires. Comme aucun lab n’est en mesure de recruter toutes ces compétences, la solution la plus pérenne consiste à construire un réseau de professionnels.

Quelques photos de ces journées à Toronto. -il est possible de revoir une partie des interventions avec 4 autres labs en mai dernier. A suivre...

Partie 2 : Une nouvelle étape pour les labos d’innovation publique ?

mai 6 2014

Reacteur Public, J-7 !

Billet publié par Anna L.
PNG - 374.5 ko

» Les catégories

    » Mots clés

    » Vidéos

    alt : http://www.youtube.com/v/y6oiSAF1-hc&hl=fr

    Méthodes ingénieuses pour Régions (...)

    Méthodes Ingénieuses pour Régions Heureuses Série documentaire consacrée aux méthodes de conception créative des politiques publiques, composée de 4 épisodes (L'immersion, Le prototypage, La (...)

    » Les derniers commentaires

    » Prochains événements L27ER

    Chargement widget...

    » Les dernières photos

    BrXrXJ_IYAAlPe1.jpg-large Groupe 6, visite de la médiathèque Groupe 6, visite de la médiathèque Groupe 6, visite de la médiathèque Groupe 6, visite de la médiathèque Groupe 6, visite de la médiathèque Groupe 6, visite de la médiathèque Groupe 6, visite de la médiathèque

    » Revue de web

      » Initiateur du projet

      • ARF

      » Partenaires